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בס''ד
Un royaume de prêtres et un peuple saint
La sanctification du nom et son insertion dans les dix paroles.
‘’Vous serez pour moi un royaume de prêtres et un peuple saint’’ (Ex. XIX – 6).
C’est par ces mots que s’achève la parole de l’Eternel adressée aux enfants d’Israël, qui a pour but de les préparer à la révélation au mont Sinaï et à la réception de la Thora. C’est là l’objectif et la finalité de cette manifestation .
La question se pose alors de savoir ce qu’est-ce qu’un ‘’goy kaddoch’’ – un peuple saint.
Est-ce un état à priori ou au conditionnel ?
La référence à la révélation de l’Eternel à Moïse au buisson ardent, laisse à penser que le peuple d’Israël serait le peuple élu de D… et proclamé saint sans condition préalable . Ainsi que l’affirme le Thora : ‘’mon fils aîné Israël’’ (Gen. IV – 19). C’est là un état de faits qui engage l’Eternel , si l’on peut dire, vis-à-vis de son peuple sans attendre ou réclamer quoi que ce soit de sa part. Est-ce à dire que lors de la révélation au mont Sinaï , un changement quelconque se soit produit en ce qui concerne cela? Quelle est par ailleurs, le sens du concept ‘’goy kaddoch’’ – peuple saint ? Le contenu des dix paroles est-il en rapport avec le défi que constitue l’exigence d’être un royaume de prêtres et un peuple saint ?
Examinons cette locution ‘’être saint’’ mentionnée dans ses différentes déclinaisons, est mentionnée plus d’une fois dans la Thora, telle que : ‘’vous serez saints car Je suis saint , Moi l’Eternel votre D…’’ (Lev. XIX – 2).
D’une manière générale, le sens de cette locution n’est pas évident. Il apparaît comme un manifeste sublime , contraignant et non expliqué. Comme il ressort dans ces paroles de la Thora dans le livre de Devarim : ‘’Tu as distingué aujourd’hui Hachem pour en faire ton D… et pour marcher dans ses voies, observer ses lois, ses commandements et ses préceptes. Et le Seigneur t’a distingué à son tour aujourd’hui afin que tu sois son peuple d’élection, comme Il te l’a dit , et que tu observes tous ses commandements dans le but de t’élever au-dessus de tous les peuples qu’Il a faits en honneur, en renom et en gloire, pour que tu sois le peuple saint du seigneur ton D… comme Il a déclaré’’ (Dev. XXVI – 17, 19).
Par ailleurs, il est dit : ‘’Hachem t’érigera pour Lui en un peuple saint comme il a juré quand tu garderas les mitzvoth de Hachem, ton Elohim, tu marcheras dans ses voies ; verront tous les peuples de la terre que le nom est appelé sur toi ; ils te craindront’’ (Deut . XXVIII – 9, 10).
Ainsi, selon ces paroles, le peuple juif n’est pas saint à priori ; il ne le sera que s’il fait choix de l’Eternel comme étant son D… Toute la sainteté du peuple juif relève de cette condition sine qua non , à travers cet argument décisif énoncé dans ces textes. De plus, la sainteté est subordonnée également à la relation des nations qui reconnaissent que le nom de D… est porté sur le peuple d’Israël.
Il nous est donc imparti non seulement d’être un peuple saint distingué par son comportement convenable dans la conduite dans la voie de l’Eternel, mais conscient de la responsabilité qui lui incombe de sanctifier le nom de l’Eternel dans le monde.
Dans ‘’Yessode ha Thora’’, Maïmonide présente les mitzvoth qui constituent le fondement de la loi de Moïse notre maître, dans l’ordre suivant : l’ordonnance de la connaissance de D…, son unicité, son amour et sa crainte, suivis de l’ordonnance de la sanctification du nom divin et de l’interdit de profaner son nom. (Les fondements de la Thora V – 1 Maïmonide)
Le libellé halakhique de ces commandements est pour le moins étonnant.
En effet Maïmonide écrit : Le kiddouch Hachem est recommandé à toute la maison d’Israël. Comme il est dit ‘’Je serai sanctifié au sein du peuple d’Israël’’(Lev. XXII – 32) . Il leur est recommandé par ailleurs de ne pas profaner le nom divin : ‘’vous ne profanerez pas mon nom sacré’’(Lev. XXII – 32).
