
Notre ami Avi Souery, un sépharade engagé, nous a quittés après une longue maladie. Homme toujours souriant, affable, généreux, il mettait tout le monde à l’aise. Sa proverbiale hospitalité faisait que si un inconnu franchissait le seuil de sa demeure il en resortait en ami.
Comme me le disait ce matin encore mon ami, Salomon L. « nous n’étions pas très intimes mais son sourire me manque ».
Avi s’était impliqué dans notre entreprise ; il s’occupa, avant que le mal ne le frappe, de la régie publicitaire de Los Muestros et était – il me l’a souvent dit – désolé de nous faire « faux bond » à cause de son état.
Originaire d’Egypte qui le chassa comme elle chassa ses Juifs fin 1956, il trouve refuge en Israël, sert dans Tsahal, recontre Vicky Moreno du Congo qu’il épouse. Le couple s’installe quelques années au Congo (Zaire) et, dès 1973 en Belgique.
Nous nous voyions souvent car, en plus de liens familiaux, nous étions des amis. Et c’est le cousin et c’est l’ami que je pleure aujourd’hui.
Nous l’avons accompagné à sa dernière demeure en ce froid matin du 29 avril où même le ciel pleura.
J’ai prononcé ce jour, en sa mémoire, quelques mots. Les voici :
Une bonne vie c’est lorsque l’homme naît en pleurant alors que son entourage sourit et part en souriant tandis que son entourage pleure. Ceci peut résumer, en peu de mots, notre ami Avi Souery.
De nombreuses épithètes peuvent te qualifier Avi : gentillesse, don de soi, bonté, altruisme, amour des siens, générosité mais je voudrais en retenir deux si tu le permets : courage et joie de vivre.
Du courage il t’en a fallu pour tenir face à ce mal implacable qui te rongeait chaque jour. Du courage il t’en a fallu pour affronter cette maladie, pour la braver, sachant d’avance que tu ne pouvais pas la vaincre mais luttant quand même, sans baisser les bras.
Il t’en a fallu du courage pour tenir bon, jusqu’au bout et ce courage tu l’as transmis à ta famille et à ses amis.
Il y avait de la joie de vivre chez toi. Je t’avais vu avec notre ami, le rabbin Spitezki, deux jours avant que tu nous laisses définitivement. Tu trouvais encore la force de sourire, content de notre venue, heureux de nous voir évoquer quelques souvenirs et pourtant tu sentais la fin proche. Cette joie de vivre ne t’a jamais quittée. Tu étais heureux lorsque tes amis venaient te voir, tu étais heureux d’être entouré des tiens, tu étais heureux parce que tu sentais, parce que tu savais qu’on t’aimait.
Tu étais tourné vers l’autre. Je me souviens de nos visites, tu t’inquiétais si chacun de nous se sentait à l’aise, était bien servi, et ne manquait de rien. Même lorsque la parole te devint difficile, même lorsque la parole te lâcha. A l’écoute de l’autre, tu ne voulus plus, sachant ta fin proche et ton état empirer encore, que tes amis te voient encore plus diminué. Nous sommes restés quelques semaines sans venir, prenant de tes nouvelles par téléphone. La semaine avant que tu nous quittes, tu fis appeler tes proches, souhaitant les voir une dernière fois, organisant ton départ que tu présentais, nous léguant un ultime cadeau : le courage. Le courage d’affronter la maladie, le courage de ne pas craindre la fin, le courage d’être un homme. Car il faut du courage pour être un homme, pour être un ben Adam .
Tu étais serein, car tu savais être un ben Adam. Oui, un ben Adam.
Vicky, Karen, Romi, Nathalie, Rachel et Natacha, vous avez fait tout ce que vous pouviez pour l’aider. Vous étiez toutes, à chaque instant, dévouées, à ses côtés. Vous étiez son réconfort et vous l’avez soutenu, jusqu’au bout. Avi vous chérissait tendrement, était inquiet pour vous. Je me souviens de sa peur lorsque Vicky était souffrante, de sa fierté de chacune de vous. Le souvenir d’Avi restera toujours en vous, vous donnant force et volonté.
Nos hahamims comparent la vie à un voyage. La fin du périple c’est lorsque l’homme débarque et rejoint la maison de son Créateur et c’est ce que notre Avi a fait : il a rejoint le Gan Eden.
Avi et moi étions parents. Son père était le cousin germain de ma mère et nous les évoquions souvent comme nous parlions de nos souvenirs d’Egypte. Nous nous sommes revus au Congo, puis perdus de vue et retrouvés en Belgique. Nous étions devenus, ces dernières années, très proches et faisions partie, à notre grand bonheur, de son cercle d’intimes. C’est à ce titre de parent et d’ami que j’ai pris la parole pour te dire au revoir. Pars en paix, Avi, ton souvenir sera pour nous une source de bénédictions.
Au revoir Avi.