JUIFS À NICE.

Yaël König

Les premières références de la présence juive en Provence remontent au 3ème siècle de l’ère commune. On retrouve des traces d’une vie juive dans le Cimellum romain, autrement dit l’actuel quartier résidentiel de Cimiez, sur les hauteurs de la ville.

Puis, au vent fréquemment mauvais des événements, (Inquisition, poursuites, massacres, etc), arrivent dans la région des populations juives qui, après avoir soufflé un peu, s’établissent et recommencent à vivre, souvent pour le plus grand bien de la cité.

Dès 1408 existent à Nice une synagogue et un cimetière, lieux essentiels à toute vie communautaire installée.

Du 14ème au 18ème siècle Nice, joyau du Comté de Savoie, compte parmi sa population des Juifs relativement épargnés, bien qu’ils fussent obligés de porter le sempiternel signe distinctif. Certains privilèges leur furent même accordés, surtout relatifs à la liberté de commercer.

Dès 1669 Nice s’ouvrit avec une grande libéralité aux Juifs néerlandais, flamands, allemands, et même oranais !

En 1687, Rosh Hodesh 5443, deux personnalités juives niçoises, Joseph Rodrigue et Alexandre Sacerdote, fondèrent la SBIN, la Société de Bienfaisance Israélite de Nice.

C’est qu’à cette époque la présence juive à Nice est devenue stable et prégnante ; elle se développe et compte dans la vie de la ville, constituant de ce fait une force à ne pas négliger.

Joëlle Valente, historienne et éminente spécialiste de la vie juive à Nice, avance le chiffre de un habitant juif pour cinquante habitants niçois. En outre, comme souvent, l’importance économique et sociale dépasse de très loin le poids numérique de la communauté.

En 1723 cependant, le roi de Sardaigne oblige la communauté juive niçoise, appelée alors « l’université juive », à retourner dans les limites de l’ancien ghetto, nom dont l’origine se trouve dans le quartier des fonderies de Venise où les ouvriers s’encourageaient par des « Gietto ! Gietto ! » qui donnèrent ce nom au plus vieux ghetto d’Europe.

En revanche le port d’un signe distinctif par les Juifs fut aboli par décret de 1750. Puis l’arrivée des troupes françaises républicaines brisa les chaînes du ghetto.

Pendant ce temps, les commerçants de Nice, et principalement les commerçants juifs, multiplient les démarches afin que soit mis en chantier le creusement de Port Lympia, à l’encontre des notables de la cité qui préconisent plutôt le développement du port de Villefranche.

Cette polémique prendra fin en faveur de la création du Port Lympia et de l’établissement du port franc de Nice.

Dans une des lettres au roi Charles Emmanuel du Comte de la Chavanne, venu à Nice pour régler cette affaire portuaire, on peut lire : « … Afin de faciliter aussi le commerce de l’université des Juifs de Nice et les faire participer par quelques fonds à la construction du nouveau port. Il leur sera accordé des exemptions et privilèges particuliers, notamment leur seront concédés des terrains hors du guet, dans l’enceinte du port… »

Dès 1762 est nommé un rabbin, essentiel à l’étude et à la structuration de la communauté. Il s’agit du Rabbin Margalid, dont la tombe est devenue lieu de pèlerinage au moment des fêtes de Tichri dès la mort du rabbin, en 1774. Le premier conseil municipal niçois compta trois personnalités juives, messieurs Avigdor, Colon et Pollonais.

Il faut savoir que jusqu’en 1943 la communauté juive niçoise ne fut jamais soumise aux persécutions observables ailleurs. Les Juifs vivaient en paix parmi leurs concitoyens.

Cependant à Nice comme ailleurs, on peut noter le paradoxe souvent inhérent aux communautés juives, celui d’être intégrée, et essentielle, à la vie de la cité, tout en étant différente, « à part quand même ».

Pendant la seconde guerre mondiale la population juive de Nice s’accrut considérablement, avec plus ou moins de bonheur pour ces pauvres gens arrivant de la zone occupée, pourchassés uniquement parce qu’ils étaient nés ! Aux abords de la gare des scènes atroces de séparations, fuites et arrestations marqueront à jamais les esprits de certains témoins, tel le romancier Alfred Hart qui ne peut encore aujourd’hui les relater sans retenir ses larmes.

Avec la fin des protectorats marocain, tunisien, et de l’Algérie française, c’est encore une autre population juive qui débarque à Nice, les Juifs séfarades, qui quittèrent leur pays, où ils avaient parfois vécu depuis des millénaires.

Nice dut alors créer d’autres structures, répondre aux besoins multipliés, satisfaire les communautés nouvelles fleurissant aux quatre coins de la ville.

Chaque fois, à chaque époque, les équipes consistoriales ont apporté une pierre nouvelle à l’édification et à l’implication de la communauté juive au cœur de la ville de Nice, cité très vite adoptée par amour, et non par nécessité.

Nice a ouvert ses bras et donné sa protection à ceux qui sont venus l’aimer, et qui furent payés de retour par un climat bienveillant et familier, ainsi qu’un resserrement salutaire et bénéfique des liens extra communautaires.

Dans ce patchwork indescriptible qui compose la population niçoise les Juifs ont su se faire une place citoyenne, responsable, attentive et sereine.

Outre les nombreux lieux de culte parsemés dans la, ville, il y a surtout et avant tout la Grande Synagogue de la rue Deloye, en plein cœur de la ville, rénovée et décorée de vitraux de Théo Tobiasse, peintre auquel nul ne fait jamais appel en vain.

La mobilisation immédiate de la communauté juive de Nice face aux agressions racistes de toutes natures, l’implication militante de haut niveau de sa radio, Radio Chalom Nitsan, le dévouement des femmes et hommes engagés dans la lutte contre les bêtes immondes jamais terrassées font de Nice un creuset d’espoir humaniste, malgré, pourrait-on aller jusqu’à dire, la menace mondiale ambiante, menace de terrorisme et de racisme percutant.

Yaël König

Ecrivain

Directrice de collection.

Journaliste.

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