L'Espagne et les Sépharades. Moise Rahmani
Il y a un an, l’Organisation des Nations Unies décidait, malgré l’opposition des pays arabes, de déclarer le 27 janvier le jour de la commémoration de la Shoah et de la prévention des crimes contre l’humanité.
Pour la première fois le monde allait se souvenir. Pour la première fois, le monde devait se souvenir.
Cette année, un pays, l’Espagne, a décidé d’organiser une série de commémorations officielles. L’Espagne et non la communauté juive espagnole.
En 1992, la réconciliation entamée quelques années avant, voyait son aboutissement avec la visite que le Roi Juan Carlos et la Reine Sofia rendirent à la Synagogue de Madrid.
Pour la première fois depuis cinq siècles, retentissait sur le sol espagnol, la bénédiction pour le roi. Le dernier à l’avoir prononcée fut Abraham Senior. Le Haham Gaon pleura en donnant cette beraha, cette bénédiction.
Cette réconciliation se scelle davantage encore aujourd’hui car l’Espagne s’est singularisée lors de cette commémoration de la Shoah.
Ces manifestations ont débuté le 23 janvier avec la présentation de l’ouvrage de Georges Bensoussan «Histoire de la Shoah » Le lendemain une journée d’études, suivie par des dizaines d’enseignants, « Enseigner la Shoah et comment l’enseigner en Espagne ».
Le soir, « Les Sefardim et la Shoah » sur le tribut payé par les Séfarades à la barbarie nazie. Le « violoniste d’Auschwitz », Jacques Stroumza, déporté de Salonique était présent.
Le 25, un hommage aux victimes de l’Holocauste était rendu par les descendants des exilés espagnols en collaboration avec le Ministère de la Culture.
Le 26, un solennel rappel de mémoire était rendu par l’Association Dialogue Européen, au siège du Parlement européen à Madrid. Plusieurs leaders politiques espagnols y participèrent.
Le soir du 26, dans la prestigieuse aula de la non moins prestigieuse Université Computense de Madrid, un acte officiel était posé par le Gouvernement espagnol.
Environ cinq cents participants, dont le gratin des mondes politiques, économiques et intellectuels du pays, soixante ambassadeurs (les représentants des pays arabo-musulmans se sont trouvés un empêchement diplomatique) et, comptés sur les doigts de la main, quelques invités juifs de l’étranger dont votre serviteur.
Placée sous le haut patronage des souverains espagnols, le Premier ministre, le Ministre des Affaires étrangères, ceux de la Justice, de la Culture et de l’Education avaient organisé cette cérémonie digne et sobre.
A la surprise générale, le Roi Juan Carlos et la Reine Sofia, décidèrent, quelques jours avant, d’honorer de leur présence cette soirée à laquelle – événement rare pour être mentionné – assistaient également et le Premier Ministre Zapatero et sa Vice premier ministre (par mesure de sécurité les deux ne sont participent presque jamais ensemble à des cérémonies).
Je ne crois pas avoir jamais entendu ailleurs les plus hauts personnages de l’Etat : le chef de l’Etat et son chef du gouvernement, délivrer chacun un discours. C’est ce qui s’est passé dans cette Sefarad qui nous est chère car le Roi ne s’est pas contenté d’une présence passive ; il a tenu à prendre la parole. Au-delà du simple discours compassé de circonstances, Juan Carlos a évoqué, en termes émouvants, le martyre de ces millions de femmes, d’hommes et d’enfants, assassinés dans les camps parce que juifs. Il a également tenu à rappeler la présence juive en Sefarad et a rappelé son inoubliable visite, en 1992, avec la reine Sofia, à la synagogue Beth Yaakov de Madrid.
A plusieurs reprises, le mot « Shoah» a émaillé son propos et il a terminé son allocution en saluant affectueusement les rescapés, les familles des victimes et, s’est adressé, de manière particulière, à l’ensemble de la communauté juive en terminant par un vibrant Shalom.
Un moment fort fut l’interprétation, par Jacques Stroumza, le « violoniste d’Auschwitz », droit malgré son âge, qui a tiré de son violon les notes d’Eli, Eli, arrachant des larmes à l’assistance tout comme le El Malé Rahamim pleuré par le Grand Rabbin d’Espagne.
Un chant gitan rappelait aussi la souffrance de nos frères d’infortune, les Roms.
J’ai été heureux, non seulement de l’honneur qui m’a été fait et, au-delà de ma personne, rendu à la diaspora séfarade, mais de voir que les dirigeants de cette « tiera de Sefarad » chère à nos yeux n’avaient pas oublié ses fils et pleuraient avec eux.
