Editorial en français

Moïse Rahmani

Nous Sages affirment qu'une personne n'est jamais tout à fait partie tant que l'on se souvient de son nom. C'est la raison pour laquelle nous transmettons à nos enfants les prénoms de nos parents. Afin que ceux-ci ne soient plus tout à fait " oubliés ".

Mes filles m'ont longtemps demandé : Papa, racontes....

Elles montrent plus d'intelligence que je n'en ai eue car, lorsqu'il est temps de demander, rares sont les jeunes qui le font et, quand on cherche à connaître l'histoire de ses parents, de ses grands parents, il n'y a souvent, trop souvent même, personne à interroger.

Sans doute n'écrirons-nous pas une biographie ou des mémoires comparables à celles des femmes et des hommes qui ont forgé notre histoire mais la différence fondamentale est que notre vie, notre mémoire, appartiennent aussi à nos enfants. C'est de leur histoire qu'il s'agit. Ils ne descendent pas, pour la majorité, de tel ou tel personnage " illustre ". A leurs yeux, l'Histoire qu'ils souhaitent connaître est d'abord la leur. Saches d'où tu viens afin que tu puisses savoir où tu te rends !

Pudeur, manque de temps, " vertige de la page blanche ", trop à raconter, peur que ce soit " littéraire ", je ne l'ai jamais fait. Mais le temps, médecin et destructeur de concert, ne joue certes pas en notre faveur.

Alors il reste l'image, le son. D.ieu sait ce que je payerai pour voir et entendre, une fois encore, mes parents me parler. Tout comme je sais, donneraient ceux qui n'ont plus le bonheur de les avoir présents. Certes l'image, certes le son ne les remplaceront jamais mais, quand le spleen bas et lourd pèse comme un couvercle comme le dit si bien Baudelaire, se les remémorer rassure, apaise.

Mes enfants et moi avons commencé et réalisé le " Le film de ma vie " première étape de celui de la leur. Comme les " Memorbüch " ces livres de la mémoire de chaque communauté d'Europe de l'Est qui, génération après génération, raconte l'histoire de son " shtetll ", nous avons écrit, avec mon histoire, le premier chapitre de la leur. Je déplorerai toujours que ce soit le premier car, à part ma tendresse à les évoquer, mes propres parents entrent à peine dans cette histoire. Mes enfants et les enfants de mes enfants ne les connaîtront, hélas, qu'au travers de mon émotion et ne les découvriront que par quelques images jaunies...

Mes enfants ont compris la signification. Ce fut un moment d'émotion intense ; la fin du film les montrent, nous les yeux embués et la gorge nouée.

Longtemps après que je ne serais plus, j'aurais au moins laissé à mes enfants et aux leurs, la possibilité de connaître, ou de découvrir, celui qui a commencé le " film de leur vie ".

A vous, maintenant.

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- Copyright © 1999: Moïse Rahmani -