Le pedyon est une prescription religieuse appelée rachat des premiers-nés. Il se fait à la maison quand l'enfant mâle atteint un mois et qu'il est véritablement le premier né de la famille, c'est à dire que sa maman n'a pas fait
de fausse couche auparavant.
D'après la religion juive l'enfant appartenant jusque là aux Cohen, on fait appel en général à une personne amie de la famille portant ce nom afin de lui racheter l'enfant. Celui-ci est remis dans les bras de ce Monsieur Cohen à
qui il est sensé appartenir. On place sur un plateau des pièces de monnaie et des bijoux pour racheter le bébé. La proche famille est présente, " le Cohen " prononce les formules de circonstance et après avoir empoché ce qui est
sur le plateau, redonne l'enfant à sa mère ainsi que les pièces de monnaie et les bijoux. Tout cela est symbolique pour exprimer que les parents donneraient ce qu'ils ont de plus cher pour racheter leur enfant. On sert des boissons, des gâteaux et confiseries à tous ceux qui sont là et cette cérémonie se termine gaiement.
Les traditions se perpétuant depuis des siècles, je viens d'apprendre aujourd'hui que l'on devait changer le prénom d'un enfant de 12 ans atteint d'une grave maladie. Cela me fait penser à un texte que j'ai écrit il y a
quelques années quand pour la première fois de ma vie j'ai entendu parler à Royat le 9 août 1988 du Nous sommes alliés depuis 42 ans, nos maris étant frères et hier au cours de notre visite chez ma belle-soeur à Clermont-Ferrand, elle m'a appris ce qu'elle et sa famille ont vécu il y a de nombreuses années à Sidi-Bel-Abbès (Algérie) :
Sa jeune soeur âgée de 16 ans tomba malade. La maladie s'aggravant de jour en jour, la fièvre ayant atteint 41° et 5 dixièmes, les docteurs la jugèrent perdue, dans le coma et conseillèrent d'en aviser la famille. Les hommes
assurant le dernier devoir aux mourants, les Haberims1, en furent informés et vinrent lui lire le " chemâ ", profession de foi israélite qu'on lit aux agonisants : " Ecoute Israël, l'Eternel est ton Dieu, l'Eternel est Un ". L'un
de ces Haberims, un judéo-espagnol de Turquie, le très dévoué M. Barraza (que son âme repose en paix) bouleversé d'avoir à rendre le dernier devoir à une si jeune fille qui était " Hechbè ", ajoute ma belle-soeur, sortit de la pièce ne pouvant prononcer un mot.
Les Haberims assistant un agonisant savent estimer le moment fatidique où la mort frappera. Ils décrétèrent : " elle en a pour une ou deux heures tout au plus ". En désespoir de cause, l'un des docteurs présents, ami de la famille, suggéra : " Perdue pour perdue je vais lui faire une piqûre de strychnine ! " La famille accepta. Peu après lui avoir administré cette piqûre, quand on lui prit la température, au grand dam des Habérims disant : " Mais ne la touchez plus, laissez-la mourir en paix ! ", la fièvre avait baissé de quelques dixièmes.
A ce moment-là arrivèrent en auto des membres de la famille venus d'Oran à 80 km. Ils avaient roulé tellement vite que sur la route, rencontrant un troupeau de moutons qui passait, l'un de ces moutons fut violemment heurté par la voiture et mourut écrasé. Les voyageurs y virent un bon présage et arrivant à destination, ils entrèrent dans la chambre de la mourante en disant : " Nous avons écrasé un mouton sur la route, il est parti en Kappara pour
elle ".
Tout à coup la mourante ouvrit les yeux, sortit ses bras de dessous le drap, joignit ses deux mains et dans son délire murmura : " Pardon mon père, je suis jeune, je ne veux pas mourir ". Tous dirent que la mourante renaissait
à la vie. On en parla au Rabbin qui vint au chevet de la malade. Il lut des Psaumes, fit des prières et s'arrêta à la fin d'une phrase de son livre se terminant par le nom " Aèychè " qui signifie vivante. Le Rabbin dit alors :
" Désormais au lieu de continuer à s'appeler Azézè (Aimée), elle s'appellera " Aêychè " (Vivante) ".
Mais ce n'est pas tout : Ce jour-là, la famille reçut la visite d'une amie tireuse de cartes et extralucide. Elle avait eu la prémonition de ce qui se passait chez ses amis et arrivant chez eux, elle leur dit : " J'ai vu une colonne surmontée d'une belle lampe allumée que le vent renversait et je l'ai redressée juste à temps ".
Enfin la malade retrouvant ses esprits alla de mieux en mieux. Quand la fièvre tomba elle dit à ses parents : " J'ai vu un homme avec une grande barbe blanche qui me posait la main sur la tête ". Tous conclurent : " Elle a été visitée par Eliaou Annabi qui l'a sauvée et l'a rendue à la vie ".
Pour fêter la renaissance de cette âme, ses parents invitèrent parents et amis à manger chez eux le traditionnel couscous au beurre que l'on mange habituellement avec du sucre en poudre. Mais pour cette circonstance exceptionnelle, tous le mangèrent avec du miel.
A propos de tout ce qui précède, j'ajouterai un souvenir personnel : j'étais très jeune et je me souviens lors d'un voyage avec mes parents à Tlemcen, d'être arrivée chez mon frère où je revois sa fille aînée très malade, dans un
lit. Elle avait une très forte température. Les docteurs n'arrivant pas à la guérir, mon frère écouta le conseil d'un proche parent. Il se procura un pigeon qu'un rabbin averti égorgea après l'avoir fait tourner trois fois au-dessus de
la tête de ma nièce. Grâce à Dieu, la fièvre baissa, la malade alla de mieux en mieux et fut rétablie complètement.
Ne dit-on pas : " C'est la foi qui sauve ? "
1 Les Habérims sont les membres de la " Hevra Kadicha " ou membres du Dernier Devoir.
2 Hechbè est un mot arabe signifiant perche. La malade était raide comme une perche.