Des manifestations ont lieu également le 27 avec le rappel des Justes dont Giorgio Perlasca, employé de l’Ambassade d’Espagne à Budapest qui, de sa propre initiative et bien qu’italien s’était fait passer pour le représentant officiel de l’Espagne de Franco et qui fut couvert tant par le ministère à Madrid que l’ancien ambassadeur à Budapest en poste à Berne. L’histoire de Perlasca ne fut connue que quelques années avant sa mort. Son fils a rappelé sa mémoire et un des Juifs qu’il sauva, Jaime Vándor, actuel titulaire d’une chaire à l’Université de Barcelone évoqua ses souvenirs.
Le 28, un documentaire sur l’Holocauste a été présenté dans les locaux de la communauté juive.
Le 7 février se conclura cette série de manifestation avec, pour la septième fois, bien avant donc la décision des Nations-Unies, une cérémonie de souvenir organisée par l’Assemblée et le gouvernement régional de la Communauté autonome madrilène.
Ce qui frappe c’est que l’Espagne, dirigée Franco, était neutre bien que le Caudillo qui tenait le nazisme en haute estime (n’oublions pas que ce fut l’Allemagne nazie qui lui permit de réussir son coup d’état !) et ne nourrissait pas, semble-t-il, de forts sentiments philo sémites, ouvrit ses portes aux réfugiés juifs.
Franco décida également, dès 1942, la création d’un Institut d’études Sépharades, l’Instituto Arias Montana.
Il ne faut pas oublier aussi, que l’Espagne franquiste aida les Séfardim des pays arabes, en butte aux persécutions et chassés de leur pays en accordant asile et nationalité aux Juifs qui parlaient judéo-espagnols (et à d’autres) arguant qu’ils descendaient des Juifs expulsés en 1492, et que l’Espagne de Juan Carlos recueillit les Sépharades durant la guerre qui ensanglanta Sarajevo dans les années quatre vingt dix.
L’Espagne s’est décidément bien réconciliée avec les Sépharades, ces « Españols sin patria » ces Espagnols qui étaient sans patrie.
Moise Rahmani
Spain and the Sephardim
A year ago, despite opposition from Arab countries, the UN decided to proclaim the 27th January a memorial day for the Holocaust and the prevention of crimes against humanity.
For the first time, the whole world would remember. For the first time, the whole world had to remember.
This year, one country, Spain resolved to run a series of official commemorative events - Spain and the Spanish Jewish community.
In 1992 moves towards reconciliation a few years earlier culminated in the visit by King Juan Carlos and Queen Sofia to the Madrid Synagogue. For the first time in five centuries there echoed on Spanish soil the prayer for the King and Royal family. The last person to have uttered it had been Abraham Senior. Haham Gaon wept as he pronounced this blessing, this beraha.
Reconciliation has been cemented further because Spain has stood out in its commemoration of the Shoah. The comme-morative programme began on the 23rd January with a presentation of the work 'History of the Shoah' by Georges Bensoussan. The next day there was a seminar for dozens of teachers on 'Teaching the Holocaust and how to teach it in Spain'. In the evening, The Sephardim and the Holocaust' - about the price exacted by Nazi barbarism from the Sephardim. On the 25th, a tribute to the victims of the Holocaust was paid by the descendants of Spanish exiles in cooperation with the Ministry of Culture.
On the 26th, a solemn act of remembrance was performed by the Association for European Dialogue in the offices of the European Parliament in Madrid.
Several political leaders took part. On the evening of the 26th, in the prestigious hall of the no less prestigious Computense University in Madrid, the Spanish government put on the official proceedings.
Around 500 participants, including the cream of the political, economic and intellectual worlds, 60 ambassadors - the representatives of the Arab-Muslim states having found a diplomatic excuse - and, counted on the fingers of one hand, a few Jewish guests from abroad, among them the undersigned.
Under the noble auspices of the Spanish royals, the Prime Minister, the Ministers of Justice, Culture and Education, had organised this dignified and solemn ceremony. To everyone's surprise, King Juan Carlos and Queen Sofia decided a few days earlier to honour the evening with their presence. It was remarkable that both the Prime Minister and his deputy were present, as for security reasons they hardly ever attend events together.
Besides, I have never heard the highest figures in the land - the Head of State and his Head of government - each deliver a speech. This is what happened in this dear Sefarad of ours - for the King was not content to take a back seat. He insisted on making a speech. Juan Carlos went beyond the simple formal speech befitting the occasion to evoke in moving terms the martyrdom of millions of women, men and children, murdered in the camps for being Jewish. He also insisted on recalling the Jewish presence in Sefarad and his unforgettable visit, with Queen Sofia, to the Beth Yaakov synagogue in Madrid.
