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Sépharade 92

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Los Muestros

Sépharade 92


Mauricio Hatchwell Toledano

1492 représente une étape gigantesque dans l’histoire de l’homme avec la découverte du Nouveau Monde. C’est aussi la date d’un événement qui marqua profondément et à tout jamais l’avenir de l’Espagne, car elle prenait la tragique décision d’expulser ses Juifs, ce qui allait affaiblir, comme l’a dit John Eliott, les ciments de la monarchie espagnole au début même de sa course impériale.
Pour les Juifs et paraphrasant Else Lasker-Schuler, la grande poétesse lyrique juive allemande, le monde était rempli de lamentations le jour du grand exode, comme si Dieu était mort.
En effet, pour le peuple juif espagnol, Sépharade n’était pas un exil mais une patrie. Comme l’écrivait José Amador de Los Rios, Membre de l’Académie Royale d’Histoire en 1875, dans son œuvre magistrale « Histoire des Juifs d’Espagne et du Portugal ». « Il est difficile d’ouvrir un livre d’histoire de la Péninsule Ibérique sans y trouver dans tous les domaines, civil, politique, religieux, scientifique ou littéraire, un nom ou un événement mémorable relatif au peuple hébreu pendant presque deux mille ans ». Cette expulsion représente pour nous un des chapitres les plus tragiques de notre histoire et, pendant des siècles, Sépharade sera dans notre mémoire collective la terre de l’Inquisition, de la persécution et de la vague des massacres qui agitèrent la péninsule entière à partir de 1391, culminant avec l’Edit d’expulsion du 31 mars 1492. Et pourtant, nous fûmes aussi expulsés par presque tous les pays européens, mais très rarement, pour ne pas dire jamais, ces expulsions laissèrent dans notre mémoire collective un impact aussi profond que celui de l’expulsion de 1492.

Ceci seul peut s’expliquer par l’immensité spéciale de la vie juive en Espagne, et le caractère unique du bagage de traditions et de legs que les Juifs sépharades emportèrent dans leur marche à travers le bassin méditerranéen, la Hollande et le Nouveau Monde. En quoi consistait ce legs à l’humanité ?
L’Age d’Or du Judaïsme eut lieu en Espagne, coïncida avec lui, et fut possible grâce à la splendeur du Califat de la Cordoue musulmane. La culture juive s’était déjà bien implantée en Espagne au début du Xe siècle avec la participation d’une série de précurseurs, d’étymologistes et poètes tels que Danash Ben Labrat, Menahem Ben-Saruk et Isaac Ibn Chicatilla. Les moments les plus brillants datent des XIe et XIIe siècles avec leurs géants Ibn Gabirol, Ibn Ezra, Yehuda Halevi, Ibn Paquda et du personnage le plus illustre du judaïsme espagnol qui naquit et oeuvra dans ce singulier carrefour de cultures et de traditions.
Ces grandes personnalités intellectuelles juives d’Espagne furent aussi les meilleurs synthétiseurs des principaux systèmes et traditions scientifiques. Ce n’est qu’en se rappelant que la civilisation méditerranéenne du XIIe siècle était divisée entre la tradition grecque à l’Est, la culture arabe en Espagne et l’héritage latin en Europe, que nous pourrons réellement apprécier le rôle décisif joué par les Juifs d’Espagne dans l’unification et la synthèse de ces grandes traditions de la civilisation humaine. L’École des Traducteurs de Tolède, berceau de la langue castillane, est un exemple éminent de cet Age d’Or, une heureuse période où les chercheurs, fidèles des religions monothéistes, les fils en somme du même Dieu, œuvraient de concert – cas unique et exceptionnel dans l’histoire- pour apporter au monde un peu plus de lumière, un peu plus d’espérance dans un cadre de tolérance. 1992 marquera le cinquième centenaire de la brusque interruption de cette époque dont nous rêvons encore.

Sous l’effet du fanatisme et de l’intolérance, Juifs et Musulmans furent expulsés de la maison qu’ils avaient ensemble construite et habitée. Après cinq siècles, les blessures de l’expulsion on eu le temps de guérir et, ensemble, nous avons pu démonter que l’esprit ne meurt pas. Et parce que Nous, le Comité Juif International Sépharade 92, Juifs, car cette odyssée spirituelle appartient au patrimoine juif, sépharades et ashkénazes, souhaitons donner un tour positif à l’histoire, à la nôtre, en ce seuil positif à l’histoire, à la nôtre, en ce seuil du 21e siècle. Il faut que 1992 ne soit pas seulement le rappel – légitime- de la tragédie passée, mais l’occasion de reconnaître et faire reconnaître de par le monde le message des huit siècles, précédents : celui de la Tolérance – comme forme souhaitable de civilisation pour l’Humanité, comme formule de progrès dans le devenir des peuples. En revenant à notre message qui initie son parcours à partir de 1492, celui-ci est dirigé particulièrement à la société espagnole, mais aussi à l’opinion publique mondiale sur la centralité de la contribution juive à la reconstitution des valeurs spirituelles culturelles et morales, à la futilité de tout exercice de fanatisme collectif. C’est l’inébranlable relation entre le Passé du Peuple Juif et son Présent, la force de la Mémoire Historique qui force la symbiose entre le Peuple Juif et la culture avec Majuscule.

Mr Felipe Gonzales nous a assuré, lors de l’audience qui suivit, de l’appui inconditionnel de son gouvernement, tant à notre message qu’à notre programme. A cet égard, notre Comité International, composé par les principales organisations juives, américaines et européennes, a constitué un réseau de Comités en Amérique, Nord et Sud, en Espagne, en Israël, en Turquie, en Hollande, au Maroc, en France, formés à leur tour par des Commissions de travail dont l’une, obligatoirement académique, compte parmi ses membres de remarquables historiens, philosophes et chercheurs dont le but est de rechercher la voie du dialogue culturel, scientifique, avec leurs collègues chrétiens et musulmans.
Nous préparons avec le Smithsontan, Institution de Washington, une exposition Mondiale Itinérante. Nous projetons la réouverture de l’École des Traducteurs de Tolède où la symbiose culturelle pourra se faire en établissant des instituts culturels correspondant en France, à Jérusalem, à Fez, au Caire et à Istanbul. Des restaurations d’anciens quartiers juifs sont prévues à Tolède, Gerone, Séville, où un Monument à la Tolérance, œuvre du sculpteur Chilida, sera érigé ainsi qu’un musée de l’apport juif à la découverte du Nouveau Monde. Un fac similé de la Bible d’Albe, qui date de 1422 sera édité grâce au Président de la Fondation Amis de Sefarad, le Duc d’Albe, qui a volontairement et immédiatement adhéré à notre message.
L’Espagne entière connaîtra en 1992 la dimension juive de ce Cinquième Centenaire et, ce soir, j’ose espérer qu’à travers vous tous, notre message sera transmis à vos pays respectifs. Nous savons, je sais, que le chemin à parcourir est long mais aussi du fond de mes racines juives, qu’il est important et que ces paroles d’Israël Bal Shem Tov m’aident chaque matin : « l’oubli mène à l’exil tandis que la mémoire est le secret de la Rédemption, de notre Rédemption.
Mauricio Hatchwell Toledano

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