Le Monde des Sefardim

Par Cecile Roth

Brochure réalisée d'après le fascicule de Cécil Roth, écrit à l'intention de la WIZO début 1950. Adapté et remis à jour par Sally Horowitz

Le nom "Sefardi"

Le terme "Sefardi" est actuellement employé, souvent très improprement, pour désigner chaque juif qui n'est pas un "Ashkenazi" : c'est à dire, chaque juif qui n'appartient pas à la grande majorité des juifs du monde sont aujourd'hui les descendants. Au Moyen - Age, les écrivains juifs donnèrent des noms puisés de la Bible à presque tous les pays d'Europe. Mais jamais la tradition ne fut adoptée si généralement et préservée si longtemps que celle qui consista à appeler l'Espagne " Séfarade". Les autres groupes du peuple juif pourraient être les descendants de la population rurale de l'ancienne Palestine ou bien des habitants de ses villes de province. Les juifs d'Espagne, par contre, furent désignés avec certitude comme l'aristocratie de leur peuple, originaires de l'ancienne capitale et ayant habité la Péninsule depuis la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor en 586 avant l'ère chrétienne : " les exilés de Jérusalem vivant en Séfarade".

L'installation des Juifs en Espagne.

Nul besoin est de se baser sur la légende pour prouver l'âge extrêmement ancien des juifs espagnols. Après la chute de l'Etat Juif en l'année 70, un nombre important de prisonniers de guerre juifs furent vendus comme esclaves dans toutes les provinces de l 'Empire Romain, leurs charitables coreligionnaires les sauvaient de la captivité à chaque fois qu'ils le pouvaient. Ce fut à partir de cette période que les grandes communautés juives des divers pays d'Europe commencèrent à se développer. Lors de la chute de l'Empire Romain, au 5e siècle, les juifs d'Espagne furent, semble-t-il, nombreux, prospères, et bien établis. Cependant, au cours du 7e siècle, une crise très sérieuse les traversa lorsque les rois Visigoths adoptèrent une politique féroce à leur encontre et essayèrent d'anéantir complètement le Judaïsme. Mais un nouveau chapitre dans l'histoire de l'Espagne et des Juifs d'Espagne commença lorsque au début du 8e siècle, les Arabes, sortirent de leur aride péninsule, et brandissant le drapeau de l'Islam, firent irruption dans le pays, le conquirent avec une extrême rapidité et en firent le centre d'une nouvelle civilisation stupéfiante.

Séfaradim et Ashkénazim

Au début, l'Empire Arabe dans sa totalité, depuis l'Océan Indien jusqu'à l'Atlantique, se trouvait sous la même autorité, et avait son siège politique et culturel à Bagdad. Bien que Bagdad fût une ville nouvelle, elle demeurait le coeur de la région, où la vie juive avait été si florissante quand le Talmud de Babylone fut compilé, et le centre des principales Ecoles Rabbiniques qui se trouvaient sous la direction des Géonim. Ces relations étroites existant dans le domaine politique et culturel incitèrent un grand nombre de juifs de Mésopotamie (l''Irak actuel ) et leurs voisins à émigrer en Espagne, pays aux nombreuses opportunités situé dans le lointain occident. Mais l'influence culturelle resta la plus importante. Bien plus qu'aucun autre groupe juif vivant en Europe, les nouvelles communautés espagnoles de langue arabe se tournèrent vers la Mésopotamie pour être guidées et nourries spirituellement. Ceci eut à long terme un impact impressionnant ? Naturellement les juifs qui s'installèrent en Europe dans une première phase venaient d'Eretz Israël et les observances et traditions juives qui devinrent courantes en Europe étaient celles des communautés de Palestine. Fondamentalement, il y avait ceux qui sont appelés aujourd'hui "Ashkénazi". Des différences pouvaient être remarquées presque dans chaque aspect de la vie religieuse et culturelle juive. Les différences de prononciation de l'hébreu et de Rituel, furent plus tard la cause principale de la nette division des colonies juives en communautés Séfaradi et Ashkénazi bien distinctes.

Sous la domination arabe.

On pense généralement que les relations existant entre Arabes et Juifs étaient bonnes, jusqu'à ce que les évènements qui eurent lieu en Palestine, au cours de la dernière génération, les détériorèrent. Mais ceci ne reflète pas la situation qui sévissait à cette période. En effet, théoriquement, les options qui s'offraient aux juifs étaient limitées : soit l'intolérance religieuse de l'Islam d'une part, soit le Christianisme d'autre part. De plus, l'Espagne devait prendre une autre considération en ligne de compte : il était souhaitable de gagner la cause des juifs et attirer leurs faveurs comme ils formaient une importante minorité dans le pays, afin que ceux-ci ne se rallient pas aux Chrétiens et de ce fait ne pas compromettre la situation des Arabes. Plus tard, après la reconquête du pays par les Chrétiens, la même considération fut pesée mais inversement. C'est pourquoi, pendant un certain temps les juifs continuèrent de jouir d'une grande influence dans le pays même après le changement de régime. Les juifs, connaissant de nombreuses langues et ayant leurs familles dispersées à travers le monde, se sont toujours révélés comme les promoteurs du maintien des relations intellectuelles, commerciales et diplomatiques dans les pays où ils vivaient : tout spécialement en Espagne, pays qui était divisé en deux zones homogènes et antagonistes. Ceci explique donc en bref pourquoi les juifs jouissaient d'une position privilégiée dans la vie espagnole non seulement au cours de la période mauresque mais également bien après le début de la reconquête chrétienne.

