To be a Sephardi today
Ser Sefaradi oy. Moïse Rahmani
Je tente, au fil des années, de débroussailler le terrain en donnant un aperçu, rapide et lacunaire du monde sépharade tel qu’il se présente. Mais il est important, pour le lecteur, qui ne s’est pas nourri de cette culture si vivifiante et qui me fait l’amitié de me suivre depuis près de quinze ans de comprendre ce que veut dire être sépharade aujourd’hui.
Chacun a, bien entendu, sa propre vision. Laissez-moi vous livrer la mienne, évidemment lacunaire.
Être sépharade aujourd'hui, c'est avoir le soleil en soi. Il nous materne tous mais, pour le sépharade, il revêt une sensibilité particulière. C'est le soleil emporté, pour beaucoup d'entre nous, de cette Espagne qui fut et nous est encore chère, soleil enrichi de celui de l'Empire ottoman, additionné d'une touche de celui qui illumine les Balkans, berce la Grèce, caresse l'Italie ; il s’ennoblit par celui d'Israël vers lequel convergent nos regards et nos cœurs.
Être sépharade aujourd’hui, c'est porter en soi un peu de cette péninsule ibérique qui, à un moment funeste de son histoire, n'a plus voulu de nous. C'est remplacer le souvenir douloureux de Ferdinand et d'Isabelle par celui, plus ancien, d’Alphonse VI l'empereur des trois religions.
Être sépharade aujourd'hui c'est avoir en soi cette hildageria, cette noblesse chevaleresque qui fait le charme de cette Tiera de Sefarad toujours chère à nos âmes et que cinq siècles d'absence n'ont pas altéré dans notre mémoire collective. Comme l’affirmait un notable stamboulite à un notable salonicien : « chaque Sépharade est un prince », mais sans jamais oublier qu’être prince n’octroie que le droit de servir. Il crée des devoirs et si parfois le Sépharade regarde de haut son semblable c’est pour mieux l’aider à se relever.
Être sépharade aujourd'hui, c'est maintenir cette langue, seul trésor emporté en 1492. C'est encore la parler et l'enrichir comme toute langue vivante, en hispanisant des mots autres.
Être sépharade aujourd'hui, c'est tenter d'être, comme nos aïeux, un pont entre les civilisations. Nos ancêtres de l'École des Traducteurs de Tolède ne furent-ils pas le trait d’union entre les civilisations latine et arabe apportant à l’une et à l’autre la connaissance et le savoir ?
Être sépharade aujourd’hui, c'est se souvenir, sans en tirer gloriole, que nos grands poètes et nos grands penseurs, issus de cette terre dont ils ont vanté la douceur, ont contribué à sa grandeur. C’est essayer de suivre, à notre mesure, leurs traces.
Être sépharade aujourd'hui, c'est savoir se pencher pour mieux écouter l'autre. C'est lui prêter une oreille compatissante et sincère, c'est essayer, toujours, de ne jamais rendre le mal pour le mal sans tolérer l'injustice ni la méchanceté. C'est défendre le faible et l'opprimé et protéger la veuve et l'orphelin.
Être sépharade aujourd'hui, c'est vibrer pour son histoire, c'est transmettre sa culture, c'est s'affirmer universel.
Être sépharade aujourd'hui, c’est avoir le sens de la fête et pouvoir la faire, même avec un rien. C’est saisir toute circonstance et provoquer toute occasion de fêter ce qu’on veut, quand on veut, où l’on veut. Pour le seul plaisir, le sien et celui de l’autre.
Être sépharade aujourd'hui, c'est avoir la joie de vivre chevillée au corps et louer D.ieu en ponctuant chaque phrase d’un be ezrat Hachem, grâce à D.ieu, si kyere el D.yo, Mach’Allah en hébreu, en français, en arabe ou en judéo-espagnol. Même pour l’agnostique ou l’athée.
Être sépharade aujourd'hui, c’est avoir le sens du partage et de l’honneur. C’est s’être abreuvé à une double, à une triple culture et l’avoir synthétisé en une particulière, la nôtre.
Être sépharade aujourd'hui, c’est être le sel qui donne le goût au pain. Les Chrétiens, sont la farine, les Musulmans le levain. Ou est-ce le contraire ? De cette union est né le pain. Les Sépharades, les Juifs sont le sel et le pain est devenu meilleur.
Être sépharade aujourd'hui, c'est être Juif, tout simplement.
Moïse Rahmani
To be a Sephardi today
Over the years I've been trying to beat a path through the jungle, to give a swift and superficial glimpse of the Sephardi world as it standsat the start of 2004. For those readers who have not been reared on a culture so invigorating and who have kindly followed me these 15 years, it is important to spell out what it means to be a Sephardi today.
Each has his own idea of course. Let me give you my less-than-perfect interpretation.
