Avec le concours de confrères, j'avais déjà rédigé, il y a quelques années, un article sur la même question, paru dans l'Information Psychiatrique. Le présent travail résulte d'une réflexion poursuivie et approfondie, tenant compte de discussions et argumentations formulées après la parution de l'article cité auquel il est largement fait référence. En outre, la réflexion a été étendue et a abouti à la présentation d'un projet de loi au Parlement, au cours d'un débat le 23 mars 2000 et nous nous y référerons également.
En outre, je tiens à avertir le lecteur de ne pas se méprendre, (comme cela a pu être le cas de la part de quelques esprits chagrins ou résolument fermés aux arguments présentés) il ne s'agit pas ici de critiquer négativement une méthode et des concepts, mais, bien au contraire, d'en dégager les aspects fondamentaux et leurs applications dans le soin psychique et de repérer les dérives qui ne sont nullement le fait de son inventeur mais de quelques successeurs ou disciples qui risquent fort de contribuer à une baisse de crédibilité de la psychanalyse.
Il convient en premier lieu de préciser que j'entends par "psychothérapies" l'ensemble des techniques proposées dans le cadre d'un soin psychique.
Cela signifie donc que sont concernées toutes les psychothérapies qu'elles soient d'inspiration psycha-nalytique, d'obédience cognitivo-comportementale ou qu'il s'agisse de cures analytiques d'obédience freudienne, lacanienne, jungienne, adlérienne... l'énumération n'étant pas exhaustive.
Il est aussi souhaitable de s'entendre sur le terme psychothérapies. Est-ce une recherche de sens de la vie, une meilleure connaissance de soi ou la tentative de soulager voire de supprimer des souffrances ? Dans ce qu'on a appelé Nouvelles thérapies dans les années 70 aux USA, la recherche de la guérison semblait moins au premier plan que la recherche de ses propres potentialités. Haynal précise :
[...] psychanalyse et nouvelles thérapies sont-elles essentiellement une pratique thérapeutique ou sont-elles une pratique culturelle, une réflexion de l'homme sur lui-même où, de "surcroît", il y aura des modifications de sa personnalité ? Et qu'en est-il des "vérités" que les psychothérapies en général mettent en lumière ? Si leurs thèses et leurs convictions fondamentales ne sont ni vérifiables ni même "falsifiables" (dans le sens de Popper), peut-on parler d'une science ? Ou bien peut-on considérer qu'elles partagent avec toute science et toute démarche scientifique un certain nombre de présupposés à l'intérieur desquels [...] il est possible de constituer un corps de discours scientifique ? [...] Si les psychothérapies, dans leurs théories et leurs pratiques, se penchent sur des problèmes comme l'origine des souffrances, du plaisir, du destin personnel, elles ne peuvent que soulever des inquiétudes, ouvrir des portes à différentes réponses, personnelles et cependant déterminées pour le moment culturel et historique...
Je souscris totalement à ce qui précède.
Les psychothérapies au regard de l'éthique et de la loi...?
Pourquoi une telle question ? Parce qu'il s'agit aujourd'hui, plus qu'hier, d'être crédible et efficace. Parce que trop de dérives ont été signalées ici ou là et ont parfois conduit à des drames. L'éthique se situe avant, au-dessus, après la loi. Mais la LOI a sa place car elle seule devient le garant d'une utilisation adéquate du soin psychothérapique dans le cas qui nous intéresse. Ainsi l'éthique et la loi peuvent nous permettre d'espérer réduire sinon supprimer les dérives et les pratiques anarchiques dans le domaine de la souffrance psychique.
Il ne saurait exister plusieurs conceptions de l'éthique. Il n'y en a qu'une. Encore faut-il qu'elle soit admise, appliquée et défendue. A une époque où les scandales médicaux fleurissent, sang contaminé, hormone de croissance, encéphalite spongiforme et maladie de Creutzfeld-Jacob notamment, une suspicion quotidienne obscurcit la paysage médical et la fonction soignante. Il apparaît dès lors indispensable de porter un regard critique sur chacune des pratiques sanitaires. Parmi les principales exigences éthiques, la notion de consentement aux soins et par conséquent d'information quant à ceux-ci, est en première ligne. Elie Wiesel écrit : L'éthique implique une relation à l'autre. C'est la responsabilité qui détermine la nature de cette relation .
