Léon était un entrepreneur courageux qui avait bâti de ses propres mains un empire commercial au Congo ex Belge, devenu le Zaïre, et actuellement la République Démocratique du Congo, qu'il conserva aussi longtemps que la situation locale le lui permis.
Né à Rhodes, toute sa vie il est resté profondément lié à son île natale, à ses mélodies synagogales séfarades, à ses frères. C'est grâce à lui que j'appris à connaître et à aimer les Juifs de Rhodes. Les premiers d'entre eux étaient arrivés à Elisabethville, au Congo, aux alentours de 1910, faisant preuve de beaucoup d'initiative, et d'un esprit entrepreneur, dans le plein respect de la tradition juive.
Léon arriva après la Première Guerre Mondiale avec Asher son frère et son associé. Ils s'établirent d'abord à Luputa dans le Kasai. Leur affaire se développa avec succès, Je me souviens de Léon me racontant comment le "shipper" l'agent qui a New York achetait pour lui les marchandises et les envoyaient par bateau, l'avait aidé en lui accordant du crédit, et en trouvant les produits dont il avait besoin. Comme symbole de cette association, Léon et Asher partageaient le même bureau, chacun d'un côté.
C'est 1946 que Léon rencontra Elisa Franco, à Elisabethville ou elle était arrivée comme rescapée du camp d'extermination d'Auschwitz. Le 27 décembre de cette même année il l'épousa ce qui modifia complètement le cours de son existence. Il s'installa à Léopoldville, où il fit venir Asher, et avec un flair exceptionnel il y ouvrit un magasin au détail, Le Chic. Elisa écrivait : "Léon fut le premier de ville à ouvrir les portes de son magasin aux Noirs qui jusque-là ne pouvaient entrer dans un magasin pour Blancs à moins qu'ils n'y soient employés. Mais acheter ne leur était pas défendu… de l'extérieur ! Au travers d'une petite fenêtre, ils passaient commande, recevaient les articles et payaient. Ils ne mettaient jamais les pieds dans le magasin."
Léon, à l'encontre, pensait que les Noirs devaient avoir les même droits que les Blancs, aussi son acte fit-il sensation dans les milieux locaux. La société "Léon Hasson et Frère" se développa avec ses propres usines, un bateau qui remontait le fleuve faisant à chaque étape office de magasin, et plusieurs autres activités.
La réussite de Léon est due en grande partie à son épouse, Elisa, qui pendant plusieurs années à Bruxelles, a élevé leurs cinq enfants dans des conditions souvent difficiles sans sa présence puisqu'il se trouvait souvent au Zaïre.
Mais les changements de conjoncture, et les conséquences délétères qui s'ensuivirent sur l'économie du pays, eurent de graves répercussions sur les affaires de "Léon Hasson et Frère". Le décès de son frère cadet, Asher, lui porta un coup supplémentaire. Mais c'est surtout la maladie qui l'affligeait ces derniers mois et le faisait souffrir terriblement, qui lui fut fatale. Il est mort à Bruxelles avec la consolation d'être assisté par Elisa et entouré de ses enfants.
Pour moi il restera toujours le grand ami, qui en maintes occasions sut aider Israël, et qui fut pendant toute la période de mon service diplomatique à Bruxelles un conseiller précieux.
Nous sommes nombreux à regretter sa disparition !
Comme seront tristes nos Yamim Noraïm, cette année ! Comme ne sera pas aussi joyeuse la Neïla de Yom Kippour !
Un symbole de notre communauté Bruxelloise, une des voix fortes et graves de notre yishouv séfarade, Léon Hasson n’est plus. Soutien indéfectible de la synagogue Simon et Lina Ham, serviteur infatigable des traditions rhodeslies, nous ne l’entendrons plus entonner, en muestra linda lengua, le El Nour Alila qui clôt ce jour austère du Grand Pardon.
Je le vois encore debout, droit, altier, malgré la maladie qui le rongeait inexorablement devant les portes de l’Ekhal dont il se faisait un devoir d’obtenir la petiha de Neila, l’ouverture de l’arche sainte. Je crois qu’il attendait cet instant d’année en année. Je le surprends encore, lors de son aliya à la Torah, de sa montée auprès de nos rouleaux sacrés, écraser une larme lors de la commémoration de ses parents disparus, de son frère Asher qui le précéda, de sa petite nièce Liora arrachée, encore tout enfant, aux joies de la vie qui s’ouvrait devant elle.
