Los Muestros N°50

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Le contexte social et politique


Le statut de Dhimmi comportait donc des humiliations, des taxes personnelles, une situation anachronique et inacceptable marquée par des événements graves comme en témoigne l'exécution, en 1834, de la jeune tangéroise Sol Hachuel, « Sol la Tsadika », qui refusa, à 14 ans, d'abdiquer sa foi.

Inexorablement, l'internationalisation de la question juive marocaine était de plus en plus à l'ordre du jour, les interventions étrangères auprès du sultan se heurtant à une fin de non-recevoir. Les puissances européennes en profitaient pour faire avancer leurs propres intérêts. La France avait battu le Maroc à la bataille d'Isly en 1844 et sévèrement bombardé Tanger et Mogador. L'Angleterre avait imposé en 1856 un traité commercial dit de « la porte ouverte », abolissant le système des monopoles. Enfin, l'Espagne, qui avait battu le Maroc en 1860 et occupé Tétouan jusqu'en 1862, estimait ne pas avoir recueilli les fruits de sa victoire. Madrid profitant de tout prétexte pour humilier le Maroc, exigea l'exécution de deux juifs faussement accusés d'avoir assassiné un espagnol à Safi. En 1863, plusieurs juifs furent exécutés à la suite de cet incident, conduisant la Junta (conseil d'administration de la com-munauté) de Tanger à rechercher l'appui de l'Alliance Israélite Universelle, du Consistoire Central à Paris et du Board of Deputies à Londres. La Junta demanda en outre l'appui de la communauté de Gibraltar qui, à son tour, s'adressa directement à Sir Mosès Montefiore. Ce dernier fit intervenir le gouvernement britannique et le Ministère des affaires étrangères espagnol alors que le baron de Rothschild fit des représentations au Quai d'Orsay, à Paris. En raison de la gravité de « l'affaire de Safi » et sur la demande expresse des communautés de Gibraltar et de Tanger, Sir Mosès décida de se rendre au Maroc après avoir reçu les encouragements de Londres.

Le voyage au Maroc


Montefiore et sa suite arrivèrent à Tanger le 11 décembre 1863. Ils furent reçus avec beaucoup de respect par la communauté de Tanger et par des délégations de Tétouan, Larache, Arcila, Meknès, Fès, Mogador et Azemmour. Hôte de Mosès Pariente, Sir Mosès inaugura la synagogue « Sheerit Yosef » et obtint immédiatement la libération des juifs impliqués dans « l'affaire de Safi ». Il quitta la ville accompagné du Consul britannique à Tanger, de Mosès Nahon de Tanger et du secrétaire général du Board of Deputies, Samson Samuel.

Le voyage fut long et difficile pour atteindre la cour du sultan à Marrakech. L'illustre visiteur était déjà âgé de 80 ans et il n'arriva dans la capitale du sud du royaume que le 1er février 1864 où il fut reçu avec les honneurs dus à un chef d'état.
Montefiore remit au sultan Mohamed IV son manuscrit sur les juifs et les chrétiens sujets de son empire. Le Grand Vizir prit note de ses desiderata et promit d'améliorer les conditions de vie de la population juive. Mais, surtout, Sir Mosès obtint, le 5 février 1864, la promulgation d'un dahir, décret marquant le premier pas vers l'égalité des droits et des devoirs entre musulmans et juifs du royaume.

Le dahir Montefiore


Le fameux texte royal connu sous le nom de « Dahir Montefiore », diffusé à travers tout l'Empire chérifien, se caractérise par les points suivants :
· les fonctionnaires du Maghzen « doivent pratiquer avec les israélites justice et équité »,
· « aucun d'entre eux ne devra subir des mesures arbitraires »,
· « Si un acte quelconque d'injustice et d'iniquité venait à être commis contre les israélites, le sultan appliquera la sanction pénale de rigueur ».

Ce décret fut reçu avec beaucoup de gratitude par les juifs et il provoqua une grande satisfaction parmi les chancelleries européennes, l'intervention de Montefiore ayant atteint son objectif. Cependant, les musulmans acceptèrent difficilement les dispositions de Dahir. C'est ainsi que, par exemple, à Tanger et à Tétouan, les autorités exigèrent le paiement immédiat de la Djiziya.

Cependant, si un nouveau décret annula l'effet du premier, et si, souvent, le dahir Montefiore resta lettre morte, il deviendra un texte de droit positif ayant obtenu la consécration internationale. Il sera souvent évoque dans différents litiges et lors d'injustices commises contre les juifs.

Les conséquences du voyage


Outre la libération immédiate des juifs indûment incarcérés, Sir Mosès obtint de Mohamed IV la publication d'un texte qui recon-naîtra, pour la première fois, l'égalité entre juifs et musulmans. Il fut considéré comme la première brèche à l'encontre  du statut de Dhimmi. C'est ainsi que, par exemple, le châtiment de la bastonnade publique cessa totalement.

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