L'âge d'or

A la période dont nous parlons, il faut citer deux grands diplomates juifs célèbres. Le premier : Hase ibn Shantung de Cordouan (915-970), médecin au service de Calife Aar- Rahman III. Le calife fit appel à ses services dans diverses démarches diplomatiques délicates. Hasdai ibn Shaprutb devint le principal conseiller du Calife dans le domaine des relations extérieures. Le second fut Samuel ibn Nagdela, plus connu sous le nom de Samuel ha- Nagid ou Samuel le Prince ( 993-1063), qui devint en fait le Vizir, Premier ministre, du Roi de Grenade et commanda même ses armées victorieusement sur le champ de bataille Ces deux. Diplomates juifs jouissaient de la même qualité, qui caractérisa aussi un bon nombre de leurs confrères qui se distinguèrent également en Espagne : leur intérêt intense pour la littérature juive dans tous ses domaines. Hasdai, comme les notables arabes avec lesquels il travailla, fut un grand protecteur des lettres. En plus de cela, Samuel ibn Nagdela fut lui - même une grande figure littéraire : à la fois poète, talmudiste et grammairien. Sous les auspices de ces hommes, la grande école des poètes hébraïques devint encore plus importante. Ces poètes furent la gloire des juifs espagnols, et ils donnèrent à la littérature hébraïque le style gracieux et raffiné des écrivains arabes. A citer :

- Solomon ibn Gabirol de Malaga, ( 1021-1056), " le rossignol de la piété".
- Moïse ibn Ezra de Granada ( 1030-1139), et le plus important de tous.
- Judah ha-Levi (1086-1141), le plus mélodieux de tous les poètes juifs, dont la passion pour Sion le conduisit à Jérusalem à la fin de ses jours.

Les influences de l'environnement se manifestèrent également dans d'autres domaines notoires de la vie intellectuelle juive en Espagne. Les trois poètes sus mentionnés furent aussi des philosophes : le "Kusari" de Judah ha- Levi est l'un des classiques de la philosophie juive les plus populaires. Mais la plus grande gloire des Juifs espagnols fut le Rabbin Moïse ben Maïmon ( 1135-1204), plus connu sous le nom de Ramban ou Maïmonide, qui compila quelques-unes des plus importantes oeuvres classiques de la littérature juive du Moyen - Age, y compris le Code de Pratiques Juives appelé Mishneh Torah - " Répétition de la Loi" et son chef d'oeuvre philosophique Moreh Nebouchim- "Guide pour le Perplexe", dans lequel il donna les preuves que l'homme "moderne" de son époque ne devait émettre aucun doute quant à l'importance ou au pouvoir du Judaïsme dans le monde.

Les états chrétiens.

La plus grande partie des oeuvres de Maimonide furent écrites en Egypte, au Caire, où il passa la majeure partie de sa vie ? En effet, sa famille fut obligée de fuir les persécutions de l'Espagne Musulmane lorsqu'il était encore enfant. Une nouvelle tendance religieuse au sein de l'Islam engendra une nette modification de l'ancienne politique qui prônait une tolérance relative, et laissa aux juifs le choix entre la conversion ou l'exil (1146). Dès lors, il n'y avait plus de juifs pratiquants dans les parties du pays qui étaient encore sous domination arabe. Cependant, les états chrétiens concentrés depuis longtemps dans les régions montagneuses de l'extrême Nord-Ouest, commençaient à avancer de nouveau vers le sud, jusqu'à ce que la moitié totale du pays fût sous leur domination. A long terme ceci fut favorable aux Juifs. Les états chrétiens pouvaient être hostiles, mais l'animosité était préférable à l'extermination. De plus, la tradition qui permettait aux juifs de prendre une part active dans la vie politique, sociale et culturelle, tradition antérieurement bien établie dans l'Espagne musulmane, fut désormais également bien acceptée par les états chrétiens - pour les mêmes raisons citées plus haut. C'est pourquoi durant les trois siècles et demi à venir la vie juive en Espagne se concentra essentiellement dans les états chrétiens, et l'ancienne atmosphère continua toujours de prévaloir au moins dans une certaine mesure. L'Espagne était connue comme pays ayant à sa cour de nombreuses personnalités juives. Celles-ci étaient actives dans le domaine de la politique, la diplomatie et des finances. Il faut nommer ici deux personnalités remarquables : Samuel halevi Abulafia (1300-1360), qui fut Trésorier du Roi de Castille, Pierre le Cruel mais qui fut victime de l'avidité de son souverain à la fin de sa vie. La synagogue d'une beauté rare qu'il fit construire à Tolède, le plus beau de tous les monuments juifs datant du Moyen- Age, existe toujours mais a été transformée en église depuis longtemps. Un siècle et demi plus tard, Don Isaac Abrabanel ( 1437- 1509) combina l'étude et la grandeur de ses fonctions tout comme Samuel haNagid. En effet, il fut chargé des finances à la Cour de Castille et fut aussi l'un des écrivains les plus éminents de son époque en sa qualité de commentateur de la Bible et de philosophe religieux.

