UNA KANDELA EN LA OSKURINA PRETA

DR. RITA ESKENAZI

Nous sommes à la Fondation Mémoire de l'Holocauste, dans un vieux bâtiment donné par le Gouvernement, où on va construire le Musée de la Shoa, (le premier étage est déjà prêt).

Le téléphone sonne, Lior, un jeune qui aide en tout, répond. Une voix féminine dit: "Je suis la secrétaire privée de M. le Président de la République, Dr Fernando de la Rua (notre actuel Président), il veut inviter un groupe de survivants à déjeuner avec lui..."; un moment SVP, répond Lior et commente troublé la nouvelle. Tout le monde est bouleversé et commence à appeler "Adriana! Adriana!". C'est Adriana qui s'occupe des survivants. Adriana prend l'appareil; Oui, de quoi s'agit-il; demande-t-elle La voix féminine répète ce qu'elle a dit auparavant. Combien de personnes? demande Adriana. Peut-être 10 répond la voix. C'est très peu, dit Adriana. La secrétaire consulte le Président et retourne en disant: ils peuvent être 20. Adriana répète, c'est très peu. Combien voulez vous? C'est la question que la secrétaire pose. Adriana répond 80. On écoute la voix de la secrétaire disant à M le Président ce qu'Adriana a dit, et on entend aussi la voix du Dr Fernando de la Rua qui répond: Qu' ils viennent tous! Les deux femmes accordent jour et heure et les autres détails comme le repas casher en pensant au grand Rabbin de la Communauté M Benamu. Il est nécessaire de compter aussi avec d'autres autorités juives, le président de la Fondation, l'Ambassadeur Israélien en Argentine, Yitzhak Avirán, les présidents de ceci ou de cela. Adriana choisit, entre les survivants ceux qui parlent mieux l'Espagnol, quelques 30 et leur donne des indications précises sur la conduite à suivre, ça veut dire les règles du cérémonial. Les survivants, très excités commencent à choisir leur trousseaux, discret mais comme il faut. Le jour fixé arrive et ils se rencontrent à la Fondation pour prendre le bus qui les mènera au Palais du Gouvernement. Ils sont reçus sur l'esplanade principale, par le corps de la garde d'honneur des grenadiers en grande tenue. Ils doivent traverser le couloir qui conduit à l'escalier principal, de chaque côté toujours le corps de la garde d'honneur, jeunes hommes de presque deux mètres de taille, tous égaux, sans se mouvoir un petit peu. Seul leurs yeux , quelque fois, sourient à ce groupe de gens âgés, petits de taille en comparaison à la garde. Quelques-uns avec leur dos voûté, par l'âge, la souffrance, les souvenirs... Parmi eux, mon beau-frère, David Galante de Rhodes.

Ils sont conduit ainsi au salon blanc où chacun signe le livre des invités à la Présidence et ils s'asseyent avec les autorités juives et le Gouvernement: le Ministre des Affaires Etrangères, le Ministre de l'Intérieur, la Ministre de la Sécurité Sociale, le Secrétaire Culturel, le Secrétaire de la Sûreté Nationale, l'Ambassadeur Israélien Yitzhak Avirán, Mme de la Rua, sa fille et son fils; tous autour de M. le Président Dr Fernando de la Rua. Ils attendent en silence les paroles du Dr F. de la Rua. "Shalom à tous" dit il, et il ne peut pas éviter que sa voix se brise sous le coup de l'émotion, en leur demandant pardon parce que "dans notre pays, quelque fois, on toléra l'infiltration ou la présence des personnages de ce racisme terrible*...Vous avez trouvé dans notre pays la liberté pour vous développer, avoir votre famille mais, en même temps j'ai ressenti une dette de notre pays...le Président de la République et tout le Gouvernement vous reçoivent pour vous transmettre la reconnaissance profonde que vous, méritez comme tout êtres humain ...et aussi pour demander votre pardon". Les garçons commencent à offrir de petites délicatesses et tout le monde déjà décontracté se lève et commencent alors les salutations, les petites conversations et surtout les remerciements à M. le Président. Puis ils sont invité à se rendre dans la salle à manger où, une fois la bénédiction du grand Rabbin terminée, ils commencent à manger repas extraordinaire cuisiné par une des meilleures cuisines de la communauté juive. Au dessert, commencent les discours, l'Ambassadeur Israélien remarque que..."il y a encore l'héritage que ces gens ont laissé qui se traduit par la xénophobie que nous éprouvons"... Après d'autres discours, M. le Président termine par ces paroles: "J'ai pensé que c'était un devoir ce reconnaissance que vous fussiez reçu par la plus haute autorité du pays dans le Palais du Gouvernement avec tous les honneurs, comme un hommage à l' héroïsme que vous personnifiez et au symbole de la mémoire que vous représentez".

