Alya

de William Berthomière

Israël vient de fêter ses 50 ans. Lors des festivités d'anniversaire, des Israéliens, originaires des nombreux pays qui ont vu leur population juive participer à l'essor de l'Etat, sont venus allumer les douze torches qui ont illuminé cet anniversaire, symbolisant ainsi les douze tribus d'Israël. Cet événement est l'occasion de regarder un peu en arrière et de mesurer ces cinquante années d'aliyoth écoulées depuis la création de l'Etat.

Comme le montre la carte ci dessous, c'est de tous les continents, de dizaines de pays, que les Juifs ont réalisé leur aliya. Depuis le 15 mai 1948, ils ont été plus de 2 675 000 à “ monter ” en Israël. A observer la courbe de l'aliya au fil de ces 50 années d'existence, c'est toute l'histoire de la diaspora et d'Israël qui se dessine. L'asile trouvé dans ce jeune Etat par les populations rescapées de la Shoa mais aussi par celles de pays du Moyen-Orient, tel l'Irak, a très rapidement fait croître la population d'Israël. Avec plus de 687 000 olim entre mai 1948 et 1951, Israël a doublé sa population. Puis, avec la décolonisation, c'est depuis les rives maghrébines de la Méditerranée, que des milliers de Juifs sont partis pour Israël. L'immigration marocaine, des années 50 et 60, constitue, avec plus de 270 000 olim, la troisième plus importante aliya de l'histoire migratoire d'Israël. L'Etat compte, en 1968, une population de 2 841 100 personnes dont 2 434 800 Juifs.

Au lendemain de ces deux grands événements politiques, l'aliya s'est quelque peu tarie. Par répercussion, après avoir connu un taux de croissance annuel supérieur à 9% sur la période 1948-1960, la population juive a vu son rythme de croissance s'éroder progressivement pour n'être que de 1,5% au cours des années 80. La population juive d'Israël a gagné seulement 367 000 personnes sur la période 1983-1989 alors qu'au cours des décennies 60 et 70, la croissance avait été du double.

En effet, seuls deux événements sont venus troubler l'histoire migratoire d'Israël après 1965. La Guerre des Six-jours, en faisant rejaillir la crainte d'un nouveau génocide, a créé un fort mouvement de solidarité au sein de la diaspora, concrétisé par un net sursaut de l'aliya. Cette période a d'ailleurs été la seule où les grands foyers de la diaspora ont véritablement participé à l'essor démographique d'Israël (1). Environ 65 000 Juifs de France, du Royaume-Uni mais aussi du Canada et des Etats- Unis, ont choisi de “ monter ” en Israël.

Le second événement migratoire est l'ouverture, plus ou moins grande selon l'état des relations américano-soviétiques, des frontières de l'URSS à l'émigration juive. Ainsi, entre 1965 et 1989, l'émigration des Juifs soviétiques, oscillant entre creux et vagues, a vu l'entrée de plus de 190 000 olim.

Hormis ces deux “ artefacts ” migratoires, le contraction progressive du champ migratoire d'Israël a été le temps d'une rencontre, celui d'une tentative : le “ mizzug galouyoth ”. Et puis, alors que la “ fusion des exilés ”, comme nous l'appelons, s'opérait progressivement, au prix certes de vives tensions, l'arrivée de nouveaux “ exilés ” est venue rompre la pente douce sur laquelle semblait s'engager l'aliya. Une nouvelle opération de sauvetage a permis l'accueil de plus de 20 000 Juifs d'Ethiopie (2) et surtout, l'effondrement de l'ex-URSS a offert la liberté d'émigrer à des milliers de Juifs. Depuis 1990, ce sont plus de 715 000 ex-soviétiques qui ont immigré en Israël. Comme par symétrie, Israël, pour ses 50 ans, a retrouvé un volume migratoire qui n'est pas sans rappeler celui de sa création.

Ainsi, si aujourd'hui en se promenant sur Ben Yehuda ou sur Dizengoff, les sonorités dominantes sont teintées de russe, -les seuls immigrants d'ex-URSS des années 90 représentant plus de 15% de la population juive totale d'Israël-, il nous faut toujours garder présent à l'esprit qu'Israël renferme une incroyable diversité de cultures, fruit de la diversité des aliyoth qu'a connu l'Etat au cours de son histoire. A l'aube de ses 50 ans, la “ mosaïque Israël ” était composée de 49% de Sabarim (dont les pères avaient pour 42% d'entre-eux Israël comme lieu de naissance, pour 35% l'Afrique ou l'Asie et pour 23% l'Europe ou l'Amérique), de 31% d'olim (nés pour 32,5% en Asie ou en Afrique ou pour 67,5% en Europe ou en Amérique), auxquels il ne faut pas oublier d'ajouter la communauté palestinienne regroupant 15% de Musulmans, 3,5% de Chrétiens et 1,5% de Druzes. Et, en cela Israël est un lieu unique, le creuset d'une société qui se forge progressivement son identité entre Occident et Orient, entre l'Ici et l'Ailleurs.

Notes :
(1) L'ensemble des immigrants nés aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en France, constitue 5,5% de l'immigration globale enregistrée en Israël entre 1948-1996.
(2) Actuellement, la communauté éthiopienne est estimée à près de 60 000 personnes en Israël.

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- Copyright © 1999: Moïse Rahmani -