Inquisition & Expulsion d'Espagne

Dû en grande partie à la campagne hostile lancée par les Frères, l'intolérance religieuse s'intensifia dans toute l'Europe au Moyen- Age. Les expulsions d'Angleterre (1290) et de France (1306) en furent la cause. Le même processus se déroula en Espagne mais de façon plus lente. Mais le feu de la passion religieuse se répandit tout de même et après maints incidents préliminaires, une terrible vague de violence éclata en 1391. Séville fut la première ville en proie au massacre et en quelques semaines toute la Péninsule fut atteinte. On estime que ces évènements firent perdre leur fierté aux juifs espagnols. Un grand nombre de juifs qui " sanctifièrent le nom de Dieu" trouvèrent la mort. Cependant beaucoup se montrèrent moins courageux et sauvèrent leurs vies en acceptant de se convertir au Christianisme pour leur forme. Lors de la génération qui suivit, cet exemple fut suivi par un grand nombre de juifs dont la morale fut, semble-t-il, réduite à néant. Cependant, ce ne fut pas un secret qu'un grand nombre de ces juifs, et peut-être la majorité, restèrent fidèles dans leurs coeurs au Judaïsme et observèrent même les rites juifs quand ils le pouvaient. La population générale, horrifiée par leur conduite, les appelèrent " Marranos", un vieux terme espagnol signifiant "porc". Ce terme est lié à l'un des chapitres les plus importants de l'histoire juive.

Pour les chrétiens pratiquants, l'existence même de ces personnes compromettantes et de mauvaise foi, dont chaque jour de la vie était souillé par le péché, fut une horreur perpétuelle. L'indignation et la propagande s'intensifièrent et en 1478, l'Inquisition espagnole fut mise sur pied dans le but d'anéantir par le sang et par le feu ce phénomène religieux affligeant. Mais il fut évidemment impossible et illogique de châtier des personnes d'origine juive qui commettaient une " infraction" en respectant certains rites du judaïsme, tandis que les personnes nées juives continuaient à les encourager tacitement tout en observant les codes du Judaïsme dans sa totalité avec impunité. La propagande contre ces derniers s'intensifia continuellement et le 31 mars 1492 un édit fut promulgué à Grenade par l'Alhambra - aux mains des conquérants- condamnant les juifs à l'exil. En l'espace de quatre mois, tous ceux qui ne se convertirent pas au Christianisme durent quitter le pays. Le nombre total est évalué à 150.000-250.000 âmes. Par une tragique coïncidence, le délai fixé par l'Edit d'Expulsion expira le jour du Neuf d'Ab.

Désormais, le terme "Sefardim", s'appliquant uniquement aux juifs vivant en Espagne, fut employé également pour désigner le grand nombre de personnes dont les ancêtres furent expulsés de ce pays et qui continuèrent de respecter les rites et cérémonies religieuses. La majorité parla toujours l'espagnol tout comme les descendants des juifs " Ashkénazi", dont les ancêtres avaient fui l'Allemagne, parlaient le judéo-allemand. Ce dialecte, écrit comme le Yiddish, transcrit en lettres hébraïques, et contenant comme le Yiddish un grand nombre de formes linguistiques anciennes oubliées est encore parlé par beaucoup de juifs habitant le bassin méditerranéen et est communément appelé Ladino.

Les juifs espagnols en Afrique du Nord

Nous allons à présent nous pencher sur le destin des juifs espagnols ou Sefardim dans les divers pays de leur exil. A cette époque, les juifs étaient interdits d'accès presque dans tout le Nord de l'Europe. De ce fait, la plupart d'entre eux cherchèrent refuge dans les divers pays du Bassin Méditerranéen. Leur avenir dépendait dans une grande mesure de l'environnement qu'ils allaient trouver.

La grande majorité probablement, et particulièrement les pauvres artisans qui ne pouvaient s'offrir un long voyage par la mer, optèrent pour le parcours le plus facile et s'installèrent en Afrique du Nord : Dans toute la région s'étendant depuis le détroit de Gibraltar jusqu'à Tripoli et l'Egypte. Là, ils étaient en mesure de vivre leur vie et heureux de pouvoir le faire. On ne peut en dire davantage. En effet, les états musulmans d'Afrique du Nord se trouvaient dans un état d'obscurantisme impensable et cette situation dura fort longtemps. Toutes les persécutions pratiquées dans l'Islam du Moyen- Age qui furent plus au moins semblables à celles des régions moins éclairées de l'Europe chrétienne, s'appliquèrent aux juifs. Ils furent obligés de vivre dans un quartier séparé du reste de la ville par des hautes murailles : Le "Mellah". En signe de distinction ils devaient porter de laides robes noires. Ils devaient verser des redevances spéciales lourdes. Ils étaient exclus de toutes les " bonnes choses" de la vie. Ils furent forcés d'exécuter les travaux les plus dégradants. Il arriva parfois qu'un juif aux qualités remarquables s'élevât bien au-dessus du commun et qu'il vint à servir avec honneur le gouverneur local en tant que médecin, trésorier ou chargé diplomatique. Mais cette position élevée durait rarement et il arriva bien plus d'une fois que tous ses coreligionnaires souffrirent tragiquement, lorsqu'on lui retira ses faveurs. Les nouveaux immigrants d'Espagne, avec leur haut niveau d'instruction et leur remarquable civilisation, devancèrent rapidement les juifs natifs du pays, dont les ancêtres étaient installés dans la région probablement depuis la période du Second Temple. Ces derniers qui vivaient à l'intérieur du pays et qui ne parlaient pas l'espagnol mais l'arabe avaient en fait les mêmes rites de prières et la même tradition religieuse. Il est donc difficile de ne pas lier le destin de ces juifs " Berbères" (Nord-Africains) à celui des authentiques "Sefardim" auxquels ils sont généralement associés.

