"Ce que nous prenons pour le terme
n'est que le commencement,
Mourir n'est pas finir,
c'est le matin suprême" *
Victor Hugo
Notre
journal est en deuil d'un de ses plus ardents défenseurs; Alberto
Mergian nous a quittés en cette douce soirée d'été
de fin juillet, entouré de son épouse et de ses filles, soutenu
par l'affection unanime de sa Communauté. J'ai eu la chance de le
voir, en compagnie du Président de la Communauté Sépharade,
Maurice Renous, deux heures avant son départ. Nous avons été
le saluer et l'embrasser une dernière fois. Et nous avons, aujourd'hui
encore, le coeur lourd, le coeur gros.
Albert était un homme sage, un homme bon. Le monde - affirme notre tradition - repose sur trente six Justes. J'aime à croire qu'Albert était l'un d'eux car, sinon, qu'est-ce un Juste ? Albert avait le sens du devoir et de la justice, la bonté et la tendresse chevillées au corps. Il était à l'écoute de tous et n'avait aucun mot de reproches envers qui que ce soit. Et, je vous jure, je ne brosse pas un tableau idéalisé car Albert était comme cela, tous ceux qui l'ont connu vous l'affirmeront.
Durant les prières de la shiva, le Grand Rabbin sépharade de Bruxelles, Chalom Benizri ** (qui lui était affectueusement attaché), nous entretenant de la parasha du samedi suivant le départ de notre ami Albert) donnait à Debarim trois lectures et trois sens différents, : Devarim les paroles, Debarim les choses et Devorim les guèpes. Isolé ceci n'a pas de sens car, que sont les paroles (debarim) sans les choses (devarim). Les paroles sont un guide mais le guide, sans l'action, sans les choses, peut-être stérile. Naassé ve Nichma nous enseigne-t-on. Agis puis entend. Et la troisième lecture, dévorim, les guèpes, fait allusion à la vie. Les paroles, l'action sont la vie. Mais celle-ci est remplie de contrariétés, de petits piqûres, comme celles causées par les guèpes. Si celles-ci plantent leur dard, elles fabriquent aussi du miel. Albert était ce miel, ce baume, cette douceur sur les blessures de la vie.
Nos sages nous affirment que la vie est un voyage et qu'il ne faut pas se lamenter lorsque quelqu'un atteint son terme. La vie est un vestibule qui conduit au Palais. Ce Palais, demeure de la Shekhina, ne peut-être qu'ineffable. Albert a terminé son voyage, a franchi le vestibule, est entré auprès du Trône Céleste. Son souvenir sera source de bénédictions pour nous.
Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême?
Shalom, Albert.
Moïse RAHMANI
* titre de l'allocution du Grand Rabbin de Bruxelles Albert
Guigui (colloque d'Orval sur "Et l'au dela?, 1997)
** Si les trois lectures et les trois sens de cette parasha
proviennent du Dvar Torah du Grand Rabbin Sépharade, ce texte n'engage
que le signataire et n'implique, en aucune manière, une responsabilité
morale et/ou religieuse quelconque du Grand Rabbin Chalom Benizri, celui-ci
n'ayant pas été consulté.