On several occasions the word Shoah punctuated his speech and he finished off by saluting the survivors, the victims' families, and reserving for the Jewish community as a whole a vibrant 'Shalom'.
A poignant moment was the performance by Jacques Stroumza, the 'violinist of Auschwitz', ramrod-straight in spite of his age, who, as he plucked from his violin the notes of 'Eli, Eli', tore the tears from his audience. The chief rabbi of Spain did likewise with El Maleh Rahamim. A gypsy song recalled the suffering of our fellow victims, the Roma.
Not only because of the honour bestowed on me personally and on the wider Sephardi diaspora, I was happy to see that the leaders of this 'tiera de Sefarad' we hold dear had not forgotten its sons and were weeping with them.
Among other events on the 27th, was the Roll-call of the Just. One such was Giorgio Perlasca, who worked at the Spanish embassy in Budapest. On his own initiative and in spite of being Italian, Perlasca passed himself off as the official representative of Franco's Spain, a cover maintained by the ministry in Madrid as well as the ex-ambassador in Budapest who was posted to Berne. Perlasca's story only came to light a few years before his death.
His son rekindled his memory, and one of the Jews he saved, Jaime Vandor, who currently holds a chair at the university of Barcelona, recounted his memories.
On the 28th a documentary on the Holocaust was shown at the Jewish community centre.
On the 7th February the series of events ended for the 7th time with a memorial ceremony, considerably older than the UN decision, and organised by the Assembly and the regional government of the autonomous Madrid Community.
What is striking is that Spain, led by Franco, was neutral even though the Caudillo held Nazism in high esteem - and let us not forget that Nazi Germany's support enabled his coup d'etat to succeed - and did not nurture any strong philosemitic sentiments. Nevertheless, Spain opened its doors to the Jewish refugees. Franco also decided to create, as from 1942, an Institute of Sephardic studies, the Instituto Arias Montana.
Neither must one forget that Franco's Spain helped the persecuted and expelled Sephardim from Arab countries by giving asylum and Spanish nationality to Jews who spoke Judeo-Spanish, and to others, arguing that they descended from Jews expelled in 1492. And Juan Carlos’s welcomed in Sephardim during Sarajevo's bloody war in the 1990s.
Spain has really done much to reconcile itself to Sephardim, these Spaniards 'sin patria' - without a homeland.
Traduit en anglais par Lyn Julius
Espanya i los Sefaradim
Un anyo atras, la Organizasion de las Nasiones Unidas desidiya, malgrado la opozision de los payizes arabos, de deklarar el 27 de enero komo el diya de la komemorasion de la Shoa i de la prevension de los krimenes kontra la Umanidad.
Por la primera ves, el mundo iva a akodrarse. Por la primera ves, el mundo deviya akodrarse.
Este anyo, un payis, la Espanya, desidio de organizar una sira de komemorasiones ofisiales. Espanya i no la komunidad djudiya espanyola .
En 1492,la rekonsiliasion empesada unos kuantos anyos antes, se kumpliya kon la vijita ke el Rey Juan Carlos i la Reina Sofiya dieron a la Sinagoga de Madrid.
Por la primera ves dezde sinko siglos, sonava en la tierra espanyola, la beraha para el Rey. El ultimo ke la pronunsio fue Abraham Senyor. El Haham Gaon yoro kuando dio esta beraha, esta bendision.
Akeya rekonsiliasion se apreta mas oy porke Espanya se singularizo en esta komemorasion de la Shoa.
Akeyas manifestasiones empesaron el 23 de enero kon la prezentasion del livro de Georges Bensoussan « Histoire de la Shoah »
A la manyana, un diya de estudios, segida por dezenas de ensenyantes, « Ensenyar la Shoa i komo ensenyarla en Espanya ».
A la noche, « Los Sefaradim i sus piedritas en la Shoah ».
El violonisto de Auschwitz , Jacques Strumza, deportado de Selanik, estava prezente.
El 25, desendientes de egzilados espanyoles kolaboraron kon el Ministerio de la Kultura para omenajear las viktimas del Olokausto..
El 26, la Asosiasion Dialogo Evropeo dava una empozante seremoniya memorial en la sala del Parlamento Evropeo en Madrid. Varios lideres politikos partisiparon.