Comment cela ? dit Maïmonide. Si une nation se dresse contre le peuple juif et lui fait violence en lui imposant d’outrepasser une des ordonnances édictées par la Thora, sans quoi il sera mis à mort, ce dernier transgressera la loi pour échapper à la mort. Comme il est dit à propos des mitzvoth : ‘’les mitzvoth que l’homme doit exécuter pour vivre avec elles’’(Lev. XVIII – 5) d’où l’on déduit : et non pour mourir à cause d’elles. Et s’il préfère être exécuté et éviter de transgresser la loi, il se rend coupable de sa mort et il ne mérite pas d’avoir accès au monde futur (Yessode ha Thora V - 1)
Maïmonide détaille par la suite cette loi, et précise qu’il y a lieu de sanctifier le nom de D… dans deux circonstances suivantes :
1) la personne menacée de transgresser l’ordonnance de la Thora pour être épargnée de la mort, doit outrepasser la loi de la Thora et ne pas subir le sort qu’on lui réserve . Excepté s’il s’agit de l’idolâtrie, ou de relations incestueuses, ou encore d’homicide (voir Traité Sanhedrin 74 a).
2) le peuple juif en état persécutions, menacé de transgresser l loi pour être épargné de la mort, doit subir la mort plutôt que de transgresser une ordonnance de la Thor, fut-elle de moindre gravité. (voir Traité Chabbath chap. XV – loi 17 – Tossefta)
Ainsi donc, selon les termes mêmes de Maïmonide, en cas de persécution telles que l’exercice de la tyrannie d’un Roi , à l’exemple de Nabuchodonosor et ses semblables, qui ont imposé au peuple juif, sous peine d’être passé au fil de l’épée s’il n’abandonne pas la foi de ses pères ou tout autre mitzva de la Thora, il faut plutôt opter pour la mort que de faillir au respect de la loi de la Thora ; que cela soit en présence de dix personnes , ou seulement en présence de personnes idolâtres, ce qui à priori ne constituerait pas une profanation grave du nom divin.
Nahmanide explique aussi qu’en ce qui concerne la prescription de sanctification du nom, l’interdit reste en vigueur de ne point adopter la conduite de celui qui va au delà du terme de la loi ; il convient donc de ne pas subir la mort lorsqu’on n’est pas en devoir de cela (Sanhedrin 17 b).
Ces dispositions halakhiques qui ne sont d’application que dans des situations extrêmes et par ailleurs indépendantes de notre volonté , rendent la question plus aigue encore.
En effet, est-ce en cela que se résume la mitzva du kiddouch Hachem ?
Est-ce ainsi que le peuple d’Israël devient goy kaddoch?
Dans la dernière loi énoncée dans ‘’Helkhoth Yessode ha Thora, Maïmonide dit : ‘’Il y a d’autres éléments qui font partie de ce qui est qualifié de profanation du nom ; c’est lorsque l’homme érudit et réputé pour sa piété pose des actes qui suscitent des rumeurs auprès des gens. Bien que celles-ci ne relèvent pas de la transgression d’un interdit, cela est considéré comme une profanation du nom’’.
Et Maïmonide décrit comment un grand homme peut provoquer la profanation du nom de D… sans commettre d’infraction à la loi ; sans pour autant être coupable d’une infraction à la loi. Par exemple, la personne d’un certain niveau qui abonde dans l’amusement , dans la nourriture et la boisson en compagnie de gens ignorants, celui qui ne parle pas posément et calmement, celui qui ne présente pas un visage avenant aux autres personnes…
A l’opposé, Maïmonide énonce le mode de conduite qui convient à celui soucieux de sanctifier le nom de D… .
En rapport avec la grandeur de la personne sage, celle-ci doit être exigeante envers elle-même et agir en se plaçant au delà des termes de la loi. Exigeant envers lui-même, le Sage doit avoir un discours avenant avec ses semblables et une pensée en accord avec les autres, les accueillant avec un visage ouvert , voire même supporter leurs offenses sans leur rendre la pareille, et les honorer , même s’ils ne le considèrent point… S’adonner à l’étude de la Thora, paré de tsitsith et couronné de tefiline, et agissant dans tout ce qu’il entreprend au delà du terme de la justice, voilà l’image de la personne qui sanctifie le nom divin.
A son sujet, on peut évoquer cette parole du prophète Isaïe :’’ tu es mon serviteur Israël, c’est par toi que Je me couvre de gloire’’ (Is. XLIX – 3).
