Auschwitz-Birkenau 23/03/03.

MÉMORIAL D'AUSCHWITZ-BIRKENAU

INAUGURATION DE LA DALLE EN JUDÉO-ESPAGNOL LE 24 MARS 2003

Allocution de Haïm-Vidal Sephiha

   

SOEURS ET FRÈRES HUMAINS!

Voici, Tragique Dérision! La Terre Promise Que Nous Destinaient Les Nazis!

Terre, où ils prétendaient réunir les familles juives.

En fait, où brutalement nous fûmes orphelins de père et de mère et de tous les nôtres.

Nouvelle Babel, où les aboiements nazis dominaient.

Terre où "nos visages - comme disait Benjamen Fondane - servirent de crachoir aux S. S."

Terre d'esclavage sans l'espoir d'un Moïse sauveur

 

 

Arrivé ici le 22 septembre 1943, le surlendemain, je retrouvai soudain "ma douce langue natale" lorsque, portant des briques sur un brancard, mon compagnon de misère me lança "ayde!", en avant! C’était un Salonicien. Je ne devais plus le revoir.

 

Il m'arriva encore de parler notre langue, et surtout, pour gagner une demi-soupe, de la chanter. J’entonnais alors la romance de ma mère  arvoles yoran por luvias.


57 ans après ma déportation,
en mars 2000,
je revenais avec effroi
sur cette terre de misère

 

57 ans après, me happait
le silence tonitruant
de cette fabrique de mort

 

57 ans après, me réclamaient
les voix des miens…
ici, au Mémorial…
manquait la dalle en judéo-espagnol.

Choqué, indigné, je ne pouvais admettre pareille absence!

 

Avec Michel Azaria et quelques amis nous créâmes l'association J.E.A.A. (Judéo-Espagnol À Auschwitz), association, qui mena, avec ténacité, l'action en faveur de cette dalle. 

Aujourd'hui, nous voici réunis devant elle.

 

Aujourd’hui sont gravées ici, à jamais, les douces sonorités de notre langue ainsi chantée jadis par le Grand-rabbin de Turquie, Haïm Bejarano:


"A ti lingua santa/ a ti te adoro,/mas ke toda la plata,/mas ke todo
oro,// tu sos la mas linda/ de todo lenguaje./A ti dan las siensias/
todo el ventaje./ Kon ti nos rogamos/ al Dio de la altura,/patron del
universo/i de la natura.// Si mi puevlo santo/ el fue kativado,/ kon ti
mi kerida/ el fue konsolado//


Oh toi langue sainte/ oui toi, que j'adore /plus que tout l'argent, /plus que tout l'or (du monde)// de toutes les langues/ tu es la plus belle /de toutes les sciences / tu es admirée. /  Avec toi nous prions/ le Dieu d'en haut, / le Patron de l'univers/ et de la nature.// Certes, captif fut mon Saint peuple, / mais avec toi, mon aimée/ il fut consolé//

Haim Vidal Sephiha

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