REMEDES DE BONNE FAME

Henriette Azen

Le sujet dont je vais parler ce n'est pas des « on dit » ou « il paraît que ». Tout ce qui va suivre c'est mon vécu depuis ma plus tendre enfance.

Les temps ont bien changé depuis mon enfance dans les années 1920. Nos parents avaient de petits moyens, il n'y avait pas de Sécurité Sociale en Algérie et nous n'avions recours au docteur que dans les cas extrêmes. Les parents nous ont transmis ce qu'ils faisaient en toute bonne foi, les remèdes qu'ils employaient en toute confiance et qui, ma foi, se révélaient efficaces.

Quand maman était enrhumée je la voyais mettre dans le creux de sa main une bonne quantité d'anisette qu'elle reniflait alternativement d'une narine puis de l'autre tandis qu'avec un doigt de l'autre main, elle bouchait la narine qui ne reniflait pas. Cette anisette à 45° d'alcool arrivant directement dans les sinus se révélait efficace. Je n'ai jamais pu le faire car m'y étant essayée une fois, ça brûlait tellement que je n'ai jamais recommencé. Néanmoins, maman le faisait à chaque fois qu'elle était enrhumée et son rhume passait.

Quand j'étais très jeune, maman soignait mes rhumes en me frictionnant énergiquement le dos et la poitrine avec de l'huile et du sel qu'elle mettait dans une assiette. Parfois elle me badigeonnait le dos et la poitrine de teinture d'iode. Avant de me mettre au lit elle me donnait à boire une tisane de thym ou d'origan, en espagnol « oregano », et elle ajoutait « el oro gano », c'est à dire « vaut mieux que de l'or ». Elle me recouvrait la tête d'une serviette alors que par le nez et la bouche j'aspirais les vapeurs de cette tisane que je buvais ensuite. Sur la tête, au-dessus du crâne, elle versait aussi de l'anisette, me tapotait les cheveux et me recouvrait aussitôt la tête d'un bonnet de laine et je dormais ainsi. Je transpirais dans la nuit, c'était bon signe. Le matin si je toussais elle mettait quelques gouttes de teinture d'iode dans le lait que je buvais. A titre préventif, en hiver maman mettait des cristaux de camphre dans un petit sachet de tissu qu'elle épinglait sur mon tricot de peau, afin d'éviter les rhumes. Elle me frictionnait parfois le dos et la poitrine avec de l'alcool camphré quand j'étais enrhumée. Quand j'avais une grande frayeur ou mal au ventre, maman me faisait boire une tisane chaude de cumin.

Je me souviens d'une époque où maman m'amenait tous les matins à l'usine à gaz de la ville. Elle se trouvait au Faubourg Perrin plus loin que l'école Marceau où j'allais à l'école primaire. Je me revois monter sur une échelle pour atteindre une grande surface circulaire. Je me trouvais au-dessus d'une énorme cuve cylindrique. Un ouvrier ôtait un bouchon et pendant quelques minutes, accroupie à genoux je mettais mon nez dans l'orifice pour respirer ce gaz. J'avais la coqueluche et tous les enfants qui avaient cette maladie presque en même temps faisaient de même.

Une année, une semaine avant la rentrée des classes qui avait lieu le 1 octobre, j'avais mal aux yeux et me réveillais chaque matin les paupières collées, les yeux rouges. C'était l'automne, l'époque des grenades et chaque année à la même époque beaucoup d'enfants avaient mal aux yeux. Maman me lavait les yeux avec de l'eau salée mais ça ne guérissait pas.

Ma tante Léonie d'Alger, demi-soeur de papa de passage chez nous cette semaine là, demanda à ma mère une tomate et de l'alun qu'elle réduisit en poudre à l'aide du pilon de cuivre. Sur la tomate coupée en deux, ma tante saupoudra chaque moitié d'alun en poudre et me dit : « ne pleure pas si tu veux aller à l'école demain ». Elle m'appliqua une demi tomate sur chaque oeil. Elle les maintint en place avec un mouchoir plié en bandeau qu'elle noua derrière la tête. Ça piquait ! Je pleurais ! « Supporte, ne ferme pas les yeux, tu vas être guérie » me dit ma tante. Je dormis ainsi toute la nuit. Le lendemain matin ô miracle ! Mes paupières n'étaient plus collées, mes yeux étaient limpides et non plus rouges comme les jours précédents. Je me rendis avec bonheur à l'école et ne manquai pas la rentrée des classes.

