J'étais une jeune fille J'avais de beaux cheveux, Et pour les regarder Les hommes se retournaient : Alors j'étais heureuse D'être si admirée ; Maintenant ces beaux cheveux Hélas je ne les ai plus. Je me demande souvent Où sont les neiges d'antan.
Je me demande souvent Quel sens à notre vie, Je voudrais tout arrêter Ce qui avec le temps s'enfuit ; Et une voix réponds en moi : Tu as assez vécu. Il y aura toujours des neiges, Mais tes neiges Ont déjà fondu.
*
C'était comme si une très grave épidémie Avait dépeuplé tout d'un coup l'entière juiverie. Les maisons abandonnées se demandaient ahuries De quel genre pouvait être cette étrange maladie Qui avait tué des vieillards, des jeunes gens, des enfants Causant des funérailles tragiques et collectives. Pour les maisons, les fenêtres fermées étaient comme des blessures ; Et elles pensaient déjà avec tristesse au nouveau propriétaire, Car souvent les choses souffrent plus que les personnes.
Pendant ce temps une très extraordinaire caravane S'apprêtait à franchir la frontière de la Grèce Se dirigeant vers la destination d'une mort absurde Entre plaintes, gémissements et hauts cris de douleur Pour ajouter à la grise Europe en cendres réduite Cendres faites d'innocence et de vie détruite. Tel a été le sort des Juifs de Rhodes ; mais, malgré la folie nazie inhumaine, quelque chose est restée en nous Rhodiens qui ne veut pas mourir :
composée de souvenirs, de regrets et nostalgie, vit encore dans le monde l'âme de la juiverie.
*