Visitez notre NOUVEAU portail >>> Accueil - sefarad.org

Être séfarade 500 ans après

    MENU    
SEFARAD.org
Los Muestros

Être séfarade 500 ans après


Henry Méchoulan

Être séfarade 500 après…Dans le cadre de notre dossier sur l’Espagne, et en fonction de ce cinquième centenaire, tel est le thème que nous avons choisi de développer. Nous avons demandé à plusieurs personnes de nous livrer, en quelques lignes, leurs réflexions.

« Qu’ont fait pour nous tous les peuples de la terre, en comparaison de ce que nous devons aux Juifs ? »
Alors que l’on commence déjà à commémorer – c’est-à-dire à se remémorer- l’expulsion des Juifs d’Espagne il y a 500 ans, et à pleurer les victimes de l’intolérance des Rois catholiques, quelles réflexions une telle tragédie peut-elle éveiller chez un des lointains fils de Séfarad ? Que signifie être séfarade aujourd’hui ?
Plusieurs réponses se bousculeraient si l’une d’elle ne s’imposait immédiatement : être séfarade, c’est être Juif. Évidence, truisme, voire. Dans les chambres à gaz et dans les crématoires des camps de la mort, rien ne distinguait les séfarades des autres juifs. Il y a primat de la Shoah sur l’expulsion, même si celle-ci est à l’origine de drames horribles, comme les massacres du Portugal en 1497.
Il y a des degrés dans le malheur : nous sommes encore les contemporains de l’horreur absolue. Mais les cendres ne doivent pas faire oublier le miel, comme l’a si bien dit Henriette Asséo. Il fut infiniment doux ce miel, comme les sourires toujours attendris d’une grand-mère qui réservait le djydio, la langue de cœur, pour dire le traditionnel et l’important.
Absentes aujourd’hui, elles ne m’ont pas quitté ; elles sont là pour aider à transmettre cette précieuse et inestimable chaleur aux enfants, pour tenter de leur léguer l’amour, la douceur, la confiance qui rayonnait de ce monde ensoleillé. Être séfarade, c’est essayer de réécrire, sans jamais pouvoir le faire, « Le Livre de ma mère » d’Albert Cohen.
Mais ces émotions ne doivent pas borner notre reconnaissance séfarade. Est séfarade celui qui revendique « L’héritage juif espagnol dans le domaine culturel ». Cette définition devrait couper court aux discussions oiseuses dont certains se repaissent et qui veulent nous faire croire que le seul attachement au rite portugais suffit à faire d’un homme, qui n’a jamais entendu parler de l’Espagne, un séfarade.
Cette assertion est une démarche réductrice qui confère à la seule liturgie un étrange pouvoir magique que l’historien ne peut admettre, puisqu’il sait que, pour ténu qu’il fut, le fil ne se rompit jamais au long des siècles entre l’Espagne et les descendants des exilés.
Les séfarades doivent retrouver dans la spécificité de leur culture ce qui fit sa grandeur : un fabuleux patrimoine. Nous y puisons les vertus du dialogue, de la tolérance, de la reconnaissance de l’autre. Ainsi, devrait se prévaloir du qualitatif séfarade celui qui aujourd’hui ne brandit pas sa différence comme un défi culturel et politique stérile et stupide, mais trouve dans l’étude des gloires de Séfarad ce qui unit les hommes.
Ibn Paquda, Maïmonide sont en excellente compagnie avec le Maharal de Prague et Moïse Mendelssohn.
Être séfarade, aujourd’hui, c’est être fidèle à un passé savant et tolérant, c’est faire en sorte que se pose à nouveau dans le monde non juif la question du marquis de Custine : « qu’ont fait pour nous tous les peuples de la terre, en comparaison de ce que nous devons aux Juifs ? »

Directeur de Recherche au CNRS, Henry Méchoulan est docteur en lettres, docteur de l’Université de Salamanque, membre correspondant de l’Académie royale des Sciences morales et politiques d’Espagne.
Auteur fécond, quelques extraits de son dernier ouvrage « Etre Juif à Amsterdam au temps de Spinoza » ont été publiés dans Los Muestros N° 5. Henry Méchoulan a dirigé le livre de Sepharad 92. « Les Juifs d’Espagne, histoire d’une Diaspora 1492-1992 »

- Copyright © sefarad.org - 1997 - 2012

Retour au Site sefarad.org