Les communautés turques.

Plus distingués et plus remarquables encore furent les juifs espagnols qui s'installèrent au Nord et à l'Est du Bassin Méditerranéen. Pendant un certain temps l'Italie fut le centre de refuge le plus important et d'importantes communautés de juifs espagnols s'y formèrent. La plus illustre de toutes les familles juives espagnoles fut les "Abrabanel" qui s'installèrent à Naples. Là, Don Isaac et après lui, son fils et son neveu, continuèrent de maintenir la position très élevée de la famille. Quand peu de temps après, les juifs durent quitter Naples, les Abrabanel s'installèrent à Ferrare où ils se distinguèrent par leur richesse et leur esprit de fierté à l'égard de leur judaïsme.

Cependant, les communautés qui allaient se former en Turquie furent bien plus importantes que les communautés italiennes. On rapporte que le Sultan Bayazid estima ridicule d'appeler le souverain espagnol Ferdinand " le sage" après que ce dernier eut dépeuplé son pays de ses habitants de marque, qui allèrent enrichir ses conquérants, et à qui il offrit avec complaisance son pays où ils s'installèrent où bon leur semblait. Désormais, des dizaines de milliers de juifs espagnols déferlèrent dans le pays, fondant des nouveaux ateliers de fabrication, introduisant de nouvelles industries, apportant avec eux le meilleur des connaissances et des méthodes scientifiques européennes. Sans aucun doute l'Age d'Or de la gloire turque fut la génération qui suivit l'arrivée des juifs espagnols.

Il faut souligner qu'un grand nombre de juifs s'installa dans la ville portuaire de Salonique, qu'ils développèrent rapidement en un centre de commerce les plus importants à l'est du Bassin Méditerranéen. Chaque province, mais aussi presque chaque ville importante d'Espagne y avait sa colonie respective et, à Constantinople et ailleurs, se trouvaient des congrégations et synagogues distinctes pour les personnes qui habitaient jadis la Catalogne et l'Aragon, la ville de Castille et l'Andalousie, Tolède et Grenade et autres. La ville devint un petit Madrid. La langue, les costumes, la musique, les ballades, les berceuses, les superstitions, le folklore de l'Espagne médiévale furent préservés fidèlement jusqu'à notre époque. Beaucoup de ces juifs étaient les érudits espagnols qui arrivèrent avec les descendants du peuple, chassé jadis de l'Espagne, afin d'en savoir plus sur le mode de vie et la langue des espagnols au Moyen Age.

En Palestine.

Le cas fut identique pour beaucoup d'autres régions se trouvant à l'Est du Bassin Méditerranéen. Un grand nombre d'exilés, sans demeure et presque sans espoir, trouvèrent refuge dans le pays qui exerça toujours une attraction et stimula le Juif endurant des souffrances : la Terre d'Israël. La renaissance de l'implantation juive en Palestine qui se languissait depuis des siècles, fut en grande partie due aux exilés espagnols qui y cherchèrent refuge après la grande catastrophe de 1492. Un tournant décisif se produisit par le biais de personnalités remarquables, Don Joseph Nasi, Duc de Naxos et Dona Gracia, qui obtinrent l'accord du Sultan pour que Tibériade et ses villages adjacents deviennent le noyau d'une région juive autonome.

Les Marranes du Portugal.

En fait, Don Joseph n'appartenait pas à ma même catégorie des exilés espagnols de 1492. Il était originellement un Marrano, ou crypto-juif, et sa vie ouvre les pages d'un autre chapitre de l'histoire des Juifs Sefardim. Au Moyen -Age, le terme "Séfarade" comprenait non seulement les juifs d'Espagne mais aussi ceux du petit pays voisin, le Portugal. Là, vivait ai Moyen - Age une petite communauté juive dont l'histoire fut presque semblable à celle des juifs de Castille et d'Aragon. Lors de l'expulsion des juifs du pays en 1492, une très grande partie des réfugiés empruntèrent le parcours le plus facile et se rendirent au Portugal, où ils furent autorisés à s'installer moyennant paiement. Néanmoins, quelques années après en 1496/7, la politique royale du Portugal se modifia et la décision fut prise de suivre l'exemple de l'Espagne, c'est à dire imposer aux Juifs le baptême ou l'exil. En fait, il n'existait qu'une seule alternative. Afin de ne pas perdre ces sujets de valeur, tous les juifs furent baptisés sous la contrainte souvent par le simulacre d'une véritable cérémonie et furent de la sorte considérés comme chrétiens. Seulement une petite minorité fut en mesure de s'échapper du pays à temps. Ainsi le Portugal, encore bien plus que l'Espagne, se combla de "Marranos", appelés à confronter l'Inquisition qui sévira également dans ce pays au début du siècle suivant.

