Unas kuantas palavras de bienvenida a todos - Et cette fois, pour que tout le monde comprenne, en français :
Je me réjouis de voir se prolonger la reconnaissance européenne de notre langue obtenue le 1er juillet 1998 au Parlement européen à Bruxelles, quand Nathan Weinstock et moi-même avons présenté cette brochure éditée par le BELMR , Yiddish et judéo-espagnol : Un héritga européen.
Mais aussi au pont lancé par "By My Spirit", en 1992, entre Toledo (Toledoth) et Jérusalem en passant par Salonique et Istanbul.
Que de chemin parcouru depuis septembre 1943! où pour reprendre Benjamin Fondane, mon visage servit de crachoir aux SS, là-bas à Auschwitz-Birkenau. Dès le 3ème jour, portant des briques sur un brancard aux abords des fours crématoires, mon compagnon de misère, plus ancien que moi, me cria Ayde!(Allons-y !) Aussitôt, je reconnus l'un des miens, un Salonicien perdu ensuite dans la nuit et le brouillard de cet univers.
Il m'arriva souvent encore de parler en secret 'ma douce langue natale' comme dirait Baudelaire.
Et surtout lorsque à la faveur d'une rare pause, le dimanche après-midi, le chef de Block promettait une demi-soupe à qui chanterait. En général les Juifs polonais chantaient "A Yiddishe Mamme", ce qui tirait les larmes des plus endurcis, moi, je chantais le chant de ma mère "Arvoles yoran por luvias i montanyas por ayre"... [et je me mis à chanter . Karen des Pacharos Sefaradis présente dans la salle, m'envoya un baiser. Très touché , je poursuivis ] Oui , cette demi - soupe était comme le prolongement du lait de ma mère.
A la fin de ce calvaire , ce fut l'amnésie l' Exil de la mémoire aux portes des camps comme l'a écrit Henriette Asseo, puis le désert intime et culurel comme l'a si bien exprimé Marcel Cohen , qui, Monsieur l'Ambassadeur d'Espagne, adressant ses Letras a un Pintor, en fait à Antonio Saura décédé en 1998, écrivait No saves Antonio lo ke es estar soliko, kada diya ke el Dyo da. La mujer de tu alma te mira komo a un hazino [ porke no entiende tu lingua]. Oui, le désert. Et pourtant, Messieurs les Ambassadeurs, nous restaient quelques survivants, quelques vestiges et quelques noyaux comme ceux de Turquie, du Maroc et des Amériques.
Alors, nous nous mîmes à thésauriser Lo Muestro . Alors, Clarisse Nicoïdski chanta "Kontame la konseja ke se kamina en tus ojos, la manyana, kuando los avres kuando el sol entra su alguja de luz en tus ojos," alors , nous retrouvâmes nos sources et nos livres. Alors, sur ce Pont de Toledo à Yerushalayim, s'incrivit de mieux en mieux, l'histoire de Juifs espagnols et portugais et celle des Judéo-Espagnols.
Alors, Monsieur l'Ambassadeur, fut reprise cette fameuse Biblia de Ferrara de 1553 écrite en judéo-espagnol calque ou ladino et considérée comme un chef-d'œuvre de la littérature espagnole, au point que le linguiste espagnol ARIZA en recueille tout un vocabulaire comme alechar, beau substitut de amamantar.
Alors, mes collègues de l'Institut Hispanique s'écriaient , "Esto Vidal es verdadera poesía", en lisant sur mon mur ce verset de Jérémie (II,5): I anduvieron tras de la nada i nadearon .
Alors, nous pûmes repartir à la conquête de LO MUESTRO. Alors, se créèrent à mon instar, des Ateliers Judéo-Espagnols en France et à l'Etranger.
Alors, MUESTRA LINGUA eut droit de cité dans les Universités
Alors, fut définitivement rétabli ce pont, que malgré leur haine assassine les nazis n'avaient pu détruire.
C'est à cette renaissance que nous oeuvrons en chantant comme en pleine occupation, au nez et à la barbe des nazis, ASHRENU ASHRENU! MAH YAFA YERUSHATENU, Alegremonos ! Kuan ermoza es muestra erensia!
VIDAS LARGAS A TODOS !