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J'ai entendu, au cours d'une réunion, un exposé brillant sur la mémoire. Zakhor, souviens-toi, est mentionné dans sa forme impérative, cinq fois dans la Torah et trois fois dans d'autres sources bibliques. Mais, sous une forme autre que la forme impérative, nous trouvons cette injonction pas moins de quarante cinq fois, dont quatre fois dans la Torah.

Oublier, tout son contraire, peut, parfois, être une source de mérite, de mitzvah, de bénédiction. Par exemple celle de ne pas retourner chercher les épis oubliés dans un champ (Devarim - Paroles - XXIV, 19). Mais Zakhor, souviens-toi, peut-être stérile s'il n'est pas suivi d'actes. Par exemple, si dans Devarim XXXIII, 7) il nous est recommandé de nous souvenir des jours anciens, ceci peut-être aisément opposé à une citation d'Isaïe, XLI8, 18, qui nous recommande "ne te souviens pas des choses anciennes, si tu ne t'en crées pas de nouvelles. (Al tizkeru rishonot, hineni oseh hadasha zekho yemot olam).

C'est un des bienfaits de notre tradition, de notre enseignement, que de ne pas se contenter de vivre dans le passé mais de se projeter dans l'avenir. De ne pas vivre uniquement sur le crédit de nos ancêtres, mais d'établir le notre. De ne pas être uniquement héritier mais aussi continuateur.

Un des vers : "Les sanglots longs des violons de l'automne", le fameux poème de Verlaine, nous dit: "Je me souviens des jours anciens et je pleure". Certes, il est aisé de pleurer lorsque nous établissons un parallèle entre les mérites de nos pères et les nôtres. Mais peut-on opposer ce qui n'est guère opposable ?

Nous vient-il l'idée de nous comparer à nos Patriarches, à nos Prophètes, à nos Sages. Nous viendrait-il à l'idée d'opposer ou de comparer Maimonide à Herzl, Moshe Rabbenou, Moïse à Ben Gourion,, Juda Halévy à Israël Zangwill ? Et pourtant, dans leur domaine respectif, chacun a apporté sa pierre à cet immense édifice qu'est le judaïsme. Chacun d'eux, chacun d'entre nous, est en mesure, s'il le veut, d'élever sa partie du mur, est susceptible d'apporter une contribution essentielle à l'essor de notre culture.

Nous tentons, depuis de nombreuses années, de mettre en pratique cet enseignement des Pirké Aboth: "Nul ne te demande de terminer l'ouvrage mais tu ne dois pas t'y dérober". Chacun de nous, dans son domaine, peut et doit apporter sa pierre; se souvenir des jours de jadis en créant ou en amenant aussi quelque chose de neuf.

Moise Rahmani

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