Les Marranes en Diaspora.

Dès qu'ils furent en mesure de le faire, un grand nombre de Marranos se frayèrent un chemin hors de la Péninsule vers les pays où régnait une plus grande liberté et où ils témoignèrent leur fidélité au Judaïsme. L'on peut dire que ce processus continua sans interruption au cours des deux siècles et demi à venir. Au début, les centres d'émigration Marranos se concentrèrent dans les villes italiennes et turques, où les réfugiés se joignaient aux communautés existantes et perdaient vite leur identité en s'y intégrant.

A la fin du 16e siècle, l'équilibre bascula. Les pays se trouvant au Nord, en particulier : la Hollande et l'Angleterre, étaient désormais entrain de diriger le commerce mondial et ce furent ces pays qui attirèrent à présent les marchands et financiers Marranos, désirant fuir les persécutions de l'Inquisition. Ainsi donc se forma, à la fin du 16e siècle la grande communauté espagnole et portugaise d'Amsterdam, celle de Hambourg naquit quelques années après et celle de Londres en 1656, fruit des efforts suprêmes de Menasseh ben Israël.

D'autres communautés de ce genre existaient au Sud de la France (Bordeaux et Bayonne), dans les Indes Occidentales (Jamaïque et Curaçao, etc.) et dans les colonies d'Amérique du Nord (New York, Newport, Savannah, Charleston). En Amérique du Sud, l'Inquisition sévissait dans les régions qui se trouvaient sous la domination espagnole. Bien que beaucoup de Marranos s'y installèrent, des communautés juives ne pouvaient s'y former au grand jour, quoique au Brésil, une communauté se créa dans le petit intermède de la première du 17e siècle, lorsque ce pays fut sous domination hollandaise. Cette émigration vers le Nord de l'Europe créa une autre catégorie de communautés Sefardi, qui développèrent un mode de vie caractéristique propre. Ces juifs se considéraient et furent considérés par leurs voisins comme "l'aristocratie" du monde juif. Au 17e siècle, ceux-ci furent indubitablement l'élément le plus important et en certains points l'essence du peuple juif.

La synagogue portugaise à Amsterdam

Ils constituèrent tels qu'ils étaient un îlot de culture ibérique sur un sol étranger. Ils parlaient entre eux espagnol et portugais, et ce sont dans ces langues que leur littérature fut écrite. Ils développèrent une tradition spéciale dans les synagogues, associant la dignité et la courtoisie espagnoles aux rites religieux juifs anciens. Ils se vantèrent de leurs ancêtres distingués et de leur origine aristocratique. Il est intéressant de noter, considérant les développements qui suivront, qu'au cours de la période où ils se distinguèrent le plus remarquablement, leur esprit de nationalisme juif et leur amour pour eretz Israël fut particulièrement intense. Ils se nommaient "La Nation Juive". Dans toutes les communautés où ils s'installèrent, ils furent désignés " Parnassim de Terra Sancta", et chargés de recueillir les contributions servant à aider et secourir les Juifs de Palestine. Et lorsque le prétendu Messie, Sabbetai Zevi, apparut comme une comète dans le firmament juif, au milieu du 17e siècle, ses partisans les plus fervents furent les hommes influents des communautés sefardi dans le Nord de l'Europe, aspirant à la rédemption promise de leur nation. Il faut signaler que le premier des écrivains juifs des temps modernes fut, semble-t-il, une femme juive vivant à cette période en Italie. Elle s'appelait Déborah Ascarelli et était l'épouse du Président de la synagogue catalane de Rome. Elle écrivit en 1600, environ, un livre de poésie religieuse en italien. Une partie de cette oeuvre fut écrite par elle - même et une partie traduite de l'hébreu. Au cours des générations qui suivirent, d'autres poétesses sefardi contribuèrent à la vie culturelle des communautés espagnoles et portugaises de Londres et d'Amsterdam.

L'intégration des non- Sefardim.

