MUSIQUE SEPHARADE...

 

Musique sépharade...

Musiques sépharades...

Que de beautés, d'émotions, de drôlerie cachent ces mots pas tout à fait anodins...

La musique sépharade... je suis tombée dedans dès la naissance ! Dans ma famille au passé des enchantements de Constantinople, la chanson s'infiltrait du lever au coucher...

Oui ! vous pouvez me croire ! Je sens encore les fins doigts de Maman caresser mon visage pour me sortir de la torpeur d'un sommeil trop profond... J'entends encore les Avri mi galanika ke ya va maneser...  Et les voix aiguës, les effervescences qui ne s'achevaient que le soir... 

Durme durme mi angelika... enfin qi angelika il y avait !

Mais d'où vient cette musique !...

1492... les anciens, les Djudyos de Espanya sont chassés des villes et villages, des aljamas où ils avaient connu des jours paisibles : deux alternatives : le baptême ou l'exil...

Ils quittèrent les terres où certains vivaient depuis le cinquième siècle avan l'ère civile... dans leurs bogos, leurs baluchons, une langue, une cuisine, des proverbes, un chansonnier...

Et jusqu'à ce jour, cette langue, cette cuisine, ces proverbes, ce chansonnier animent les maisons.

Buen avladera, dit le proverbe : ni al kantador digas: kanta ! ni al tanyedor : tanya ! Grande bavarde... ne dis pas au chanteur : chante ! ni à l'instrumentiste : joue !

L'origine des romanceros si sensuels, si tendres, qui s'appliquent à chaque moment de la vie, qui frôlent si délicatement la grivoiserie jolie des grands-mères, est inconnue.

Il faut reconnaître l'importance d'une certaine coexistence des différentes communautés chrétiennes ou musulmanes qui influença le répertoire profane.

Mais ce que l'on sait, qui interpelle, intéresse tant de musicologues de la péninsule est l'éclat de la culture espagnole du quinzième siècle retrouvé dans les anciennes djuderias de Turquie, du vaste Empire ottoman...  Quel conservatoire de beaux romances... du genre masculin lorsqu'il reprend les chants de Sefarad...

A travers ces romances, toute la culture de Sefarad s'est ainsi transmise, aussi bien la nostalgie affective que la poésie religieuse, toutes les amours y sont gravées ! celles de la mère pour son enfant, celles du mari volage, de l'amant éconduit, celles du dévot pour son Créateur.

La chanson profane est souvent rapportée par les femmes, et les chants liturgique par les hommes.

Souvent le Haham psalmodie sa prière sur un air de romance ; je pense très précisément à los bilbilikos ou el rey Nimrod...

Les formes musicales de ce chansonnier sont simples et populaires, souvent deux, trois, quatre strophes et un refrain.

Ce sont d'anciennes mélodies issues de la tradition orale, répandues par les chanteurs de cour, les poètes ; elles célèbrent toutes les éta pes de la vie, la naissance, l'enfance, la jeunesse, les mariages, la vie amoureuse, la mort. A travers elles, se distillent conseils et mises en garde.

Depuis les commémorations Sefard '92, la chanson de los muestros a pris un essor particulier. En Turquie, en France, aux Etats-Unis, en Espagne, en Belgique... En Israël, en Turquie, en France... partout des ensembles se sont créés, des cd ont été gravés... 

Je veux tous les remercier d'avoir remis à nos oreilles, à nos lèvres, les saveurs de muestras nonas...  Je veux aussi attirer l'attention de chacun sur le travail magistral réalisé par Isaac Levy, et Alberto Hemsi qui ont tant oeuvré à la recherche, à la conservation et à la renaissance de ce beau patrimoine.


Rivka Cohen

 

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- Copyright © 2004: Moïse Rahmani -