1492-1992 ; 500è anniversaire de l’expulsion des Juifs d’Espagne
Prof. Haïm Beinart
L’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492 mettait le point final à 1.500 ans de vie juive en Espagne. Au cours de cette longue période, le Judaïsme espagnol avait connu nombre d’envahisseurs, depuis les Romains, les Wisigoths et les musulmans, et jusqu’à la Reconquista chrétienne et pourtant, il sut constituer une vie communautaire sans parallèle dans l’histoire du peuple juif. Des grammairiens en renom firent refleurir la langue hébraïque en Espagne ; l’exégèse biblique, la philosophie et la poésie s’y épanouirent. Des célébrités telles que R. Salomon ibn-Gabirol (Avicebron), R. Yehouda Halévi, R. Abraham ibn-Ezra trouvèrent les mots pour exprimer avec émotion leur amour pour leur peuple et leur nostalgie pour Sion. C’était l’époque où R. Isaac Alfassi et R. Joseph ibn-Migash, entre autres érudits, posaient les jalons des études talmudiques.
Les Juifs d’Espagne vivaient de l’agriculture et du commerce ; les monarques avaient recours aux bons services d’hommes politiques, membres de la communauté, du rang de R. Hisdai ibn-Shaprout, dès le Xè siècle, R. Samuel Hanaguid, un siècle plus tard, et tant d’autres par la suite. Les Juifs de Cour représentaient la communauté juive devant les autorités et n’hésitaient pas à défendre ses intérêts, de front avec des activités officielles qui les menaient parfois dans des missions diplomatiques lointaines pour le compte des princes. C’est en Espagne que fut composé, par R. Moshé de-Leon, le fameux livre du Zohar, d’où prit son départ le grand mouvement mystique de la Cabbale. L’Occident eut la révélation du monde de la pensée antique grâce à des traductions réalisées par des savants juifs espagnols.
Dès le XIIIe siècle, l’Église s ‘acharna contre les Juifs et suscita en Espagne les premières manifestations d’hostilité contre les Juifs et les premières revendications de mesures anti-juives. Les dirigeants de la communauté furent conviés à de grandes disputations, où ils devaient répondre aux attaques des chrétiens contre la Loi de Moïse. Ces activités aboutirent à de terribles persécutions et des vagues de conversions forcées, dont le paroxysme fut atteint avec les émeutes de 1391 (5151). De nombreux Juifs furent contraints d’abjurer, mais ils n’abandonnaient jamais l’espoir de pouvoir renouer un jour avec leur peuple.
C’est vers la fin du XVè siècle que l’Inquisition nationale fait son apparition en Castille, avant de prendre son essor sur tout le sol espagnol. Son but était d’empêcher par tous les moyens le retour des marranes au Judaïsme et de les soustraire à l’influence de leurs frères restés fidèles à leur patrimoine. L’idée d’une expulsion des Juifs de tout le territoire, réunifié sous la couronne de Ferdinand et d’Isabelle, naquit et prit forme dans le cercle de l’Inquisition nationale espagnole. Le 31 mars 1492 , à Grenade, Ferdinand et Isabelle apposèrent leur signature sur le décret d’expulsion des Juifs. Trois mois leur étaient alloués pour liquider leurs affaires et leurs biens et se trouver une terre d’accueil. Ils furent 200.000 à quitter leur patrie ; certains prirent la route du Portugal et de la Navarre, d’autres s’embarquèrent pour l’Afrique du Nord, l’Italie et le Levant, l’Empire Ottoman et la Terre Sainte.
Le décret d’expulsion leur interdisait d’emporter de l’or, de l’argent et des monnaies frappées, et d’autres denrées prévues par les ordonnances royales. Les synagogues abandonnées furent converties en églises ou tombèrent en ruine ; dans les cimetières juifs, toutes les pierres tombales furent arrachées pour les transformer en pâturages. Seuls quelques vestiges de la magnificence d’antan de cette communauté subsistent encore de nos jours.
500 ans après, l’expulsion des Juifs d’Espagne est commémorée par une médaille officielle, destinée à rappeler le souvenir de cette communauté prestigieuse. Unique par l’ampleur de sa vie intellectuelle, les grands chefs-d’œuvre qu’elle nous a légués, ainsi que pour son endurance et son courage devant l’épreuve et sa foi en l’avenir d’Israël
Prof. Haïm Beinart
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