Il ressort de ce qui précède que les exilés d'Espagne jouissaient d'un niveau culturel et intellectuel bien plus élevé que celui des Juifs des communautés orientales et nord-africaines, avec lesquels ils vinrent en contact. Le résultat fut que les derniers tombèrent sous l'influence des premiers. Dans beaucoup de pays, comme la Turquie, ils adoptèrent leur langue, le judéo- espagnol ou " Ladino" qui devint la langue universelle des juifs, de toute origine, même des natifs de la Grèce ou d'Allemagne. L'influence de la culture espagnole juive s'intensifia encore plus. Les juifs locaux les considéraient dans bien des cas comme le modèle de la culture et de conduite, adoptant nombre de leurs coutumes et pratiques liturgiques. Ce processus fut favorisé par deux facteurs. Le premier : la vénération désormais universellement portée à l'éminent Rambam et à ses recommandations religieuses, basées essentiellement sur les coutumes Sefardi. Le second fut le développement de l'imprimerie qui fit en sorte que les hommes essayèrent de transcrire les liturgies et livres de prières et commencèrent à acquérir des exemplaires imprimés sur les marchés les plus avantageux. C'est pourquoi, l'ancien rite espagnol de prières, qui s'appliqua originellement à la Péninsule Ibérique, fut maintenant adopté par presque tous les groupes de la population juive de la région méditerranéenne et des communautés d'Asie. Au Moyen Age, une demie - douzaine de rites de prières principales courantes prédominait chez les juifs et presque chaque pays avait sa tradition locale.

Eclipse des juifs Sefardi.

Mais ce formidable essor n'eut pas le résultat escompté car parallèlement l'élément Sefardi si important jusqu'alors commença à s'estomper par rapport au reste du monde juif. Il n'existe aucun chiffre concernant la population juive au Moyen- Age et il est donc impossible de donner des statistiques précises. Mais de toute étude superficielle de l'histoire juive effectuée à cette période, il ressort que les juifs d'Espagne étaient les plus prospères, les plus nombreux, et jouaient un rôle actif au sein de leur peuple. De l'an 1000 jusqu'en 1492, la majeure partie, soit 75 %, de ce que nous avons lu sur l'histoire des Juifs, est consacré aux juifs d'Espagne et du Bassin Méditerranéen. Durant la période qui suivit de 1492 jusqu'au milieu du 17e siècle, ces juifs continuèrent de susciter l'attention de la plupart des historiens et restèrent, de ce fait, un élément très important de la population juive mondiale

Néanmoins, à partir de cette période, leur importance relative décrut. Une très petite partie des documents historiques en font cas et les éléments Achkénazi du Nord et du Centre de l'Europe occuperont désormais la scène centrale. A la période moderne, la partie Achkénazi du peuple juif représentait approximativement 90% de la population totale, alors que l'élément Sefardi totalisait seulement 10%, les communautés orientales comprises. Ainsi, au lendemain des tragiques évènements de l'Holocauste, on calcula que la population juive mondiale était d'environ 16.500.000. Ce chiffre comprenait 15.000.000 Ashkénazes et seulement 1.500.000 Sefardim.

Ces chiffres reflètent une modification notoire de l'importance de la population sefardi. Cette modification entraîna inévitablement une régression de leur productivité dans le domaine intellectuel et culturel, d'autant plus que leurs oeuvres étaient pratiquement inconnues des érudits Ashkénazes. Les juifs Ashkénazes, caractérisés par leur activité fébrile et leur grande énergie, prirent donc l'initiative de guider presque tous les aspects de la vie juive, délaissant en arrière plan, leurs frères sefardi placides dans une semi- léthargie non méritée.

Cependant, quelques exceptions notables doivent être citées. Au cours du siècle dernier, quelques-unes des personnalités qui se distinguèrent au cours de l'histoire juive furent Sefardim. Sir Moses Montefiore, qui appartenait à une famille juive italienne, était un membre fervent de la communauté espagnole et portugaise de Londres. Son partenaire français, Adolphe Crémieux, appartenait à une vieille famille du Sud de la France, plus proche des Sefardim que des Ashkenazim. Malgré sa conversion au Christianisme dans son jeune âge, le Premier Ministre anglais, Benjamin Disraeli, conserva un sens profond de solidarité envers la nation juive, il se vantait de sa descendance espagnole. Les pères de l'implantation juive renouvelée en Palestine furent Montefiore, l'américain sefardi Judah Touro, quelques membres de la famille Hazan de Newport, de Rhode Island, dont le nom est toujours cité avec reconnaissance à Jérusalem.

Judah Alkalai, le Rabbin Sefardi de Bosnie, établit les grandes lignes du Sionisme pratiquement analogues au programme de Theodor Herzl, quarante ans avant que l'idéologie de ce dernier ne soit rendue publique. Max Nordau était également de descendance sefardi partielle comme le fut Herzl qui était descendant de la famille Taitacac, du coté de sa mère. Le rôle qui fut joué par les sefardim dans l'assisse des fondations du sionisme fut donc notoire.

Les Sefardim aux temps modernes.

A partir de la fin du 19e siècle, les juifs furent à nouveau autorisés à vivre en Espagne, mais seulement à titre individuel, et pas en communauté organisée. L'Edit d'expulsion de 1492 fut révoqué officiellement en 1968 et la Constitution de 1978 proclama les principes de liberté religieuse, avec la séparation de l'état et de la religion. Il conféra à toutes les religions un statut d'égalité, comme dans toutes les autres démocraties occidentales. Le décret de 1924 accorda aux juifs le droit de vivre à l'étranger, de revendiquer la nationalité espagnole et de s'installer en Espagne, s'ils le désiraient. De ce fait, l'Espagne devint le refuge d'un bon nombre de réfugiés juifs au début de la période Nazi et avant que n'éclate la Guerre Civile ( 1936-39).

