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(Suite de la page 6)
furent pas toujours des Saints; Comme tout être humain, en marge de qualités éminentes, ils avaient aussi parfois des faiblesses. Néanmoins, la vie quotidienne du peuple se déroulait constamment sous une tutelle vigilante dans les moindres détails, mais toujours incontestée puisque émanant de Dieu.
Paradoxalement, c'est sous l'autorité de Samuel - le dernier des juges, et le plus respecté - que le régime théocratique présente des signes de fracture. Arrivé à un âge avancé, Samuel désigne ses deux fils pour lui succéder, mais le peuple rejette sa décision, accusant les candidats de se livrer à la cupidité et à la violation de la justice. Une délégation des anciens lui demande alors de choisir un roi "comme il y en a dans toutes les nations"; en d'autres mots, le peuple en a assez du carcan de la théocratie. Malgré le tableau sombre que Samuel fait présager sur les abus qu'on peut redouter d'un roi, le peuple refuse de l'écouter. Dieu lui dit alors : "Ecoute leur voix, et établis un roi sur eux".
Les annales qui suivent donnent raison aux appréhensions de Samuel. En effet, les quatre siècles que dure la royauté, jusqu'à la destruction du premier Temple en 586 AEC, sont marqués de périodes fastes de grandeur et de prospérité (notamment sous David et Salomon), alternant avec des situations troubles et néfastes. Mais on ne peut pas prétendre que les quatre siècles de la théocratie furent dans l'ensemble plus heureux que les quatre siècles de la monarchie. Ces deux époques de presque égale durée sont indistinctement marquées par des guerres contre les peuples voisins, des luttes fratricides à l'intérieur, des guerres civiles, des transgressions fréquentes d'ordre religieux, et même de nombreuses déviations vers des cultes idolâtres. On peut donc conclure que ce n'est pas dans les lacunes ou les défauts de l'un ou de l'autre régime qu'il faut chercher les causes des bouleversements, mais simplement dans la nature humaine d'un peuple fragile aux versatilités inhérentes à son long apprentissage national.
Après le désastre de 586 AEC et le retour du peuple en grande partie à la case départ (au même endroit dont était parti le premier patriarche Abraham), les Hébreux traversent une alternance de périodes d'apaisement et de péripéties troubles.
Dès le lendemain de la catastrophe, une lueur d'espoir surgit dans un geste de mansuétude de la part de Nébuhadnessar, le roi victorieux de Babylone. En nommant Ghédalià ben Ahikam gouverneur de la Judée, le vainqueur consentait au peuple vaincu une certaine autonomie. Cependant, Ghédalià, qui n'était pas de sang royal - et faisait figure de collaborationniste en acceptant la charge - est accusé de trahison par les partisans de la monarchie déchue, descendante du roi David, dont devait être issu le messie maintes fois annoncé par les prophètes.
Fort de cette prétention, un membre de la coalition monarchique - Yishmael ben Nétanyà - poignarde Ghédalià au cours d'un banquet fêtant Roch A Shana . C'est un acte d'intégrisme fanatique qui plonge le pays tout entier dans l'esclavage total, après la fuite précipitée de tous les dirigeants en Egypte, y compris le prophète Yirmià, dont les Lamentations sont récitées le soir de Ticha-be-av (Ehà yachevà).
Aux 70 ans de l'exil babylonien suit une nouvelle période d'espoir par la reconstruction du temple sous l'égide des Perses - victorieux des Babyloniens - et sous la conduite sage d'Esdrà-asofer (le scribe). Tant bien que mal, les Hébreux retrouvent la joie de vivre sous l'occupation pacifique des Perses (sauf la parenthèse dramatique d'Amman), et ensuite des Grecs d'Alexandre le Grand. Un sursaut de fierté nationale sous les Hasmonéens (épopée de Hanoucà) rétablit la souveraineté juive, qui ne sera pas de longue durée. Minée par des rivalités fratricides, la glorieuse dynastie maccabéenne s'égare dans la corruption et les luttes intestines, ouvrant une nouvelle période d'anarchie. C'est l'occasion inespérée pour le puissant Empire romain de s'emparer de cette position stratégique dominant tout le Proche-Orient.
A la faveur de cette convulsion, qui s'accentue sous l'occupation romaine, surgit et se développe un mouvement messianique. Tout comme au temps de la révolte conduite par les Maccabéens contre les Grecs Séleucides deux siècles auparavant, la croyance se répand parmi la population quant à la venue proche du messie.
Le mouvement prend naissance en l'an 6 EC, lorsque Quirinus - légat romain - décrète un recensement général en vue d'instaurer une nouvelle fiscalité plus lourde.
Pour s'opposer à cette mesure, Judà le Galiléen - chef de la secte des zélotes (les fameux "sicarii" cités par Flavius Joseph), proclame la résistance contre l'oppresseur en s'appuyant sur deux principes : refus de reconnaître l'empereur comme maître du pays - celui-ci étant considéré comme une théocratie dépendant uniquement de Dieu - et, par conséquent, refus de payer le tribut à César.
(Suite page 8)
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