Dans cet exposé se trouve le kiddouch Hachem qui ne se définit pas par rapport à la situation extrême d’une persécution tel un pogrom ou un décret tyrannique, mais découle tout simplement d’une initiative de l’homme et résulte uniquement de sa conduite. La sanctification du nom se manifeste donc dans la conduite scrupuleuse d’un mode de vie soutenu par une conscience morale et religieuse profonde. En effet, cette conduite inspire le respect et la considération de l’entourage, et provoque chez ces derniers le désir de s’identifier à cette conduite qui prend source dans les mitzvoth dictées par l’Eternel.
A l’opposé, la profanation de D… n’est pas liée à la transgression uniquement, mais atteste d’une imperfection dans les sentiments qui animent la personne et sur le fait qu’elle n’exploite pas les possibilités spirituelles élevées déposées en elle. Celui qui agit dans tout ce qu’il entreprend en allant au delà du terme de la loi, par une piété vis-à-vis du ciel et une droiture extrême envers le prochain, réalise la mitzva qui s’inscrit dans cette parole de la Thora : ‘’Je serai sanctifié au sein des enfants d’Israël’’ et répond au défi énoncé ainsi : ‘’et vous serez pour moi un royaume de prêtres et un peuple saint’’.
La sanctification du nom se traduit par une vie faite de merveilleuses actions résultant de la conscience constante d’une tenue devant l’Eternel. Les actes qu’il pose invitent toute personne qui y prête attention, la volonté de s’identifier aux forces motrices spirituelles à travers la réalisation de leurs fondements, les mitzvoth. La sainteté n’est pas acquise à priori, mais la résultante d’une démarche humaine, conséquente à la voie que l’homme s’est frayée , celle d’aller au delà des termes de la loi.
La notion de kiddouch Hachem étant tirée au clair, il convient de déceler dans l’exposé des fondements de cet idéal de vie auquel le peuple a reçu en introduction cette recommandation: ‘’et vous vous serez pour moi un royaume de prêtres et un peuple saint’’.
Les dix paroles nous révèlent dès la première lecture, qu’il n’est pas fait mention ni même toute allusion à mener une vie fondée sur le principe de se conformer aux règles en allant au delà du terme de la loi. On ne trouve pas non plus de détails quant au comment être des sanctificateurs du nom. Bien au contraire, les dix paroles sont la ligne rigoureuse de la loi fondamentale. Et cependant, l’examen plus approfondi révèlera comment précisément dans ces requêtes fondamentales rapportées dans les dix paroles, pointe l’assise qui permet de relever le défi d’être un peuple saint.
La première parole s’adresse à la compréhension et à l’intelligence : ‘’Je suis l’Eternel ton D…’’. C’est là la formation de la connaissance religieuse.
La deuxième et la troisième paroles ne façonnent pas la prise de conscience et la connaissance religieuse, mais délimitent ses frontières, tel l’interdit de s’écarter, d’aller hors de ses limites ‘’tu n’auras pas d’autre divinité devant ma face’’, et l’interdit des écarts dans les limites de ses frontières- ne pas prononcer le nom de D… en vain .
La quatrième parole, l’observance du chabbath, forme le lien entre l’homme et son D… et expose l’idée de la ressemblance à D… - ne pas faire tout ouvrage , car en six jours D… a fait, il s’est reposé le septième.
Les autres paroles sont du domaine social. Elles ont en commun le devoir de la ‘’retenue’’, tant lorsqu’il s’agit de poser un acte positif tel que le respect des parents, que s’abstenir en se refreinant de faire le mal. C’est la structure de cet assortiment d’ordonnances qui forge le peuple saint qui les adopte. La conscience religieuse liée à la connaissance par le devoir de respecter les limites ; celui de s’identifier à D… , et enfin de se dominer, constitue le fondement de la sanctification du nom divin par l’homme. La mutation de l’homme ou du peuple en saint, dépend de leur reconnaissance que le mode de vie doit obéir à la voie tracée par l’Eternel.
Cette ordonnance de sanctifier le nom de D… et le défi d’être un peuple saint, est une quête permanente. Et par ailleurs, la crainte de la profanation du nom et la perte de l’attribut du peuple saint, sont également un danger permanent.
Notre lecture de la révélation au mont Sinaï et la promulgation des dix paroles, renouvellent en nous l’obligation de répondre au défi d’être ‘‘un royaume de prêtres et un peuple saint’’, comme le traduit Maïmonide : ‘‘à amener l’ensemble de l’humanité à aimer l’Eternel’’.
Grand Rabbin Chalom Benizri |