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Livré à des souverainetés éparses en diaspora, surtout depuis la proclamation du christianisme comme religion d'Etat dans l'Empire romain, le judaïsme n'avait désormais aucune défense au danger de l'assimilation. Sans contacts entre elles, et tous liens rompus avec la terre ancestrale, les communautés disséminées dans le monde manquaient de motivation pour conserver leur identité. C'est alors qu'une arme providentielle fut trouvée pour harmoniser la vie juive par la création de structures nouvelles, propres à la diaspora. On peut affirmer que, sans l'action énergique des rabbins, des amoraïm, des tannaïm et des gaonim, la plupart de ces communautés risquaient de sombrer dans la disparition.
Cependant, comme dans toute grande révolution, cette métamorphose dans le judaïsme eut aussi des revers de médaille. Forts de l'autorité que leur conférait la perte de notre souveraineté nationale, et succédant à elle, nos dirigeants spirituels engageaient une campagne tendant au renforcement de cette autorité pour la rendre coercitive et inappellable. Dès l'implantation de l'Académie diasporique suprême en Babylone (principaux sièges : Sura, Pumbedita, Nehardea), nous voyons les bases de la vie juive de plus en plus durcies par l'adjonction de normes nouvelles plus contraignantes, dans les détails les plus minutieux. Ces innovations, dictées par les conditions de vie de l'époque, prennent bientôt une force législative leur donnant autant d'autorité que la loi mosaïque dès que ce qu'on appelait la loi orale (Torah she-be-al-pé) est couchée sur le parchemin et devient ainsi le Talmud.
Ceci amène à la consécration perpétuelle d'un mode de vie plus intimement imprégné de pratique religieuse que pendant l'ère biblique. C'est au 2e siècle que fut instaurée la Kériat-shémà, insérée dans la téfilà et dans l'arivit tous les jours de l'année, dans le but d'inculquer ce qui résume pour l'essentiel la base de notre credo, surtout le passage suivant de Dévarim 64: "Les comman-dements que je te prescris aujourd'hui seront gravés dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras dans ta maison et dans tes déplacements, en te couchant et en te levant. Et tu les attacheras en signe dans tes mains et tu les porteras comme un fronton entre tes yeux. Et tu les écriras sur les montants de tes portes et de ton portail". Ces prescriptions, conçues à une époque où nos ancêtres incultes manquaient de moyens d'instruction et de communication, apparaissent comme surannées de nos jours, bien que nous les observions ne fut-ce qu'à titre symbolique en témoignage du respect que nous portons aux bases perpétuelles de notre foi.
Ceci n'empêche des situations paradoxales dans la vie pratique au fil des temps. Déjà à l'époque des premiers talmudistes, nous assistons à la mise aux rancarts de plusieurs parmi les 613 mitsvot de la Torah. A part celles touchant les sacrifices et les offrandes, rendues caduques par la destruction du second Temple, beaucoup d'autres prescriptions redeviennent tacitement ou explicitement obsolètes, comme par exemple celles visant la déchéance du crédit après sept ans (prosboul de Hillel a-Zaken), la résidence ou le simple passage en Egypte, le shaatnez, la shémita, le prêt aux pauvres sans intérêt, l'interdiction d'images (portraits, photos), le rasage de la barbe etc.
D'autre part, la rigueur affichée par le rabbinat prenait parfois un aspect caricatural lorsque de plus en plus de rabbins s'adonnaient à des pratiques dénuées de toute religiosité, et frisant plutôt la superstition, l'astrologie ou la magie, comme les amulettes, les incantations, la nécromancie, l'exorcisme (dibbouk), le guilgoul (transmigration de l'âme), la divination, la protection contre le mauvais-œil (ayin-ara).
Toutes ces déviations et certains abus d'autorité amènent les dirigeants de quelques commu-nautés à s'insurger contre le dictat de Bagdad. Parmi de nombreux conflits, je ne citerai que le plus retentissant, celui déclenché par Rambam - le célèbre Maïmonide - au 12e siècle, dont voici les sources principales :
- Le rapprochement par Rambam entre la théologie mosaïque et la philosophie d'Aristote, entre la loi divine et les lois de la nature, entre la foi et la raison.
- Le problème des Karaïtes. Cette secte surgit au 8e siècle et se propagea dans tout le Proche-Orient ; elle reniait au Talmud l'autorité qu'elle reconnaissait à la Torah, ce qui lui valut d'être condamnée comme hérétique par Bagdad, et ce à quoi Maïmonide s'opposa farouchement.
- La condamnation par Maïmonide de l'institution des services du culte comme exercice de profession rémunérée, ainsi que le mercantilisme dans les synagogues par la vente des mitsvot comme dans un marché
(Suite page 7)
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