Peut-être les expressions ne sont-elles pas exactes en turc, comme en hébreu - ce sont des mots, que les enfants ne savaient pas. Excusez-moi si j'ai fait des lapsus! Mais ce n'est pas le principal. Je veux vous parler d'une coutume largement répandue autrefois chez les Sépharades des Balkans. Je m'en suis souvenue le 7 octobre 1998 au grand théâtre de Tel Aviv ABIMA, où j'ai eu le plaisir exceptionnel d'assister au spectacle "Bostan Svaradi II". J'étais captive de la magie du vieux temps, je voyais la vie de la rue juive, du passé, il y a tant d'années ... On chantait, on jouait, on parlait en judéo-espagnol, en hébreu. C'étaient des romances que nos grands-mères ont chantées avec charme, chagrin, joie, rire. Le salon, rempli jusqu'au bord, accompagnait, riait, applaudissait.
Voilà Moshé, l'animateur du spectacle, transformé en petit Moshiko. Il est envoyé par sa mère chez leur voisine avec la mission de lui donner quelque chose; on l'en charge par des mots incompréhensibles, difficiles pour lui, mais qui pour maman et la voisine signifient: "Retiens-moi!". De fait, cette coutume existait chez les juifs sépharades de Plovdiv, Bulgarie. Moi-même, à l'âge de 5 ans, j'étais souvent chargée d'une pareille mission. Ma mère m'envoyait chez ma tante, la chère Tanti Rosalie, pour "Alikou beni". Je traversais le jardin public et je me trouvais chez ma tante. Nous n'avions pas de téléphone et moi, j'étais chargée d'une grande mission : transmettre la demande de maman et de rapporter ce qu'elle voulait! Chez ma tante j'étais accueillie avec plaisir, elle me régalait, on jouait, on bavardait, j'écoutais des récits miraculeux, des histoires gaies, tout était très amusant et ainsi le temps passait. Enfin je m'en allais, en serrant dans ma petite main le paquet, que je devais apporter à la maison.
Moshiko du "Bostan Svaradi" écoutait impatiemment les récits de la voisine, il se levait, elle l'arrêtait, il voulait de nouveau partir - de nouveau elle inventait un autre récit et ceci jusqu'à ce qu'elle ait fini de tricoter l'avant du pull-over commencé ; Moshiko ne s'en était pas allé et entre-temps la scène était déjà obscurcie. La même chose se passait avec moi. Une fois, quand je rentrais avec l'"Alikou beni" dans la main, la curiosité m'a tentée. J'étais en apparence une fille sage, bien élevée - mais je me suis enhardie et j'ai ouvert le paquet et j'ai vu, oh quelle horreur, qu'il contenait quelques pelures d'oignon! Je souffre encore d'avoir détruit le monde lumineux d'un enfant, qui de tout coeur voulait aider sa maman, pour découvrir enfin une vérité pareille! Je me suis sentie trahie. Je garde encore ce secret au fond de mon coeur. Je vous ai révélé le charme de cette coutume - "Retiens moi!". S'ils lisent ces lignes jusqu'au bout, les jeunes éclateront de rire. A l'époque d'Internet, face au fait que ce texte sera introduit dans la mémoire de notre ordinateur domestique, parler de choses pareilles est ridicule, mais cette coutume existait. Elle date du temps de la tranquillité, du silence, de la douceur du passé. Peut-être les personnes âgées se rappellent encore "Tout beni".
La jeunesse se nourrit de rêves,
La vieillesse de souvenirs.
Plovdiv, le 1 novembre 1998