Cette grande belle femme rieuse et pleine d'un humour marqué de fragilité possède un don rare ; celui de provoquer une émotion immédiate dont l'écho délicieux, à l'instar des cercles concentriques que provoque une pierre lancée à l'eau, n'en finit plus jamais de vous habiter et de vous enrichir. Lorsque ses mains fortes et sensibles " attaquent " la glaise, le coeur et l'esprit de l'artiste sont déjà imprégnés de l'émotion qu'elle veut mettre en exergue. Il n'est que de la regarder travailler pour le ressentir, avec l'impression d'être l'heureux témoin d'un moment unique. Souriante et concentrée, elle regarde la terre, lui transmet sa volonté et ses attentes, puis d'un mouvement ample et sûr, elle crée ! Instant magique et presque mystérieux, qu'on est ému de partager !
Point de snobisme ou d'arguties inutiles ; Myriam Frank saisit la vie à pleines brassées, défis et cadeaux confondus, pour la comprendre, lui répondre, l'enrichir, et enfin la transmettre. Elle sait crier ou murmurer la maternité. Elle a le don, avec " A ma fille ", par exemple, de livrer sans un mot les paroles essentielles d'une mère. Elle est ronde et déchirure, bonheur et confiance ; ses mains volent ou s'appliquent, fidèles à traduire l'émotion, et aussi l'exigence de cette artiste en perpétuelle recherche. Son travail exceptionnel sur les lettres hébraïques, son avancée constante dans ce domaine, étayée par une étude assidue de la Tora, disent assez la quête essentielle de l'infatigable créatrice qu'elle est.
Fidèle à la tradition de ses ancêtres elle revient sans cesse à la Source Infinie, à l'eau vivifiante de la Torah, dans une étude ourlée d'amour et de joie, qui ne craint jamais d'affronter la difficulté. L'oeuvre de Myriam Frank est harmonie et invitation : elle nous réconcilie avec l'humain, nous élance vers le divin, nous accompagne et nous persuade d'agir à notre tour. Qui rechignerait à refuser ?
Yaëlle Kalfon König.