Je me souviens qu'on fit venir le docteur à la maison une seule fois quand j'avais sept ans. J'avais de la fièvre, mal au ventre et le docteur diagnostiqua : « c'est un embarras gastrique fébrile ».. Cette fois-là j'ai du avaler des médicaments pour la première fois.

Maman utilisait souvent le lavement quand j'avais mal au ventre. Elle faisait bouillir de l'eau y ajoutait du sel et laissait tiédir pour me l'administrer. C'était efficace et j'allais ainsi à la selle, débarrassée de ce qui me donnait mal au ventre. A chaque automne elle me faisait boire une purge qu'elle achetait chez le pharmacien. Mais d'autres fois au lieu de lavement, elle me faisait allonger à plat ventre sur ses cuisses tandis qu'elle était assise. Elle me frictionnait énergiquement avec sa main le creux de la colonne vertébrale et de ses deux mains, elle pinçait en même temps la peau de part et d'autre de la colonne et soulevait d'un coup sec ! ça craquait! elle recommençait plus haut ou plus bas à plusieurs reprises. Après trois ou quatre craquements je n'avais plus mal au ventre. On appliquait ce remède aux jeunes bébés avant même qu'ils ne sachent parler. Mon fils est né chez mes parents en 1939 pendant la guerre, et quand il était propre, qu'il avait bien tété, bien dormi, s'il pleurait, c'est qu'il avait mal au ventre. Maman lui « tirait le dos » de la façon expliquée ci-dessus. S'il était constipé, c'est avec une queue de persil huilée que maman le faisait aller à la selle en la lui introduisant dans l'anus, dans un mouvement de va et vient. Trois ou quatre centimètres de cette queue de persil lui chatouillant l'anus, le bébé laissait échapper ce qu'on attendait. Mon père disait alors en judéo-arabe : « wila khristsi britsi ». C'est à dire : « si tu vas à la selle, tu es guéri ».

Quand j'avais mal aux oreilles, maman mettait un peu d'huile dans une cuillère à café qu'elle chauffait un peu à la flamme d'une bougie et m'en versait dans chaque oreille. Elle y plaçait aussitôt un bout de coton hydrophile. Je dormais ainsi. Elle recommençait de même le lendemain soir si j'avais encore mal.

Quand j'avais mal à la gorge, elle me frictionnait avec de l'huile et du sel et de ses deux mains avec l'extrémité des doigts qu'elle remontait du bas du menton jusqu'aux oreilles, elle appuyait bien sur les amygdales qui étaient un peu gonflées.

Si mon cousin Gilbert Bibas aujourd'hui chirurgien dentiste à Marseille lit ce texte il se rappellera combien de fois ma belle- mère l'a guéri du mal à la gorge et des oreillons. On disait qu'elle avait de « bonnes mains ». Mon cousin plusieurs fois a eu recours à ses pratiques. Elle le frictionnait comme faisait maman, mais en plus elle mettait dans une assiette du jus de citron et du miel qu'elle mélangeait. Elle y trempait deux doigts, l'index et le majeur, et les introduisait au fond de la gorge de mon cousin et frottait les glandes gonflées jusqu'au sang. Elle lui faisait cela de chaque côté et après avoir craché pas mal de sang, il s'en trouvait soulagé et guéri.

Pour soigner le mal de tête, maman trempait une bandelette de tissu blanc dans du vinaigre, se l'appliquait sur le front jusqu'aux tempes et la maintenait à l'aide d'un grand mouchoir plié en bandeau qu'elle nouait derrière la tête. En judéo- arabe on appelait cela : faire une « âssaba ». Une expression significative en judéo-arabe employant ce mot se disait quand on attendait longtemps quelque chose qui n'arrivait pas. C'était « senèné ya rasé naêmelek âssaba » c'est à dire : «attends moi ma tête que je te fasse une âssaba», ou «attends toujours!» c'était dit avec ironie.

