THE HOLOCAUST INDUSTRY

notes de lectures ..

Harry Carasso

THE HOLOCAUST INDUSTRY

Norman G. Finkelstein, 150 p., Verso, Londres-New York 2000

Norman Finkelstein est connu en France pour son livre, L'Allemagne en procès, traduit chez Albin Michel, où il attaque les thèses de Daniel Goldhagen sur la responsabilité collective du peuple allemand. Sorti récemment, The Holocaust Industry a été largement commenté en Grande-Bretagne, en Suisse et en Allemagne, un peu moins aux Etats-Unis. Thomas Ferenczi en a parlé dans Le Monde du 12 août, se demandant " si les Juifs, aujourd'hui, n'en font pas un peu trop "...

Selon Finkelstein, les Juifs américains ont adopté dès l'après-guerre un profil bas face au massacre des Juifs d'Europe, attitude dictée par " les intérêts et le pouvoir ". Cette attitude a changé complètement après la Guerre des Six Jours, lorsque le génocide des Juifs est devenu une industrie destinée à justifier la " politique criminelle " de l'Etat d'Israel, et l'aide apportée par les Etats-Unis à cette politique.

On pourrait se demander si Finkelstein est un négationniste; mais ses deux parents ont été dans le ghetto de Varsovie, et le reste de sa famille a été assassiné. *-*

Dans son premier chapitre, « En capitalisant sur l'holocauste », Finkelstein affirme que les adolescents américains en savent maintenant plus sur cette tragédie que sur la Guerre de Sécession...mais précise qu'en 1961, la publication du livre de Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, n'avait soulevé que peu d'intérêt aux Etats-Unis, les principales organisations juives américaines s'opposant à parler de l'Holocauste, puisque l'Allemagne était devenue un allié crucial des Etats-Unis. L'American Jewish Committee n'avait aidé Israél lors de sa fondation qu'afin de canaliser vers ce dernier les survivants des camps, redoutant que leur éventuelle émigration aux Etats-Unis n'y fasse accroître l'antisémitisme. Craignant que le sionisme socialiste ne devienne un allié de l'URSS, l'élite juive américaine n'hésita pas à se démarquer des Juifs de gauche. Selon Finkelstein, les Juifs américains ne sont devenus sionistes qu'après la Guerre des Six Jours, en découvrant qu'Israel, avec sa formidable machine de guerre, pouvait devenir un puissant allié de la politique américaineau Proche-Orient. Et il fait état des 6000 morts israéliens de la Guerre d'Indépendance - contre 2000 lors de la Guerre du Kippour - en soulignant l'indifférence des Juifs américains pour les premiers.

Selon Finkelstein, les organisations juives américaines pouvaient faire revivre le souvenir de l'Holocauste en 1967, malgré la relève des générations, et en faire servir une arme parfaite pour repousser les critiques contre Israel.

C'est la force prouvée de l'Etat Hébreu, et son alliance avec les Etats-Unis, qui auraient donc conduit ces organisations à mettre au point " l'industrie de l'Holocauste ".

Le second chapitre est intitulé Des imposteurs, des bonimenteurs et de l'Histoire. Le moment, pour Finkelstein, de s'occuper d'Elie Wiesel, " le grand prêtre de la sacralisation de l'Holocauste ".

Il est vrai que le personnage énerve Finkelstein lorsqu'il écrit: " les mots sont une approche horizontale, tandis que le silence vous offre une approche verticale, plus profonde ". Ce qui ne l'empêche pas, prétend Finkelstein, de se faire payer très cher ses interventions. Mais il a d'autres souffre-douleur, notamment Jerzy Kozinski, Benjamin Wilkomirski et Daniel Goldhagen.

Dans L'Oiseau bariolé, écrit en 1965 " directement en anglais "1 , Kozinski raconte les souvenirs de son errance solitaire en Pologne pendant la guerre 39-452 , en insistant sur les tortures sadiques infligées aux Juifs par les paysans polonais3 .

Dans Fragments, publié à New York en 1996 et traduit en France chez Calmann-Lévy, Wilkomirski décrit ses tribulations d'enfant dans les mêmes circonstances, avant d'apprendre ses origines juives. Mais après que Raul Hilberg lui-même ait mis en doute l'authenticité de Fragments, on découvrit que Wilkomirski s'appelle en réalité Bruno Doessekker, n'est pas Juif et a passé toute la guerre en Suisse...

Quant à Goldhagen, Finkelstein écrit: " La preuve historique de l'impulsion meurtrière des Gentils n'existe pas ". A la fin du chapitre, Finkelstein s'étonne de la place octroyée au Mémorial de l'Holocauste, de Washington (en plein quartier historique), en l'absence de tout autre musée " commémorant les crimes de l'histoire des Etats-Unis "... Et il compare à l'Holocauste l'extermination de 500.000 Tziganes par les Nazis, dans " des proportions presqu'égales à celles du génocide juif ".