Certains ont évoqué la carrière de Léon Hasson. Il a contribué à la création d’un pays, de son pays, le Congo dont il développa de larges segments de son économie.
D’autres ont évoqué son amour pour Israël dont il épousa, depuis toujours la cause, dont il fut un inconditionnel supporteur et qui bénéficia, des décennies durant, de sa prodigalité.
D’autres enfin ont évoqué son action en faveur de la communauté et de ses oeuvres de bienfaisance : nul ne faisait en vain appel à lui.
Tous ont parler de lui bien mieux que je ne pourrai le faire.
Pourtant je voudrais évoquer l’amitié qu’il portait à mon défunt père et qu’il reversa sur moi. J’ai connu Léon Hasson il y a quarante ans. Nous passions nos soirées chez lui (sa villa jouxtait l’Ambassade d’URSS et il avait droit, le pauvre, à des films quotidiens vantant la grandeur de la Russie communiste. A vous écoeurer à jamais de l’Internationale, des kolkhozes et du paradis soviétique !
Je me souviens des interminables parties de tric-trac, du whisky et des mezes de rigueur, des repas qui se prenaient souvent chez eux. Léon et son frère Asher étaient seuls, leur femme, leurs enfants s’étaient repliés sur Bruxelles, l’instabilité régnant au Congo. Ces réunions étaient presque quotidiennes. J’étais jeune alors mais j’avais un plaisir fou à les écouter « echar lashon », bavarder, rire, plaisanter. Que de belles heures alors.
Je crois que mon engagement communautaire je l’ai acquis chez Léon Hasson. Il m’invita à rencontrer André Chouraqui en 1963 ou 1964 lors d’un des passages du Maître par le Congo. Ce dernier m’avait conquis, ébloui. Je n’avais pas vingt ans alors. Nous conservâmes des liens cordiaux et le grand philosophe préfaça, avec infiniment d’amitié, mes ouvrages. Cette rencontre c’est à Léon Hasson que je la dois et peut-être est-il l’involontairement responsable de mon activisme. Rien que pour cela, merci, Léon.
Léon et Elise Hasson furent parmi les premiers à soutenir notre journal, à l’aider. Je me souviens des abonnements qu’ils souscrivaient … trimestriellement. Lorsque je les avertissais, un « chut » sonore était la réponse. Ils crurent à l’aventure de Los Muestros.
Une de ses filles me confia qu’une de ses ultimes joies fut la lecture qu’on lui fit de mon livre Shalom Bwana, la saga des Juifs Congo qui relate si imparfaitement et si incomplètement son histoire. Si cela est vrai alors je suis ému et heureux de lui avoir rendu un tout petit peu de son amitié.
Au revoir, Léon.
Born in Istanbul in 1914, he studied for two years in the Haskoy Yashiva and further on in the Alliance School in Hasköy.
Between 1928 – 1933 he studied at the Rhodes Yeshiva and graduated in 1933 with the diploma permitting him to teach Hebrew and Jewish religious subjects and returned to his country. The same year started teaching at some schools in Istanbul and later became Hebrew teacher in the Jewish High School making a significant effort in teaching Hebrew and making it widely known.
After finishing his military service, in 1936 he was appointed to be a member of the Beth Din of the Chief Rabbinate in Istanbul. He furthered his education here and was appointed to be the secretary of the Beth Din.
Upon the election of Chief Rabbi Rafael Saban in 1953, Rav David Asseo became the private secretary of the Rav Saban while continuing his post as member of the Bet Din.
Appointed in 1955 to be the headmaster of the Yeshiva, which he helped establish in Hasköy, he directed this institution with success for long years.
Upon the passing away of the then Chief Rabbi Rav Rafael Saban in 1960, he was elected by the Jewish Community to be the Chief Rabbi and with a ceremony of instatement that took place at the Neve ªalom Synagogue on December 7, 1961 he started on his post.
Having lost more than 10 years ago his spouse, he is survived by two daughters and two married grandsons.
As well as having a deep knowledge religion, he knew Hebrew, French, Ladino, Italian and Greek and had been the longest serving Chief Rabbi among all European Chief Rabbis. He had been representing the Jewish Community of Turkey in CER (Conference of European Rabbis) until a few years ago and had in the past been the secretary of CER.
The religious leader of his community for more than 41 years (December 9, 1961 – July 14, 2002) he had represented the Turkish Jewish Community meeting Presidents, Prime Ministers, Ministers, Political Party Leaders and local government representatives and having gained the respect and sympathy of all who met him.