Quand nos parents avaient la gaieté au cœur
Au milieu du vingtième siècle
Salonique la gaie, avec raki et bourekas
Fêtait le samedi matin sur les balcons de Tel Aviv
Ils ne connaissaient pas Karl Marx
Ni le Manifeste
Et vinrent pourtant bâtir un Etat parmi les Juifs.
Et nous, dans les chansons pleines de bonne humeur qu'ils chantaient
Face à la mer, nous étions les jolies fillettes naïves.
Maintenant le vingtième siècle se termine
Et le troisième millénaire commence
Nos parents ont disparu
Et avec eux cette joie, les rires et la bonne humeur
Qu'ils apportèrent avec eux de leur ville côtière,
Ce port sur la Mer Egée, où résidaient des Juifs
Sûrs d'eux.
Mais l'Etat qu'ils bâtirent avec beaucoup d'autres Juifs -
Qui eux connaissaient Karl Marx - est devenu une réalité différente
De celle des prophéties des visionnaires de l'Etat.
Et nous ne sommes plus ces belles fillettes naïves
Ou peut-être sommes nous restées naïves, persévérant dans notre croyance
Que le rêve de l'Etat juif devenu réalité serait éternel.
Et comme par miracle nous avons gardé en nous cette même joie de vivre,
Cette même bonne humeur que celle de Pnina et de son père Léon
Sur les balcons de Tel Aviv qui fêtent Salonique le samedi matin
Mais sans raki ni bourekas - avec peut-être des fraises au champagne -
Qui chantent des chansons parlant de nos enfants beaux et naïfs
Que deviendront-ils au début du troisième millénaire et la fin du vingtième siècle
Soi-disant en sécurité, que ce soit en Amérique ou en Israël.
Rachel Uziel Farhi