L'Holocauste.

Pendant la Seconde. Guerre Mondiale, les autorités espagnoles accordèrent leur protection à un grand nombre de juifs des pays se trouvant sous l'occupation nazie. Elles allèrent même jusqu'à sauver des juifs hongrois en attribuant des certificats spéciaux à 2.750 juifs, qui n'étaient pas citoyens espagnols. Dans un premier stade, les Nazis tentèrent de semer la division en discriminant les juifs d'origines diverses. En Hollande, les Sefardim furent délaissés assez longtemps mais, par la suite, presque tous furent "liquidés". Les petites communautés s'éteignirent, et il ne resta de l'illustre communauté espagnole et portugaise d'Amsterdam que 10% de son effectif total initial. En Italie, les anciennes communautés Sefardi de Venise, Ferrare, Florence et Livourne souffrirent de façon effroyable. L'extermination des Juifs des Balkans s'effectua sur une échelle bien plus grande et la plupart d'entre eux furent envoyés aux camps de la mort. En Bulgarie, où les juifs avaient toujours jouis d'un traitement loyal, le gouvernement réussit à se dérober aux ordres allemands, et cette importante communauté sioniste se dirigera massivement vers Eretz Israël. En Yougoslavie, les fascistes locaux et leurs maîtres allemands réduisirent presque à néant la population juive locale. Bien que la petite communauté d'Athènes ne souffrit pas autant comme elle était protégée par le Patriarche Orthodoxe Damascenos, le nombre de personnes qui furent déportées dans le reste de la Grèce augmenta dans certaines localités et atteignit parfois 99% de la population juive. Presque tous les membres de la communauté de Salonique furent exterminés.

La période qui suivit la Seconde Guerre Mondiale.

A la fin de la seconde guerre mondiale, il était évident que presque tous les juifs sefardi d'Europe avaient été exterminés. Parallèlement, des émigrants originaires de la région Est de la Méditerranée, vinrent élargir les anciennes communautés sefardi de Londres, Paris et New York. De plus, de nouveaux groupes sefardi s'installèrent en Rhodésie et au Congo Belge. Beaucoup d'émigrants s'installèrent aussi en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Là, ils se sentaient chez eux à cause de la langue.

En Espagne, les communautés juives se rétablirent progressivement. Les plus importantes étant celles de Madrid, Barcelone et Malaga. Plus tard, ces communautés fondèrent la Fédération des Communautés Juives d'Espagne, laquelle est aujourd'hui affiliée au Congrès Juif Mondial. Vers la fin des années 50, un grand nombre de juifs d'Afrique du Nord s'installèrent en Espagne et des synagogues furent construites dans plusieurs villes. Aujourd'hui, il existe en Espagne deux écoles juives et un certain nombre de centres communautaires juifs. La Fédération des Communautés Juives publie un bulletin mensuel appelé "HAKESHER". Il existe aussi un mouvement d'éclaireurs juifs. L'Institut de Recherche L'Histoire des Juifs espagnols fut créée et une exposition, portant sur la culture juive Sefardi, se tint en 1959. Plusieurs années après, l'Association Amicale Judéo- Chrétienne fut fondée pour lutter contre l'antisémitisme et aujourd'hui les signes d'antisémitisme sont rares en Espagne. Le nombre de Juifs vivant actuellement en Espagne est de 12.000 âmes. En 1986, l'Espagne et Israël établirent des relations diplomatiques. Le commerce et l'échange culturel sont excellents entre les deux pays. Bien que le Portugal ne compte aujourd'hui que 300 juifs, la Comunidade Israelita de Lisboa est affiliée au Congrès Juif Mondial. Lisbonne dispose d'un centre Communautaire Juif, de deux synagogues, l'une Sefardi et l'autre Ashkenazi et d'un Rabbin. Israël et le Portugal entretiennent des relations diplomatiques à part entière et l'Ambassadrice d'Israël au Portugal est la talentueuse Melle Colette Avital.

Les juifs sefardi arrivèrent aux Etats - Unis par petits groupes depuis le 17e siècle. A New York, ils fondèrent la synagogue espagnole et portugaise, qui est aujourd'hui l'une des plus prestigieuses synagogues de cette ville. Au fil des années, des divers groupes de Sefardim s'installèrent aux Etats- Unis, ces descendants des " Pères Fondateurs" tinrent des positions très respectables au sein de la société américaine. Ils prirent l'initiative de développer et financer les activités religieuses et culturelles sefardi et furent très fiers du rite juif qui leur était propre, désigné sous le terme : " minhag portugais". Au 20e siècle, plus de 30.000 sefardim s'installèrent dans la ville de New York et constituèrent la base d'une vie juive organisée commune. Ils établirent des synagogues affiliées les unes aux autres par le biais de l'Union des Congrégations Sefardi et /ou la Fédération Sefardi Mondiale, et formèrent des Sociétés de Bienfaisance dont les noms rappelaient leurs villes natales. Les Congrégations financèrent les écoles de Talmud Thora et les Yeshivoth chargés de transmettre les traditions sefardi et son "nousah" ( liturgie). Vers la fin de notre siècle, des efforts ont été faits dans le but de former les dirigeants appelés à satisfaire les besoins de la communauté Sefardi. L'Université- Yeshiva de New York a oeuvré dans ce sens en développant un programme d'études sefardi.