Mon père n'a jamais consulté un docteur. Quand il toussait ou qu'il était enrhumé, maman lui mettait de l'anisette sur le crâne plus le bonnet de laine pour dormir et elle lui appliquait des ventouses sur le dos. En les retirant apparaissaient des ronds foncés rouges, quelquefois même couleur aubergine. C'était le sang qui apparaissait en surface. Le remède s'avérait efficace. Quand les ronds étaient clairs, elle interprétait que le mal n'était pas bien grand. Elle lui faisait boire une tisane de thym et quand il avait transpiré dans la nuit elle lui donnait un tricot de rechange et tout allait bien le lendemain.

Papa achetait à la pharmacie des pastilles Valda qu'il suçait en hiver et nous en prenions également. Quand ils étaient courbaturés ou avaient des douleurs, ils allaient au bain maure ou Hammam, la masseuse ou le masseur leur faisait un bon massage et les douleurs disparaissaient. Il est vrai qu'habitant sous un autre climat sec et chaud à Sidi-Bel-Abbès (Oranie) on n'était pas souvent malade.

Après une période de rhume ou de grippe on en sortait un peu ramollis et maman nous préparait comme reconstituant un lait de poule le matin, c'était un jaune d'oeuf bien battu avec du sucre en poudre dans un bol qu'elle emplissait de lait chaud additionné d'une cuillerée à soupe de rhum. Avant les repas elle nous donnait un petit verre de vin doux à la cannelle de sa préparation pour nous mettre en appétit. La plupart des familles juives savaient faire ce vin et en avaient pour en offrir à toute occasion. C'est le vin rituel pour la prière du Kiddouch pour les circoncisions et les mariages. Les bouteilles de liqueur étaient plutôt rares dans les familles autrefois. Ce vin doux est très simple à faire, je le fais toujours : je mets dans une casserole une livre de sucre avec un verre d'eau et un ou deux bâtons de cannelle. Il faut bien surveiller. Dès que le mélange sur le feu prend la couleur du caramel, on y verse un litre de vin cacher et on laisse bouillir une à deux minutes. Ainsi préparé, il se conserve des années.

Je devais avoir huit ou dix ans quand j'eus des boutons dans le creux des reins au bas du dos. Ca me démangeait. Il y en avait plusieurs et maman les fit mûrir en m'appliquant tous les matins des compresses de miel qu'elle maintenait en place avec un bandage qui m'enveloppait le corps au niveau de cet endroit. Les boutons grossirent, ils suppurèrent. Tous les matins maman lavait les boutons à l'eau tiède et remettait des compresses de miel jusqu'à la cicatrisation et ce fut fini.

Il m'arrivait quelquefois de me faire une entaille au doigt quand je m'étais servie maladroitement d'un couteau. Le sang coulait. Maman allait aussitôt chercher une toile d'araignée et me l'enroulait autour du doigt. Le sang ne coulait plus. Il est vrai qu'à l'époque dans les coins du long couloir et de la cour de la maison où nous habitions il y avait toujours quelque part des toiles d'araignées.

Pour aider une digestion difficile, quand après un repas je sentais des lourdeurs à l'estomac, maman me donnait à boire un verre de citronnade préparée avec un jus de citron, du sucre, de l'eau et une pointe de cuillerée à café de bicarbonate de soude. Ca moussait. Après avoir avalé cette préparation, je rotais même plusieurs fois et j'étais soulagée.

Quand on était piqué par un insecte maman frottait aussitôt l'endroit rougi et douloureux avec une gousse d'ail épluchée et il n'y paraissait plus. Je me souviens qu'elle avait toujours une pomme de terre dans la poche de son tablier de cuisine. Quand elle devenait ratatinée, elle la remplaçait en y remettant une nouvelle. On lui avait indiqué ce remède contre les rhumatismes.