La psychothérapie et la psychanalyse -qui représente une partie des psychothérapies mais occupe une place centrale et fondamentale tant dans la pratique que dans les concepts théoriques - sont des éléments centraux de la prise en charge des maladies psychiatriques. Cette position implique qu'elles doivent impérativement elles aussi se prêter à une évaluation.
Le domaine de la psychiatrie est probablement celui où la place du malade dans la relation thérapeutique se trouve posé avec le plus d'acuité.
Une autre difficulté se situe dans le fait qu'une partie des psychothérapeutes psychanalystes notamment dénie parfois toute compétence aux non-analystes de théoriser sur leur pratique, estimant abusivement que tout commentaire voire critique n'est que la preuve de la résistance de son auteur, résistance prouvée par son absence de parcours analytique didactique. "Raisonnement" tautologique, s'il en est... !
Nous soutenons une position totalement inverse, persuadés qu'une vue distanciée permet moins de subjectivité ou, mieux, plus de crédibilité.
La psychanalyse, disait Freud, est une science. Pour acquérir véritablement ce statut de discipline scientifique, il faut qu'elle soit réfutable, selon les critères de Popper (pour lequel une science n'est science que si elle est réfutable, donc opposable), au risque de ne contenir que des assertions ou des dogmes qui la situerait aux antipodes de la science.
Il en est ainsi du quasi-dogme de l'universalité du complexe d'Oedipe, alors que bien des travaux dont ceux notamment de l'anthropologue Bronislaw
Malinowski menés aux îles Trobriand, en Nouvelle-Guinée, démontrent le contraire.
Je voudrais citer Arthur Koestler qui dans son livre Le cheval dans la locomotive écrivait notamment :
" Si l'on objecte que, pour telle ou telle raison, on doute de l'existence du complexe de castration, le freudien vous réplique que cet argument trahit une résistance inconsciente qui indique que vous avez vous-même un complexe de castration [...] Et si un paranoïaque vous confie que la lune est une sphère creuse que les Martiens ont emplie de vapeurs aphrodisiaques afin d'endormir l'humanité, et que vous objectiez que cette théorie manque de preuves, il vous accusera aussitôt d'appartenir à la conspiration mondiale des ennemis de la vérité" .
Kandel a tenté depuis une vingtaine d'années d'établir des liens entre psychothérapies et neurosciences. Selon l'auteur, la psychanalyse autoriserait la recherche du sens mais elle manque de méthodes objectives pour valider ses hypothèses. En outre, la psychanalyse aurait - toujours selon Kandel -, la possibilité proche d'une objectivation, au niveau même de l'anatomie du cerveau, des traces mnésiques inconscientes...
N. Gougoulis pour sa part, évoque la lecture très partielle des travaux de Freud faite par Kandel auquel il fait le "reproche" de confondre notamment le concept d'inconscient avec celui de non-conscient, "évacuant" ainsi le mécanisme du refoulement...
A la lumière de ce qui se passe aujourd'hui, notamment la place beaucoup trop excessive occupée par les "neuro-sciences" et la volonté de certains de tenter de "tout" expliquer en matière de psychisme par des données biologiques (génétique, chimique...), il me semble important, voire vital pour la psychanalyse qu'elle se situe en dehors du champ strictement scientifique et se réclame davantage de la philosophie, donc des sciences humaines. La philosophie a l'énorme avantage de recouvrir des champs fort divers parmi lesquels on trouve la psychologie (dont la psychanalyse est un des fleurons), l'anthropologie, l'ethnologie, l'épistémologie, la logique, la métaphysique... la liste est longue et les penseurs nombreux et non des moindres dans l'histoire de l'Humanité.
Une telle position pour la psychanalyse n'est pas réductrice, bien au contraire et elle n'a rien d'infamant, bien au contraire... encore une fois. A trop vouloir appartenir aux deux (sciences humaines, sciences dites exactes), la psychanalyse risque de se retrouver entre eux chaises et de perdre son âme.
