Je crois devoir aborder ce sujet par le
préambule suivant :
J’ai toujours noté enregistré
et conservé les textes, les poèmes et les différentes sujets qui m’ont
interpellée au cours de mes lectures ou lors d’écoute de la radio ou de la
télévision.
Quelques jours avant Kippour
de cette année 2000 j’ai entendu et enregistré ce que disaient les invités d’une
radio juive de Paris. Deux d’entre eux ont chanté alternativement en hébreu et
en judéo-arabe tout le psaume de Ben-Adama. Le premier de ces messieurs a fait
les commentaires suivants :
« Ben-Adama fut composé
par le Rabbi Abraham Ibn-Ezra aux environs de 1150. L’auteur connu surtout pour
ses célèbres commentaires de la Bible était aussi un grammairien. Selon Cecil
Roth il fut une figure clé de la science médiévale en Espagne musulmane. Il
aurait vécu en Andalousie, il semble qu’il soit né à Malaga et qu’il soit décédé
en Israël après avoir parcouru le monde. Ben-Adama est une méditation sur la
vanité de l’homme à tous les âges. Il proclame la soumission à la volonté
divine. C’est un vieux poème liturgique et il est demeuré inaltérable. Il est
récité avant Minha de Kippour avec exaltation et sans aucune appréhension quant
à la destinée de chacun. La langue véhiculaire du lieu et de l’époque ayant été
l’arabe, Ben-Adama s’est récité et se récite encore par des adeptes exercés dans
un dialogue alternant hébreu et judéo-arabe. »
Cela m’a ramenée plusieurs
années en arrière. Je me suis souvenue qu’un j’en avais un exemplaire en hébreu
avec sa traduction en français que j’ai retrouvé en consultant mes documents. Un
ami de mon mari nous l’avait offert il y a peut-être 20 ans. Il exprime un
réflexion sur le parcours de chaque Ben-Adam (chaque fils d’Adam) de la
naissance à la fin de sa vie. Il me rappelle mon romance « La vida es un
pasahe » repris par plusieurs chanteurs professionnels, hommes et
femmes, et qui sera l’objet d’un prochain texte si kyere el
Dyo.
Pour illustrer combien le
passage de chacun sur terre est éphémère, je terminerai en citant un psaume du
Roi David. Voici donc :
PSAUME
BEN-ADAMA
« Offert par Monsieur
Marcel d’Abraham Bliah, 5 allée Henri Sollier 92 Puteaux, Ben- Adama du célèbre Rabbin du Moyen-âge Rabbi
Abraham Ibn-Ezra à la mémoire de son regretté et vénéré père, traducteur de ce
psaume, le Rabbin Abraham Bliah.
Fils de la
Terre, qu’il te souvienne de ta patrie, la Poussière
Car, au
dénouement, tu retourneras vers ta mère, la Terre.
Cinq
Ans
Lève-toi
et puisses-tu réussir, dit-on à l’enfant de cinq ans
Il grandit
par degrés comme le soleil qui monte,
Il dort au
sein de sa mère et ne veut la quitter,
Et pour
monture, il prend le cou de son Père.
Dix
Ans
Pourquoi
accablez-vous de morale l’enfant de dix ans ?
Encore un
peu, il grandira et se corrigera,
Parlez-lui
avec grâce et annoncez-lui d’agréables nouvelles,
Ses jouets
à lui ce sont ses parents, les membres de sa famille.
Vingt
Ans
Quelle
douceur dans les jours d’un homme de vingt ans
Rapide
comme le faon qui bondit sur les monts,
Il fait fi
des conseils et se rit de ses maîtres,
Mais
bientôt la biche pleine de grâce deviendra son filet et son
rets.
Trente
Ans
A trente
ans, il est tombé aux mains d’une femme.
Il se
lève, examine la situation : le voici pris au piège
De toutes
parts des flèches le percent :
Les
caprices de ses enfants et ceux de sa femme.