Dans le troisième chapitre, La double secousse, Finkelstein parle d'abord chiffres, en estimant le nombre des rescapés de l'Holocauste non pas à un million, comme prétendu par Israel, mais à 150.000. Il évoque la somme de 60 milliards de dollars versée par l'Allemagne aux Juifs, au titre de réparations en retraçant longuement les accords passés, notamment avec la Claim Conference, qui affecta une écrasante partie de cet argent non pas aux victimes, mais à la " réhabilitation des communautés juives " et à la créations de catégories de bénéficiaires " somptuaires ", comme Les Justes de Yad Vashem...Il cite les honoraires exorbitantsperçus par les avocats de la Claim Conference.

Finkelstein s'étend ensuite longuement sur le cas de la Suisse, qui après son repentir de 1995 a dû payer des sommes colossales à " l'industrie de l'Holocauste ", notamment après l'entrée en lice du Congrès Mondial Juif, " organisation moribonde avant la campagne contre Kurt Waldheim ". Il raconte en détail comment les banquiers suisses, après avoir proposé au début 32 millions de dollars pour les 775 comptes " en sommeil ", finirent par accepter de payer 1.25 milliards, mais le Congrès Mondial finit par en encaisser plus de 7.... En précisant que les survivants du Holocauste ne touchaient que des sommes dérisoires - comme ses parents, qui ont reçu 3500 dollars, Finkelstein parle longuement des imposteurs, que l'Allemagne a indemnisés en fermant les yeux.

Après l'Allemagne et la Suisse, l'industrie de l'Holocauste s'est tournée vers une nouvelle proie: les pays de l'Est qui, après avoir secoué le joug de la défunte URSS, se voient poursuivis pour les crimes commis sur leur territoire par les Allemands, avec l'accord et l'aide des gouvernements fascistes. Finkelstein semble oublier que certains de ces pays étaient occupés par l'Axe; les cas de la Roumanie et de la Bulgarie sont plus compliqués, vu la géométrie variable de leurs frontières. Mais il faudrait être de très mauvaise foi pour croire l'industrie de l'Holocauste, si elle existait, assez sotte pour exiger de l'argent à des gouvernements au bord de la faillite...Néanmoins, pareille littérature suffit à faire ressusciter dans ces pays un antisémitisme qui ne demande que de l'huile pour attiser son feu...

Afin de " promouvoir la résurrection de la vie juive en Pologne ", l'Organisation Mondiale Juive de Restitution demande des réparations pour les propriétés communautaires juives; vu le nombre de Juifs vivant actuellement en Pologne (6000), faut-il reconstruire une synagogue ou une école pour chaque Juif polonais? écrit Finkelstein.

Les républiques ex-soviétiques ne font pas exception: le Belarus se voit ainsi demander des réparations pour les Juifs tués par les Allemands (le revenu moyen d'un Belarusse est de 100 dollars par mois).Mais afin de forcer les gouvernements récalcitrants à payer, l'industrie de l'Holocauste exige que des compensations pour la Shoah figurent en bonne place parmi les conditions d'une admission dans les diverses organisations européennes.

Avant de finir, Finkelstein écrit: " l'industrie de l'Holocauste est devenue folle--furieuse ", sans se rendre compte que son livre a pris le même chemin. Mais il est clair, pour lui, que si Israel n'avait plus la faveur des Etats-Unis, beaucoup de " sionistes " s'en détourneront " et c'est ainsi que des Juifs conduiront d'autres Juifs vers la mort, comme lors de la révolte du Ghetto de Varsovie ".

Et il termine par une phrase apparemment éloquente: " Le geste le plus noble vis-à-vis de ceux qui ont péri, c'est de préserver leur mémoire, d'apprendre à travers leur souffrance et de les laisser, finalement, reposer en paix ", En semblant encourager ceux qui écrivent - en filigrane - que " seuls les morts ont la parole... ", Finkelstein franchit la ligne jaune qui le séparait des négationnistes..Après la lecture de ce livre, assez court mais mal construit, on peut se demander pour quelle raison Norman G. Finkelstein (qui n'emploie jamais le mot " Shoah ") écrit bien " Holocauste " avec un H majuscule, mais s'évertue à le " minusculariser " dans " holocauste Nazi "; son explication (Nazi holocaust signale l'événement historique, Holocaust étant sa représentation idéologique) n'est pas convaincante.

Harry Carasso

1. Faux, selon NF
2. Selon NF, il a passé la guerre avec ses parents
3. Des paysans ont caché la famille Kozinski, toujours selon NF.

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