Los Muestros N°58

Intervention faite lors de la Table Ronde  organisée par Alex-Med,
à Alexandrie, du 28 au 30 avril 2004


Introduction

Située au point d'articulation entre l'Afrique et l'Europe, Alexandrie a été une passerelle entre l'Orient et l'Occident surtout durant deux grands moments de son histoire : la "période Ptolémaïque" et, 18 siècles plus tard, la "période moderne".
Je me propose de relever quelques aspects qui illustrent cette vocation à relier, à unir (pas à unifier) et à rassembler la diversité dans un ensemble aux contours relativement larges et souples.

La période Ptolémaïque (331 à 30 av. J.-C.)

"Alexandrie est née d'un rêve d'Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C) qui voulait marier l'Orient et l'Occident" (Paul Balta). Selon Plutarque, Alexandre voulait "rendre la terre habitable sujette à une même raison et tous les hommes citoyens d'un même Etat et d'un même gouvernement." Par ailleurs, au printemps de 324, Alexandre épouse deux princesses persanes et célèbre en même temps le mariage de quatre-vingts hauts dignitaires de son armée avec des jeunes filles de l'aristocratie perse. Par ce geste, "il voulut désormais harmoniser le monde par le mélange des races…" (Paul Balta). Il mourut l'année suivante à l'âge de 32 ans. Après quelques années d'incertitudes et d'hésitation, le nouveau maître de l'Egypte, le satrape Ptolémée, fils de Lagos, fidèle compagnon d'Alexandre, se fit couronner roi d'Egypte en 305 et établit sa capitale dans la cité nouvellement fondée. Il recueillit la dépouille d'Alexandre pour l'installer à Alexandrie. La stratégie d'union qui anima les entreprises d'Alexandre durant son vivant fut maintenue durant trois siècles, tout au long du règne des Lagides, comme l'attestent ces quelques exemples.
La population de cette Alexandrea ad Aegyptum formait une mosaïque de populations venant de tous les horizons : Egyptiens de l'intérieur du pays, immigrés de Grèce, de Macédoine, de Palestine et d'ailleurs, mercenaires crétois, gaulois et juifs. Durant tout le règne des Lagides, la population la plus nombreuse en dehors des Grecs et des Egyptiens furent les Juifs. Alexandrie rassemblait ces éléments hétéroclites, les maintenait vivants et relativement autonomes.
L'immigration de population égyptienne de l'intérieur du pays et grecque apporta avec elle ses dieux et ses cultes. Le génie conciliateur du premier Ptolémée fut de confier à une commission le soin d'élaborer une divinité que ses sujets grecs et égyptiens puissent honorer. Ainsi le dieu Sérapis est une création typiquement alexandrine, présenté comme l'héritier d'Osiris-Apis, dieu funéraire de Memphis, et comme celui de divinités grecques, Dionysos ou Asclepios (Esculape). En raison de sa prééminence sur les autres dieux, Sérapis fut aussi assimilé à Zeus Amon. Le Serapeion (forme latine : Serapeum) ou temple de Sérapis, rebâti par Ptolémée III, était, aux dires des auteurs anciens, le plus beau des temples d'Alexandrie. "La figure du dieu Sérapis résume parfaitement en elle ce syncrétisme gréco-égyptien dont la civilisation alexandrine donne nombre d'autres exemples." (Mireille Hadas-Lebel).
Accolée au Musée (académie des sciences et des arts), il y avait la Bibliothèque fondée par Ptolémée I et développée par Ptolémée II qui "demandait aux rois et aux grands de ce monde de lui envoyer des œuvres de quelque nature qu'elles fussent." (Epiphane). Même si la Bibliothèque était réservée à une élite intellectuelle et au souverain, elle constitua un outil efficace pour mettre en relation différentes cultures et pour préserver dans le temps des œuvres de valeur. C'est à Alexandrie que la Bible hébraïque fut traduite en grec (la Septante).
Le Phare d'Alexandrie, une des sept merveilles du monde antique, symbolisait l'importance du port d'Alexandrie, carrefour commercial et trait d'union entre l'Orient (Egypte, Afrique noire, Arabie, Inde, etc.) et l'Occident (les ports de la Méditerranée). J'imagine avec un certain émerveillement la diversité des marchandises qui devaient y transiter !
La reine Cléopâtre, née en 69, éduquée avec soin (les Ptolémées ont toujours confié l'éducation de leurs enfants à des précepteurs de qualité) parlait plusieurs langues : le grec, l'égyptien démotique (la langue populaire égyptienne) et elle pouvait "s'entretenir directement avec les Ethiopiens, Troglodytes, Hébreux, Arabes, Syriens, Mèdes et Parthes" (Plutarque). Avec sa mort en 30 se terminent 3 siècles de règne des Lagides et prend fin la civilisation alexandrine.
Né - dix ans après la mort de Cléopâtre - d'une famille de notables, Philon d'Alexandrie (20 av. à 50 ap. J.-C.), Juif, mais de langue grecque, allie une vaste culture hellénique à une profonde connaissance de la tradition hébraïque. Il établit une complémentarité entre la Bible et la pensée platonicienne, rendant YHWH compréhensible aux Alexandrins polythéistes. Son interprétation allégorique des Ecritures a influencé les premiers Pères de l'Eglise. "Il a influencé directement ou indirectement la pensée chrétienne et, de là, la pensée européenne en montrant comment concilier raison et révélation, en opérant une synthèse féconde entre ces deux piliers de notre civilisation que sont Athènes et Jérusalem." (Mireille Hadas-Lebel).
18 siècles plus tard, Alexandrie va ressusciter et connaître une nouvelle phase de développement rapide.

(Suite page 9)

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