Quand nous étions jeunes, mes parents et les parents de celui qui devint mon mari étaient amis. Eux vivaient avec les parents du papa, donc les grands parents paternels de mon mari. Le vieux grand-père toujours alerte disait en judéo-arabe : « El doua el mèHya ! » c'est à dire : « le meilleur médicament c'est l'anisette ! » Il est mort à 107 ans sans jamais avoir consulté de docteur. Quant à la grand-mère elle savait enlever le mauvais oeil. Un jour que je baillais sans arrêt elle me dit en judéo-arabe car elle ne connaissait pas le français : « âmelolek el âin » c'est à dire : « On t'a fait le mauvais oeil » et elle se mit en devoir de me faire ce qu'elle savait pour me l'enlever. Sur une écharpe m'appartenant elle ouvrit toute sa main du début à la fin de l'écharpe en faisant se rejoindre le pouce à l'auriculaire. Elle fit circuler sa main ouverte tout au long de l'écharpe en murmurant des phrases connues d'elle seule. A un endroit elle fit un noeud. Tous les gens présents se mirent à bailler. Puis jetant une poignée de gros sel sur les braises du Kanoun (fourneau arabe en terre cuite) où cuisait son repas, on entendit éclater le sel et elle dit en judéo-arabe : « hèidè itertek el âin l'aêdo » c'est- à- dire : « comme cela qu'éclate l'oeil de l'ennemi ». J'étais assez sceptique n'empêche que je cessais de bailler.

Tout ce que faisais maman, je l'ai fait à mes enfants dans les mêmes circonstances. Nous habitions Alger. Je ne les ai jamais pesés avant et après la tétée comme font les jeunes mamans aujourd'hui. Ils dormaient bien, je les voyais grossir progressivement. Ils tétaient bien, n'étaient pas constipés. Je ne me souciais pas de les peser.

Ils ont eu les maladies infantiles comme tous les enfants. Je les emmenais chez le docteur de la SNCF où mon mari était employé et bien entendu, il ordonna des remèdes que je leur administrais. Néanmoins quand ils eurent la rougeole, je les habillais de rouge, je leur donnais à boire de la tisane de queues de cerise que j'avais en réserve en prévision de la rougeole comme l'avait recommandé maman. Quand bébés, les premières incisives commençaient à pousser ils étaient enrhumés et pleuraient par la rage des dents. Je leur passais sur les gencives du sirop Delabare mais quand je voyais la dent sur le point d'apparaître, je leur frottais la gencive à cet endroit avec un carré de sucre, ils pleuraient car le frottement du sucre les faisaient saigner, mais ensuite c'était fini la dent était visible et poussait normalement. Ils s'endormaient paisiblement passant une meilleure nuit que les précédentes. Quand ils étaient enrhumés j'abandonnais le procédé de maman qui était de mettre de l'anisette sur le crâne. J'employais de l'eau de Cologne à 70° qui était encore plus efficace et que les enfants préféraient puisqu'ils étaient en même temps parfumés.

Que de fois en tombant, mes enfants revenaient à la maison avec une énorme bosse au front. Aussitôt je frictionnais la bosse avec du beurre, je mettais une large pièce de cinq francs dans un mouchoir plié en bandeau et appliquais la partie du bandeau contenant la pièce contre la bosse, je nouais en serrant très fort le mouchoir derrière la tête de l'enfant. Il dormait avec ce bandage et le lendemain la bosse avait disparu.

Un jour que mon mari et moi dûmes aller précipitamment d'Alger à Sidi-Bel-Abbès ou Oran pour affaire familiale, je ne voulus pas emmener les deux enfants que nous avions à l'époque pour ne pas leur faire manquer la classe. Je les confiai à une voisine qui voulut bien les garder pour deux jours. A notre retour ma voisine éplorée me dit : « J'ai emmené les enfants au jardin et en s'amusant au toboggan Gérard est mal tombé. Je le retrouvais avec le poignet enflé et il en souffrait un peu. Je ne m'affolais pas. Aussitôt me vint l'idée de délayer de la farine dans un blanc d'oeuf. J'y trempais une bandelette de tissu qui absorba le produit ainsi obtenu et j'entourai de plusieurs tours le poignet de mon fils avec cette bandelette en serrant assez. Je recouvrais d'une bandelette sèche cela constitua un plâtre solide qu'il garda plusieurs jours. Quand il me dit qu'il ne ressentais plus aucune douleur, je coupai le plâtre avec des ciseaux et le retirais. C'était fini. Je me suis souvent débarrassée des douleurs, en chauffant un peu un fer à repasser que je passais et repassais sur l'endroit endolori recouvert d'une serviette en éponge pour ne pas me brûler.