Quarante
Ans
Errant et
soumis il atteint les quarante ans
Content de
son sort, qu’il soit bon ou mauvais,
Il court
son chemin, abandonne ses amis,
Il reste à
son poste pour remplir sa tâche.
Cinquante
Ans
A
cinquante ans, il se souvient des jours de vanité,
Il
s‘attriste parce que les jours de deuil approchent
Il méprise
alors tous les biens de ce monde,
Car il
tremble à la pensée que son heure est proche.
Soixante
Ans
Demandez
donc ce qu’il advient à l’homme de soixante ans
Il n’agit
plus : il a perdu ses branches, il a perdu ses racines,
Les forces
qui lui restent s’appauvrissent et décroissent,
Elles ne
lui sont plus d’aucun secours dans sa lutte.
Soixante
dix Ans
Si ses
années atteignent le chiffre de soixante dix,
Ses
paroles ne sont adoptées ni même écoutées
Il n’est
plus qu’une charge pour ses amis,
Un poids
pour lui-même, un poids pour sa canne.
Quatre
vingt Ans
A quatre
vingt ans, c’est un fardeau pour ses enfants,
Son cœur
n’est plus à lui non plus que sa vue,
Objet de
mépris pour ses connaissances, de moquerie pour ses
voisins,
Plein de
poison est son verre, et son pain est amer.
Epilogue
A-t-il
dépassé cet âge, il n’est plus alors qu’un mort,
Mais
bienheureux qui est considéré
comme un
étranger établi sur cette terre,
Lui n’a de
pensée et de souci que pour l’avenir de son âme
Et pour le
salaire qui l’attend dans le monde d’En-Haut. »
J’ajouterai
la photocopie de ce psaume en hébreu manuscrit. Ne connaissant pas cette langue,
je ne saurais affirmer si c’est uniquement de l’hébreu, ou du judéo-arabe écrit
en caractères hébreux.
Extrait du
livre « Le Roi David » de Guy Rachet, éditions Denoël, page 409
« Comme une ombre fugitive passe l’homme »
Psaume de
David
Fais-moi
connaître, Yahvé, le terme de ma vie
Quelle est
la mesure de mes jours,
Que je
sache combien je suis éphémère.
La
longueur de mes jours est à peine d’une palme
Et ma vie
n’est que néant devant toi
Car la vie
de tout homme n’est que souffle
Comme une
ombre fugitive passe l’homme,
Sûrement
en vain il s’agite,
Il entasse
des richesses
Sans même
savoir qui les recueillera.
Et
maintenant que puis-je espérer, Ô Yahvé ?
Mon
espérance est en toi.
Délivre-
moi de toutes mes transgressions
Que nul ne
puisse me reprocher quelque folie
Pour toi
je ne suis qu’un hôte,
Un
étranger de passage en ce monde comme tous mes pères,
Détourne
de moi ton regard s’il est sévère
Afin que
je puisse respirer sans crainte
Avant que
je m’en aille, que je ne sois plus ».
Je ne résiste pas
pour conclure, d’ajouter la poésie suivante apprise quand j’étais en classe, il
y a plus de soixante ans !
De l’été
la dernière rose
Fleurit
seule au morne jardin.
Las ! ses
sœurs sous le ciel morose
S’effeuillent au vent du
matin.
Nulle
fleur de ses pareilles
Pour mêler
son parfum au zéphyr,
Refléter
ses couleurs dernières
Et mourir
soupir pour soupir.
Comme toi
rose solitaire
Nos
regards soudain pâliront,
Nos
bonheurs comme eux éphémères
Dans le
soir s’évanouiront.
Je
voudrais mourir solitaire
Comme toi
rose dernière
Quand les
êtres chers m’auront quittée,
Dans la
paix d’un beau soir d’été.
C’est avec
nostalgie et beaucoup d’émotion que j’ai souvent chanté cette
chanson.