A la noche del 26 , en la prestijioza aula de la no manko prestijioza Universidad Komplutense de Madrid, el Governo Espanyol pasava a un Akto ofisial
Alrededor de quinientos partisipantes, i entre eyos la krema de los mundos politiko, ekonomiko i entelektual del payis, sesenta embashadores (los reprezentantes de los payizes arabo-muzulmanos se toparon un impedimiento diplomatiko), i kontados en los dedos de la mano unos kuantos konvidados djudios del Estranjero entre los kuales, vuestro servidor.
Basho la otoridad de los Reyes espanyoles, el Primer Ministro, el Ministro de los Echos Estranjeros i los de la Djustisia de la Kultura i d la Edukasion, aviyan organizado esta seremoniya dinya i amezurada .
No kreo nunka aver sintido en otro lugar, las personas mas altas del Estado , el kapo del Estado i el kapo del Governo , dar kada uno i uno un diskurso. Es lo ke afito en esta Sefarad ke keremos tanto, porke el Rey no se kontento de asistir, el tambien kijo tomar la palavra. Mas aya del diskurso klasiko de sirkonstansia, Juan Carlos evoko kon palavras muy esmovientes el martirio de akeyos miliones de mujeres, de ombres i de kriyaturas asasinados en los kampos por ser djudios. Tambien kijo rekodrar la prezensia djudiya en Sefarad i rekodro su inolvidavle vijita, en 1992, kon la reina Sofia, a la sinagoga Bet Yaakov de Madrid.
Repetidas vezes, el biervo Shoa sono en su diskurso i eskapo su alokusion saludando karinyozamente los resfuyidos, las famiyas de las viktimas , i se adreso muy partikolarmente al kondjunto de la komunidad djudiya kon un ardiente Shalom.
Muy ezmoviente fue el momento en ke Jacques Stroumza, el violonisto de Auschwitz,derecho malgra-do su edad,interpreto i travo de su violon las notas de Eli, Eli ,arrankando lagrimas de todos los prezentes. Lo mizmo ,kuando el Gran Rabino de Espanya hazaneando El Male Rahamim , yoro.
Un kanto zingano rekodro tambien las sufriensas de muestros ermanos de afriision, los Romes.
Fui muy felis, no solo del kavod ke me dieron i , fuera de mi persona, de la onor dada a la diaspora sefaradiya, ama de ver ke los dirijentes desta «Tierra de Sefarad» tan kerida de mozotros , no se aviyan olvidado de sus ijos i yoravan kon eyos .
Uvo tambien manifestasiones el 27 para rekodrar los Djustos, i entre eyos Giorgio Perlasca, empiegado de la Embashada espanyola en Budapest ke solo tomo la inisiativa , malgrado su nasionalidad italiana , de azerse pasar por el reprezentante ofisial de la Espanya de Franco i ke fue mamparado tanto por el minisferio de Madrid, komo por el embashador anterior de Budapest, entonses en funsion en Berna.
La istoria de Perlasca fue konosida solo unos kuantos anyos antes ke muriera. Su ijo lo rekodro i uno de los Djudios salvados por el, Jaime Vándor, oy katedratiko en la Universidad de Barselona, evoko sus rekodros.
El 28, un filmo-dokumento sovre el Olokausto fue prezentado en la fragua de la komunidad djudiya.
El 7 de febrero se akavara esta sira de manifestasiones kon, por la sietena ves, muncho dunke antes de la desizion de las Nasiones Unidas, una seremoniya del rekodro organizada por la Asamblea i el Governo rejional de la Komunidad otonoma de Madrid.
Lo ke yama el tino es ke la Espanya dirijida por Franco, era neutra, malgrado ke el Caudillo estimava muncho el nazismo ( no olvidemos ke reusho su golpe de estado grasias a la Alemanya nazista) i no teniya fuertes sentimientos filosemitas, avriyo sus puertas a los resfuyidos djudios.
Franco desidio tambien, ya en 1942, ke se kreara un Instituto de Estudios Sefarades , el Instituto Arias Montano kon su revista de alto nivel Sefarad .
Tambien kale akodrarse de ke Franco ayudo los Djudios de los payizes arabos , persegidos i echados de sus payis, akordando abrigo i nasionalidad a los Djudios ke avlavan djudeo-espanyol ( i a otros) argumentando ke eran desendientes de los Djudios ekspulsados en 1492, i ke Espania akojio los Sefaradim durante la gerra ke sangreteo Sarayevo en los anyos 90.
Espanya dechididamente se apaziguo kon los Sefaradim, akeyos « Españoles sin patria » akeyos espanyoles » ke no teniyan patriya.
Traduction Judéo-espagnole
Häim Vidal Sephiha
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