Quand on regarde de près aujourd'hui les ouvrages, thèses, modules d'enseignement de la psychiatrie dans les universités, colloques, congrès mondiaux centrés sur la recherche, le "fait" biologique est prévalant, notamment sur les dépressions, les schizophrénies... Ainsi, on ne peut que demeurer frappés d'effroi devant les "arguments" réductionnistes tendant à valider la voie quasi unique ou prépondérante des déficits ou dysfonctionnements instrumentaux : ainsi en est-il des recherches sur les saccades oculaires, les aspects génétiques, les études de pet-scan, les recherches sur les molécules mythiques qui seraient à l'origine des schizophrénies et de l'autisme... Cette démarche ne date pas d'hier.
Rappelons les travaux d'Henri Baruk sur l'hypothétique origine tuberculeuse de la schizophrénie et ses travaux expérimentaux sur la bulbocapnine et la catatonie, les recherches sur certains lipides incriminés dans la survenue des psychoses schizophréniques, les recherches sur d'éventuelles anomalies anatomiques du cerveau...
On ne peut que demeurer frappés par la multitude de recherches visant à localiser le "maillon faible", démarche qui s'inscrit dans le modèle médico-biologique habituel pour les maladies somatiques. Nombre d'entre nous ont reçu des familles angoissées devant un enfant autiste ou un jeune adulte "entrant dans un processus schizophrénique" réclamant des bilans radiologiques, biologiques, électro-encéphalographiques pour débusquer LA cause du mal... Et il n'est pas question de leur en vouloir... la vraie question est que ces familles angoissées, parfois désespérées avaient et ont besoin d'explications, de sens.
Pour la psychanalyse, ce en serait pas une distinction honorifique que d'être admise dans les disciplines strictement scientifiques car cela équivaudrait à l'abandon de son essence même, la quête du sens de la souffrance psychique. Car l'on sait bien, si on accepte d'être honnête avec soi-même que seule une multitude de facteurs (psychologiques, comportementaux, environnementaux, génétiques...) peut permettre d'approcher l'origine de la souffrance psychique.
A défaut, nous n'aurions pas "bougé" depuis Molière : Le poumon, le poumon, vous dis-je... ou... c'est pour cela que votre fille est muette...
et G. Haddad écrivent :
[...] Freud et ses élèves immédiats ont longtemps soutenu la fiction qu'il s'agissait d'une nouvelle science (la psychanalyse). On ne tarda pas à la ranger à une place longtemps fort honorée, parmi les sciences humaines. Cette fiction a fait long feu, en particulier sous les coups pertinents portés par Karl Popper. [...] l'irréfutabilité constitue [...] la caractéristique aussi bien des valeurs religieuses, des mythes que... des thèses freudiennes. Quand, à propos d'une question clinique ou théorique particulière, un analyste avance sa propre explication, au regard de quel critère peut-on le contredire ? Si l'on est étranger à cette pratique, on se trouve invité à se soumettre soi-même à une cure pour s'en convaincre. Mais la contradiction portée par un collègue sera aussi mal reçue. Toute observation clinique, toute élucidation nouvelle résulte, en effet, d'une situation de transfert difficile à transmettre et à partager.
[...] Tant et si bien que les sociétés de psychanalystes se sont vite transformées en petites tours de Babel, puis en chapelles, voire en sectes où se regroupent ceux qui précisément peuvent pour un temps échanger leurs expériences ineffables.
Cette critique sommaire n'a d'autre objet que de contribuer à la redéfinition du statut de la pratique freudienne. Son autoproclamation comme science humaine fut partagée au XIXe siècle par quelques autres disciplines et en particulier par l'histoire.
La lecture de cet ouvrage m'a notablement conforté et réconforté dans mes positions et la nécessité de procéder à des révisions de la pratique psychothérapique.
Dans un article intitulé L'antisémitisme : une maladie auto-immune ?, j'avais souhaité resituer les conditions de la naissance de la psychanalyse.
[...] Ce n'est sûrement pas un hasard si la psychanalyse voit le jour dans un empire austro-hongrois antisémite. Il me parait normal de commencer par l'attitude de son père fondateur, Sigismund Schlomo Freud. [...] Il est notamment difficile de comprendre l'attitude de Freud pendant la guerre, sans procéder à un retour en arrière qui permet de comprendre le contexte socio-politique de l'époque. Il existe, bien évidemment des écrits de Freud lui-même qui sont les témoins de sa fidélité au judaïsme. En revanche, on retrouve autant de textes ou de positions qui peuvent évoquer un reniement. Après tout, souvenons-nous que Sigismund Schlomo Freud était le fils de Jacob, le petit-fils de Rabbi Schlomo Freud, l'arrière-petit-fils de Rabbi Ephraïm Freud, et l'un de ses ancêtres avait été le Rabbi Nathan Halevy Chamatz, un des grands talmudistes de Galicie.
