Los Muestros N°50

  Je voudrais commencer cet article par un passage d'une conférence de Lionel Lévy au sujet de La Nation Juive Portugaise.

"J'ai vu que l'histoire formait un seul espace, malgré les efforts d'auteurs des siècles derniers qui l'avait tronçonnée et, sous prétexte de grandir les patries, amoindrissaient l'humanité. De même j'appris que le temps formait un tout selon cette pensée de Toynbee qu'aimait à citer Braudel:"Les siècles qui nous séparent de Christophe Colomb sont un clin d'œil de l'histoire".

Voici mon histoire, conséquence directe de l'Histoire de l'Espagne, et de l'Inquisition.

C'est difficile de commencer, de raconter et pourtant un jour, cela devient nécessaire, voire indispensable à plus d'un titre.

Au commencement, il y eut une rencontre, celle de l'Hébreu. Je désirais lire les Ecritures dans le texte. Etude merveilleuse de cette langue qui m'ouvrait un univers totalement nouveau. La fascination des lettres, des mots. Puis il y eut le jour où j'appris le sens du mot et du préfixe "el". Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est ainsi qu'a commencé cette histoire qui est la mienne.

Ce jour là, j'ai commencé de mettre en relations les prénoms de ma famille: Eleuterio, Léon, Eléonore…Ensuite j'appris que mon arrière grand-père se prénommait Moises…. Ce fut le début d'une aventure qui dure encore. S'arrêtera-t-elle?

Je viens d'une famille espagnole et n'ai reçu aucune éducation religieuse de quelque nature que ce soit. Excepté le fait que mon grand-père maternel était mort durant la Guerre Civile, je savais très peu de choses concernant le passé espagnol des deux familles. Mes grand-parents, comme tant d'autres émigrés ont joué la carte de l'intégration totale dans leur pays d'accueil, la France.

Il y a trois ans, en 1998 j'ai donc commencé ma recherche généalogique. Ces hasards au sujet des prénoms m'avaient troublée. Avais-je des ancêtres juifs? Ce passé dont je ne savais rien était-il caché plus loin et plus profondément qu'il n'y paraissait?
En même temps, je commençais d'étudier et de lire avec boulimie tout ce qui concernait le judaïsme. Il fallait que j'apprenne, je DEVAIS apprendre, non seulement pour moi, mais aussi pour être capable de transmettre quelque chose à mes enfants. Car, au fil des jours, j'étais de plus en plus convaincue que cette éventualité était fondée. Pourquoi ? J'interrogeais mes souvenirs en premier. Certaines choses alors commencèrent à se mettre en place, lentement.

Je revis alors ma mère se livrant à un ménage phénoménal, à certaines périodes que j'ai identifiées maintenant , sortant sa vaisselle propre pour la nettoyer. A mes questions, elle répondait : "Il faut bien le faire, non ? "C'était autour de Pessah.

Et mes questions à mon père :" Qu'est-ce qu'il y a comme problème avec les Juifs, qu'ont-ils fait ? "J'étais toute petite. Ou encore mon père se moquant de "la fameuse trinité", disant que la semaine commençait le dimanche……
Toutes ces choses, des 'hasards' encore, sans doute….

Je continuai de répertorier et de mettre en forme mes indices. Les lieux de vie de mes ancêtres, Valladolid, Peñafiel, Guadala-jara, Siguenza, Soria, Cuenca, Cañete, correspondent tous à des endroits ayant eu des communautés juives.

Au gré de mes découvertes généalogiques, j'inventoriai mes patronymes : Moreno, Perez, De Francisco, Benavente, Rozas, Franco, Da Peña Gutierrez… Mon accès à internet m'avait bien sur conduite sur les sites de généalogie sépharade, je n'eus donc aucune peine à identifier ces noms comme étant d'origine sépharade.

J'interrogeai ma mère, je lui montrais un livre de judéo-espagnol acheté peu auparavant. Elle connaissait de nombreux proverbes en ladino mais également le Birkat Amazon court dit par les femmes. Pouvait-on encore parler de hasard?

(Suite page 23)

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