Au cours de ma vie, je me suis passée autant que j'ai pu des docteurs et des médicaments. Je ne voulais même pas prendre de cachets d'aspirine. Mais il y a eu des moments où il a fallu consulter le docteur. Les crises de foie avec une barre horizontale qui nous scie en deux, nous avons connu çà à Alger mon mari et moi. L'analyse du sang révélant un excès de cholestérol, le docteur prescrivit des médicaments et surtout un régime alimentaire. Un jour de printemps, je revenais chargée de légumes frais du marché et je me trouvais ainsi chargée dans le trolleybus qui me ramenait chez moi. Un monsieur assis en face de moi, me fit la réflexion suivante : « Eh bien ma petite dame au prix où sont les légumes en ce moment vous voilà bien chargée ». Je lui répondis : « Il le faut bien, monsieur, c'est le docteur qui nous dit de suivre un régime à cause de nos crises de foie et des excès de cholestérol ».. Il me répondit : « faites ce que je vous dis, vous n'aurez plus mal au foie. Buvez au lieu de café, une tisane chaude de romarin après chaque repas. Mettez-en au Frigidaire et quand vous aurez soif, buvez de la tisane froide de romarin ». Je le remerciais et où qu'il soit, qu'il en soit encore remercié, car j' écoutais son conseil. Pendant un an nous avons bu de la tisane de romarin tous les jours, les crises de foie ont disparu et excès de cholestérol aussi. Chaque fois que des personnes se plaignent de mal au foie ou excès de cholestérol, je leur conseille à mon tour les tisanes de romarin que nous avons expérimentées avec succès et que nous continuons à consommer.

En 1942 il y avait déjà 3 ans que j'étais revenue vivre chez mes parents où mon fils est né fin 1939. Mon mari était mobilisé et prisonnier de guerre en Allemagne. L'été de cette année 1942, il y eut une épidémie de typhus. Il y eut beaucoup de décès, jeunes, vieux. Des gens de tous âges mourraient. Au mois de juillet, le jour de son anniversaire, ma jeune belle soeur âgée de 15 ans, la soeur de mon mari tomba malade. On fit venir le docteur qui la traita pour fièvre typhoïde. Elle avait toujours de la fièvre. Quand l'analyse de sang révéla que c'était le typhus, c'est moi qui l'ai appris la première, étant allée chercher moi- même les résultats au laboratoire d'analyses. J'étais assommée et me mis à pleurer craignant pour sa vie. Je le dis seulement à son frère cadet qui venait d'être démobilisé en lui suggérant de ne pas le faire savoir ni à ses parents ni aux miens. Tous les jours je fis le trajet quatre fois par jour en plein soleil. Mes parents gardaient mon fils, ils habitaient la ville. Mes beaux- parents habitaient le faubourg Bugeaud. Il me fallait traverser le grand plateau qui séparait les deux maisons. Mon beau-frère veillait sa soeur la nuit, le jour et j'étais là dès que je le pouvais pour aider aux soins. On rasa les cheveux de la malade. Elle en pleura. On lui fit les tisanes ordonnées par le docteur. C'était amer. Elle n'en voulait pas. On les sucrait pourtant suffisamment. Après elle, j'en goûtais à mon tour pour l'encourager « j'en bois bien moi, tu peux bien faire un petit effort » et elle finissait par boire ses tisanes. J'étais inconsciente du danger de la contagion et pour moi et pour mon jeune enfant. Je voulais tellement qu'elle s'en sorte ! Ce va-et-vient dura une quinzaine de jours. Puis un jour quelqu'un me dit de lui faire des cataplasmes d'oignons sur les pieds. J'en achetais deux kilos que je coupais très fin, en fis deux parts et mon beau-frère m'aida à lui envelopper les pieds avec deux serviettes dans lesquelles j'avais mis ces oignons. Elle passa la nuit avec ses pieds emmaillotés d'oignons et le lendemain la fièvre était tombée.. Elle commença à aller mieux et progressivement elle finit par s'en sortir à notre grande joie à tous. C'est quand elle fut sur pied que nous informâmes nos parents qu'elle avait échappé à cette terrible épidémie. Henriette AZEN

à suivre ... Dix ans sont passés depuis que j'ai écrit ce texte. Mon époux est décédé le 11 octobre 1990 et ma belle-fille tout récemment le 21 octobre 1996. Qu'ils reposent en paix ! Se dize : « Por todo ay remedyo ! Solo para la muerte no ay ! » C'est à dire : « Il y a des remèdes pour tout ! seulement pour la mort il n'y en a pas ! »

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