[...] La "question juive" était un sujet courant de conversation. Nous avons la preuve que Freud était préoccupé par ces questions, par des remarques dans ses lettres. Ainsi, dans une lettre à Fliess, il commente l'affaire Dreyfus. Mais il utilise souvent la dissimulation dans ses écrits. On en trouve la trace dans L'homme Moïse et la religion monothéiste . Freud signale que son intention première était de ne pas publier la dernière partie qui était aussi la plus importante. Citons un court extrait :
[...]" nous vivons ici dans un pays catholique, sous la protection de cette église, incertains du temps pendant lequel cette protection nous sera assurée. Tant qu'elle persiste, cependant, nous hésiterons naturellement à faire quelque chose qui nous attirerait l'animosité de l'église. Ce n'est point lâcheté, mais prudence. Le nouvel ennemi (le nazisme, NdA) dont nous nous garderons de servir les intérêts est plus dangereux que l'ancien avec lequel nous avions appris à vivre en paix. Les recherches psychanalytiques sont, de toute façon, considérées avec une attention méfiante par les Catholiques et nous n'affirmerons pas que ce soit à tort. Quand nos recherches nous amènent à conclure que la religion n'est qu'une névrose de l'humanité, quand elle montre que sa formidable puissance s'explique de la même manière que l'oppression névrotique de certains de nos patients, nous sommes certains de nous attirer le plus grand ressentiment des pouvoirs de ce pays... ".
Freud avait pleinement conscience que la matière de ses écrits rencontrerait une résistance aussi bien à cause de leur contenu que parce qu'ils étaient écrits par un Juif.
C'est à ma demande et dans le cadre de formations organisées par le Collège de Formation Médicale Continue Rhône Alpes de l'Association Française de Psychiatrie (AFP), que Marc-Alain Ouaknin Rabbin, écrivain, docteur en philosophie et professeur de littérature comparée à l'Université Bar-Ilan de Tel-Aviv, a accepté d'intervenir au cours d'une conférence à Lyon sur le thème Le Judaïsme et la Mystique juive, sources fondamentales des théories freudiennes .
[...] Freud , dira Ouaknin, découvre la psychanalyse parce qu'il pense qu'il est Juif, qu'il l'est demeuré, malgré l'antisémitisme. L'antisémitisme est un moteur très important : c'est une maladie auto-immune, comme l'écrit Alain Amar. On ne peut pas être psychanalyste sans antisémite. C'est l'antisémite qui a permis à Freud d'inventer la psychanalyse. L'antisémite, c'est celui qui ne permet pas à l'autre de continuer à croire ce qu'il croit être. C'est celui qui remet en question .
[...] La psychanalyse n'est pas le fait qu'un être parle, c'est le fait qu'il y a un cadre analytique, un espace analytique : c'est le fait qu'un individu est allongé sur un divan, qu'il parle à quelqu'un qu'il ne voit pas, à quelqu'un qui est assis. Le rapport parole-écoute ne consiste pas simplement en deux êtres qui se parlent, ce sont deux corps placés différemment dans l'espace, un parle et l'autre écoute. L'analysé est allongé. Que va t-il se passer ? L'analysé va se lever... La psychanalyse, ce n'est pas parler sur un divan ! La psychanalyse, ce n'est pas venir, payer, partir... La psychanalyse, c'est le moment très précis où un individu était couché et devient capable de se lever ! Ce que produit la séance, ce n'est pas qu'elle produit de la parole, c'est qu'elle permet que la parole permette au corps, lui qui était couché, de se lever. La fonction d'élévation, je dirai presque, la fonction d'érection corporelle est liée à la parole et j'existe corporellement debout ou bien en équilibre parce que j'ai d'abord été couché. Et ce que veut Freud dans la cure analytique, c'est permettre au corps d'être véritablement un corps qui existe, debout, dans ce passage entre le coucher et la verticalité.
Freud conçoit à Vienne sa théorie, dans une ville qui, avec Prague, Berlin et Paris constitue le nœud central de la culture du XIX e siècle finissant, du XX e balbutiant. Des esprits brillants s'expriment, Arthur Schnitzler, Stefan Zweig, Thomas Mann, Franz Kafka, Frédéric Nietszche, Arnold Zweig...