L'histoire des sefardim en Eretz Israël.

Aux 15e et 16e siècles, l'émigration des juifs d'Espagne coïncida avec une libéralisation relative du régime turque, qui permit aux réfugiés juifs de s'installer dans toutes les parties de l'Empire ottoman, y compris Eretz Israël. La population juive du pays était alors formée de quatre communautés distinctes ; Les Ashkenazim- immigrants des pays de l'Europe comme l'Italie, les Sefardim - Réfugiés d'Espagne, les Nord-Africains ou Mousta'rabes- ces juifs qui n'avaient jamais quittés le pays. Après l'expulsion d'Espagne, les Sefardim devinrent dans les villes les plus grandes l'élément prédominant. A partir du 16e siècle, ils jouèrent un rôle décisif dans la conversion de la ville de Safed en centre spirituel du monde juif, grâce à leurs éminents érudits, leurs poètes religieux et mystiques qui vinrent s'installer dans cette ville. Parmi ces érudits, citons les plus remarquables : Joseph Caro , qui codifia et rédigea le Chouhan Aroukh, Solomon Alkabez, cabaliste et poète, célèbre pour son cantique de la veille du Shabbath " Lekhah Dodi" et Isaac Luria ou Ari, fondateur de la Cabale Luria. Le nombre des Sefardim augmenta rapidement et ils influencèrent les autres communautés juives de Jérusalem, bien que l'immigration des premières vagues de Hassidim de l'Europe de l'Est au cours du 18e siècle eurent tendance à renverser la situation. Dans un premier temps les communautés sefardi et ashkenazi coopérèrent et envoyèrent des émissaires en Diaspora. Ceux-ci furent chargés de recueillir des fonds et de défendre les intérêts Juifs auprès des autorités. Mais à partir du 19e siècle, la ligne divisant les Sefardim des Ashkenazim se marqua encore plus nettement, surtout quand le Grand Rabbin Séfardi de Jérusalem, qui portait le titre " Rishon le Zion" fut reconnu officiellement à partir de 1842 " Hakham Bashi". Cette situation atteignit son apogée sous le mandat britannique, après 1917, lorsqu'un Grand Rabbinat commun Ashkenazi- Sefardi fut formé. Le résultat fut que toutes les communautés " orientales " s'affilièrent aux autorités sefardi rabbiniques, créant ainsi cette confusion sémantique autour du terme "sefardim", aussi bien en Eretz Israël qu'en Diaspora. En Palestine, lorsque l'administration britannique devait nommer des Juifs à des postes officiels, elle préféra souvent aux sionistes ashkenazim " nouvellement arrivés" des membres d'anciennes familles sefardi et non ashkenazi, nés dans le pays, parlant l'hébreu et l'Arabe. Cependant ni cette pratique, ni les autres méthodes consistant à diviser politiquement la population juive selon ses diverses ethnies n'aboutirent et beaucoup de juifs sefardi, nés dans le pays, occupèrent des positions élevées dans le Vaad Léumi et autres organisations sionistes. L'immigration de masse qui s'effectua en Israël au cours des années 50 et 60 comprit un grand pourcentage d'Olim des Communautés Orientales. A cause du taux de naissance élevé chez ces derniers, l'élément Ashkenazi fut bien vite dépassé dans le pays. Cependant, seulement une minorité de ces immigrants non - ashkénazes, originaires de Bulgarie, Grèce, Turquie et quelques nord-africains, sont sefardim, au sens stricte du terme, c'est à dire descendants des juifs espagnols et portugais, dont la langue était le Ladino. Comme l'Etat d'Israël va bientôt célébrer le 44e Anniversaire de son Indépendance, avec une population d'environ 4 millions de Juifs, il est intéressant de noter que le nombre des Sefardim est légèrement plus élevé que celui des Ashkenazim. En dépit des difficultés et épreuves qu'un grand nombre d'immigrants rencontrent au début de leur Aliyah, le creuset d'Israël réussit à absorber des Olim d'ethnies diverses, originaires, de multiples pays à travers le monde. Aujourd'hui en Israël, de nombreux sefardim occupent de hautes fonctions dans tous les domaines de la vie publique. Le plus célèbre de tous les sefardim israéliens est sans doute Monsieur Yitzchak Navon qui servit le cinquième Président de l'Etat d'Israël et qui occupa, par la suite, le poste de Ministre de l'Education. On trouve d'autres israéliens de descendance sefardi occupant des fonctions de ministres, membres de la Knesset, maires de municipalités et de conseils régionaux, dans l'état major de l'armée de défense israélienne, ainsi que dans le domaine bancaire, commercial, scientifique et artistique. Grâce à un système éducatif d'intégration, au service militaire, au pourcentage grandissant de mariages entre juifs de diverses origines, la société en Israël, soumise sans cesse à des épreuves, à des défis, demeure pleine d'espoirs, vibrante, créative et unie.

Pour la Wizo

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