Los Muestros N°50


arrive parfois qu'un regard sur le passé permette de détecter les causes profondes de malaises ou de troubles à des tournants dramatiques du présent.

C'est ainsi que le meurtre de Yitshak Rabin, le 4 novembre 1995, par un illuminé fanatique parmi son propre peuple, amène à s'interroger sur la source de tant de haine débridée. Si encore le crime ne relevait que d'un égarement subit et momentané, on se résignerait à l'idée que nul ne peut sonder les arcanes dans le for intérieur de chaque être humain. Mais lorsque, de toute évidence, il s'agit d'un acte mûrement élaboré et mijoté par un groupe d'individus sous couvert et avec l'encouragement d'un mouvement représentatif d'une partie de la population, il y a alors de quoi s'inquiéter sur les développements qui minent l'avenir et, à long terme, l'existence même de toute une nation.

Sommairement, c'est par l'analyse du fondamentalisme hébreu archaïque que je voudrais cerner l'intégrisme juif de notre temps, et surtout celui qui envenime la vie en Israël aujourd'hui.

Dans l'histoire du peuple juif, l'intégrisme est un état d'esprit qui plonge ses racines à une époque biblique très reculée. Sans risque de confusion, on peut affirmer qu'il tire origine de la législation mosaïque dès sa promulgation.

Il suffit de parcourir la Torah pour relever la sévérité et la rigueur de certaines prescriptions parmi les 613 mitsvot, et des sanctions qui frappent les contrevenants, allant jusqu'à la peine de mort. Fort de sa dignité de porte-parole de Dieu, le législateur s'investit de l'autorité suprême et inappellable de légiférer sur les moindres aspects de la vie quotidienne de toute la population et de chaque individu distinctement.
Il y avait à l'époque une justification de ce que nous traitons aujourd'hui de régime trop rigoriste. Nous étions alors un peuple rustre et inculte, à peine sorti de l'esclavage d'Egypte, destiné à errer encore longtemps parmi d'autres peuplades aussi incultes que barbares. Le régime imposé par notre législateur était le seul moyen d'échapper à la vie de la jungle, dépourvue d'ordre moral et de justice.

N'empêche que, tout au long des siècles, avec l'évolution de la pensée, la législation mosaïque contenant des ingrédients permettant de la rendre coercitive en certaines circonstances ou malléable en d'autres, ouvrira la voie à un éventail d'interprétations. Nous voyons ainsi défiler les Pharisiens tolérants face aux Sadducéens rigoristes, l'école de Hillel contre celle de Shammaï, les gaonims de Bagdad fulminer contre ceux du Caire et, plus tard, contre le courant libéralisant en Espagne, surtout contre Maïmonide qui deviendra leur bête noire.


Ces exemples, et tant d'autres dans notre histoire, présagent d'un état de fait dans le monde que nous vivions. "Shiv'im panim la-Torà" disaient nos sages (Ba-midbar rabbà 13-15) "Il y a de nombreuses manières d'interpréter la Torah "; toutes méritent considération tant qu'on maintient les bases fondamentales de la doctrine, et qu'on veille bien à ne pas pécher dans l'orthodoxie par excès et fanatisme.

Cependant, ce principe peut devenir une arme à double tranchant, dès lors que la Torah, dans son expression la plus archaïque, s'avère devenir l'opium de l'intégriste. Non seulement elle lui ouvre la voie à toute interprétation que sa fantaisie conditionnée peut lui dicter dans n'importe quel contexte, mais elle apparaît aussi comme la panacée présentant des solutions arbitraires et déroutantes à n'importe quel problème.

Ainsi, par exemple, se prévalant de l'idée qu'il va de soi qu'on tue un ennemi sur-le-champ de bataille, il trouve qu'il n'est que normal d'abattre n'importe quel individu du moment que celui-ci est opposé à ses propres vues, surtout quand il se fait l'interprète d'un idéal collectif, et qu'il se fait fort de l'approbation de son guide spirituel - en l'occurrence un rabbin -, comme ce fut le cas dans le meurtre de Yitshak Rabin.

Un bref survol historique permettra de mieux illustrer mon propos.

La vie nationale des Hébreux naît sous un régime théocratique absolu, mais largement respecté par le peuple. Sous Moshé, Yéochoua et les juges, quatre siècles de gestation sont émaillés de luttes incessantes tendant à conquérir la terre et à consolider notre identité parmi les peuples. Bien qu'œuvrant sous la férule de Dieu, nos dirigeants ne

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