Editorial

 

Un an à ajouter à l'échelle des jours. Un an de joies et de peines. Un an de luttes et d'efforts

et, se glissant parmi elles parfois, des lauriers.

Avec cette livraison nous terminons notre huitième année. Huit ans ne sont certes pas un

jubilé, un anniversaire spécial. Dix ans, vingt cinq ans, cinquante sont de dates clés. Mais

huit ans...

Et pourtant... Huit ans c'est un demi hai et vous savez combien j'aime la symbolique juive.

Hai, la vie. Alors permettez-moi de nous souhaiter, de vous souhaiter, vidas largas....

Un anniversaire c'est aussi l'heure du bilan. Et la période est propice car nous

approchons des Yamim Noraïm, des jours austères, de nos grandes fêtes. Et l'adulte que nous

sommes se revoit enfant afin sans doute de retarder, si faire se peut, ce bilan essentiel à toute

continuation. Et à l'heure des bilans, vous ne l'ignorez pas, il y a un compte d'exploitation.

Nous sommes en perte. Celles-ci, humaines, sont importantes, énormes, irremplaçables. Bien

sûr c'est la vie, que peut-on faire. Mais nous avons beau nous dire: "il s'est reposé, se

deskanso; in gan eden ke seya" cet arrachement fait mal. C'est une déchirure profonde.

Notre amie Malka nous en brosse l'affigeant tableau et j'ai le chagrin d'avoir écrit un adieu à

un être très cher, à un ami très doux.

Mais le bilan continue et se pose la cruciale interrogation: "Qu'as-tu fait"? Tentons quelques

réponses.

Nous avons, depuis huit ans, non pas tracé une voie - des générations l'ont fait avant nous -

mais tenté à notre manière de répondre "hinéni", nous voici, à cette exigence qui vient des

âges "celle de ne pas avoir l'obligation de terminer l'ouvrage mais d'y apporter sa

contribution" (Pirké Aboth II, 21.16). Minuscule sillon à l'intérieur de ce chemin, nous avons

été, peut-être, un (petit) exemple et un instigateur à ceux qui, aujourd'hui, se consacrent à la

chose séfarade.

Mais il y a aussi échec. Echec cuisant car la relève se fait attendre. Nous avons bâti sur le

sable et, sans cette relève nos fondations sont fragiles, demeureront friables. Déjà elle

s'effritent inexorablement.

Chaque jour qui passe nous le confirme.

L'acquit reste acquit. Mais demain... Ces efforts ne doivent pas être sans lendemain. Demain

est déjà aujourd'hui. Empêchons que ce soit hier.

Nos Sages nous apprennent : "Travailles comme si tu ne dois jamais mourir, agis comme si

tu dois périr demain"

Fautifs nous le sommes. Nous devons nous frapper la poitrine, comme lors de notre

confession collective à Kippour car nous n'avons écouté qu'à moitié.

A toutes et à tous Shana Tova.

Moïse Rahmani
 
 

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