En souvenir il remit à chacun un blason de l'Argentine en étain, de 10 cm de diamètre, avec une plaque d'argent gravé au nom de chacun des survivants, et signée du Dr. Fernando de la Rua. Puis il proposa un toast "A la paix et la fraternité de l'humanité" A la sortie, l'Ambassadeur Aviran dit " C'était un événement sans précédent dans tout le monde hors l'Etat de Israël, pour ces gens qui ont été seulement un numéro, cet hommage a prolongé leur vie".

Un survivant a dit: "je n'aurais jamais imaginé une chose comme celle-ci, le Président m'a transporté à un des échelons les plus hauts de ma vie."

*Nous ne devons pas oublier que l'Argentine était avant 1938 un état tout à fait fasciste, avec une politique d'immigration très fermée et discriminatoire, les différents gouvernements ont aidé les "réfugies" nazis qui voulaient s'enfuir d'Europe quand on connaissait déjà la finalité de la guerre. L'or nazi et le Vatican ont aidé ces "réfugies" à trouver un pays où ils puissent se sentir hors de danger, Eichmann, Mengele et d'autres sont une preuve de cette politique, parallèlement on niait l'entrée aux réfugies juifs qui ne pouvaient pas retourner dans leur pays d'origine pour des raisons diverses.

Note explicative

Il est nécessaire d'ajouter que le Dr Fernando de la Rua a toujours été, même quand il était Sénateur au Congrès, un homme préoccupé par la discrimination et la haine raciale, il a présenté un projet de loi "qui aggrave la punition des délits commis par haine raciale ou religieuse et a déclaré délit, la diffusion ou propagande de ces doctrines perverses. Il a également proposé une loi agravant la peine pour la profanation des tombeaux, expression de haine qui ne respecte même pas la paix des défunts". C'est pour cela qu'il avait été invité entre les 46 pays, dont 23 étaient représentés par leur premier ministre, au Forum International sur l'Holocauste de Stockholm en janvier de cette année sur pétition du Premier Ministre Suédois Göran Persson. Le Premier Ministre Suédois, toujours préoccupé par le développement du négationnisme de la Shoa et l'augmentation, pas du tout cachée, de la part l'extrême droite de toute sorte d'actions discriminatoires et même violentes. Après un voyage en Israël avec un groupe d'éducateurs, il a édité un livre traduit en plusieurs langues sur l'Holocauste en Europe entre 1933-1945: "Et vous raconterez à vos fils". On peut le demander gratuitement à l'adresse suivante en spécifiant la langue choisi: (Anglais, Espagnol, Arabe, Perse, Bosnien, Croate, Serbe, Finlandais, Suédois et Turque)

Natur Och Kultur / Bokförlaget Natur Och Kultur
Box 706,17627 Järfälla
Sweden

Vous pouvez aussi vous adresser à:
Levande Historia
Regerings Kansliet
S E 103 33 Stockholm
Sweden Cet événement sous certain égard été une sorte d'adieu de S.E. Yitzhak Avirán, qui retournait en Israël. après avoir été l'Ambassadeur d'Israël pendant les deux moments les plus effrayants que nous ayons subit, le premier l'explosion de l'Ambassade d'Israël en 1992 et le second la destruction de l'AMIA, Association Mutuelle Israélite Argentine, en 1994, bâtiment de plusieurs étages de la Communauté Ashkénaze, que se préoccupait entre autres des nécessités de ses associés. Les morts furent nombreux (86) et jusqu' à présent ces attentats n'ont pas été éclaircis malgré l'aide des gouvernements Israélien et Américain. Il manque une volonté politique pour découvrir les liaisons intérieures qui ont permis ces deux attentats

Yitzhak Avirán a lutté inlassablement, d'une manière pas toujours diplomatique, mais avec force, avec le gouvernement antérieur, ce qui lui a permis de dire : "Il y a encore l'héritage que ces gens ont laissé...". M Yitzhak Avirán, Chapeau!

J'écris ceci sous le pseudonyme de ma grand-mère pour rendre hommage à sa soeur Reina Ferrera (née), veuve Bensión Levy, et ses fils Jacques et Elyachim et ses filles Rachel, Esther, Jeanette et Gioa Levy, qui en habitant à Rhodes furent tous morts pendant la Shoa

Je veux remercier profondément tous ceux qui survécurent à ce pervers et diabolique événement, de la Russie à la France et au nord de l'Afrique, pour pointé du doigt cette inconcevable méchanceté, réalité tellement effrayante, que l'être humain peut renfermer en lui même

Quelqu'un a dit avec un extrême mépris que nous sommes le peuple de la mémoire. Oui, nous, qui sommes un peu plus jeunes, prenons la flamme de la mémoire pour la transmettre aux plus jeunes.

Comme dit L'Hagadá : "Et vous raconterez à vos fils".

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