Face à un antisémitisme féroce, Freud a éprouvé la nécessité, le besoin de rechercher son identité, hors de la pratique religieuse. Il a passé son temps à en effacer certaines traces tout en revendiquant son appartenance.
Jacky Chemouni écrit :
[...] Le Juif, le particulier, la psychanalyse, l'universel. Entre l'un et l'autre, une ultime connexion, une symbiose indélébile où toute marque idéologique se doit d'être effacée. Dépouillé de ses attributs traditionnels, de ses croyances, le vécu juif reste le dernier refuge à l'identité en quête d'utopie. [...] Le projet psychanalytique nécessitait un retour à l'identité du vécu filiatif, non une adhésion à un mode de vie et de pensée, mais une écoute des résonances profondes d'une continuité de soi avec l'Autre. [...]
Le parcours psychanalytique débute et s'achève par une interrogation sur l'identité, seule véritable espérance de l'être qui ne peut être atteint dans sa nature, par définition universelle, que par son expression particulière, juive chez Freud.
L'antisémitisme a littéralement hanté Freud, profondément meurtri par l'épisode traumatique du bonnet de fourrure de son père Jacob, jeté dans la boue par un Chrétien l'obligeant à descendre du trottoir. Jacob n'avait pas répliqué. Bien plus tard, en dissolvant la Société psychanalytique de Vienne devant la montée du nazisme, Freud raconta à ses disciples l'histoire suivante :
Après la destruction du Temple de Jérusalem, Rabbi Yohanan ben Zakkaï demanda la permission d'ouvrir une école à Yabvné pour l'étude de la Tora.
Nous allons faire la même chose, nos traditions et certains d'entre nous par expérience...
Lorsque j'ai pris tardivement connaissance de l'épisode du bonnet de fourrure, je n'ai pas pu ne pas faire un rapprochement saisissant avec un épisode familial personnel.
Ernest Jones écrit dans son livre :
[...] Vers la mi-juillet (1897), Freud retourne à Vienne où il s'occupe de la pierre tombale de son père (mort en octobre 1896). C'est de ce moment que débute son auto-analyse...
Antonietta et Gérard Haddad précisent quant à eux :
[...] Jones prend comme point de départ formel l'origine de l'analyse de Freud le moment où celui-ci donne à son père une sépulture. Il se conforme en cela aux indications données par le maître lui-même dans son introduction à l'Interprétation des rêves. La mort de son père l'affecta infiniment, il la qualifia de la plus grande douleur que puisse connaître un être humain, un grand vacillement de l'être. C'est pour sortir de sa détresse que Freud s'appliqua à lui-même la méthode qu'il utilisait depuis quelques années pour soigner ses patients et qui comporte depuis peu l'interprétation des rêves. La compilation des analyses de ses propres songes donnera lieu au maître ouvrage, véritable acte public de naissance de la psychanalyse, la Traumdeutung, qu'il dédia à la mémoire de son père.
Une question personnelle s'est imposée à moi en prenant connaissance de ces éléments : Freud, né Juif, demeuré Juif comme il l'a écrit, s'est-il conformé aux rites funéraires et a t-il notamment dit le Kaddish, la prière des morts, pour le repos de l'âme de son père, en dépit de sa distance avec la religion mais non de ses sources ?
Lebovici parle de mode de la psychanalyse, en particulier après la Deuxième Guerre mondiale, essentiellement aux Etats-Unis, estimant que le développement de la psychiatrie biologique en a réduit l'influence. Mais en ce domaine, comme dans d'autres, on observe un mouvement de balancier. Ainsi, les thérapies familiales systémiques, les thérapies cognitivo-comportementales, les thérapies "new age", les traitements strictement biologiques ont fait vivre à leurs adeptes des périodes d'exaltation puis de déception pour enfin trouver une place dans un arsenal thérapeutique bien encombré. La référence psychanalytique, telle une valeur refuge, est demeurée intacte sur le plan conceptuel au fil des années et c'est heureux pour nos patients auxquels est proposée une recherche du sens des symptômes et des troubles et non plus simplement une tentative illusoire d'éradication (comme pour le paludisme par exemple...).
( à suivre )