To be a Sephardi today is to have sunshine within. The sun mothers us all, but it has a soft spot for the Sephardi. It's the sun many took with us from Spain, which was and is so dear to us, made brighter still by the sun which glows on the Balkans, swaddles Greece, strokes Italy.
It is dignified by the sun of Israel to which our faces and hearts are drawn.
To be a Sephardi today is to carry within oneself a corner of the Iberian Peninsula, which at a dark moment of its history did not want usanymore. It is to substitute painful memories of Ferdinand and Isabella with a more ancient memory of Alfonso VI, the emperor of three religions.
To be a Sephardi today is to have within oneself that hidalgueria, that chivalrous nobility so attractive about the Tierra de Sepharad still dear to our souls. Five centuries of absence have not altered our memory of it. As one prominent 'stambouli' said to a prominent 'salonikli': every Sephardi is a prince. Never forget that being a prince grants you only the right to serve. It creates duties. If the Sephardi sometimes appears to be looking down on his neighbour it is only to help him rise to his level.
To be a Sephardi today is to preserve a language - the sole remaining treasure we brought with us in 1492. It is to speak it still and as with any other living language, enrich it by hispa-nicising words.
To be a Sephardi today is to be like our ancestors, a bridge between civilisations. Were our ancestors from the School of Translators in Toledo not the link between Latin and Arab civilisations, transmitting science and knowledge?
To be a Sephardi today is to remember without vanity that our great poets and thinkers, from a land whose gentleness they extolled, added to its glory. It is to trace their footsteps at our pace.
To be Sephardi today is to know how to bend, the better to listen. It's to lend a sympathetic and sincere ear. It is never to repay evil with evil or tolerate injustice and malice. It is to defend the weak and the oppressed and to protect the widow and the orphan.
To be a Sephardi today is to be moved by one's history, to transmit one's culture, to declare one's universality.
To be a Sephardi today is to have a sense of fun and to make a party out of nothing. It is to make a celebration at any time, for any reason, if, when and where one feels like it. Just to please oneself and one's neighbour.
To be a Sephardi is to have a great sense of joie-de-vivre and to praise God by punctuating each sentence with 'Be ezrat ha shem', 'thank God', 'si kyere el Dyo', 'Mashalla', in Hebrew, English, Arabic or Judeo-Spanish. Even agnostics and atheists do it.
To be a Sephardi today is to have a sense of sharing and honour. It is to have drunk from two or three cultures and to have synthesized them into a special one - ours.
To be a Sephardi today is to be the salt which gives the bread its taste. The Christians are the flour, the Muslims the yeast. Or is it the other way around? They blend together to make bread. The Sephardim, the Jews are the salt. The bread tastes better.
To be a Sephardi today is simply to be a Jew.
Traduction anglaise :
Lyn Juluis
Ser Sefaradi oy
A lo largo de los anyos vo esforsandome de espajar el terreno dando una idea global, rapida i superfisial del mundo sefaradi tal komo se prezenta en este empesijo de 2004. Ama es emportante para el meldador, ke no se kriyo kon esta kultura tan arrebiviente i ke me asigura de su amistad de seguirme dezde serka de kinze anyos para entender lo ke es un sefaradi oy.
Siguro ke kada uno i uno tiene su vizion propia. Deshadme darvos la miya i no sin guekos.
Ser sefaradi oy, es tener el sol en si. El mos meshe a todos, ma para el sefaradi, el viste una sensibili-dad partikolar. Es el sol yevado, para munchos de mozotros, de akeya Espanya, ke mos fue tan en-tranyavle , sol enrikesido por akel del Imperio Otomano, kon anyadidura del ke alumbra los Balkanes, meshe la Gresia, akarinya la Italia. I ke se ennovlese kon akel de Israel verso el kual van todas muestras miradas i muestros korasones.
Ser sefaradi oy, es yevar en si un poko de esta Peninsula Iberika ke, en un momento preto de su estoria, no mos kijo . Es reem-plasar el rekodro dolorozo de Fernando i Izabel por el, mas antiguo, de Alfonso VI el Emperador de las tres relijiones.
Ser sefaradi oy, es tener en si akeya idalgiya, akeya novlesa kavayereska ke da su enkanto a akeya Tierra de Sefarad siempre kerida de muestras almas i ke sinko siglos de absensia no dezmodra-ron en muestra memoria kolektiva. Ansina komo lo afirmava un givir estamboli a un givir salanekli : " Kada Sefaradi i safaradi, es un princhipe ", ama sin nunka olvidar ke el princhipe solo akorda el derecho de servir. El kriya doveres i si en vezes el Sefaradi mira kon altigueza a su semejante es para ayudarlo a abediguarse.
Ser sefaradi oy, es mantener akeya lingua, uniko trezoro yevado en 1492.Es kontinuar avlandola i enrikesiendola komo toda lingua biva, ispanizando biervos de otros.
Ser sefaradi oy, es provar de ser, komo muestros avot, un puente entre las sivilizasiones.I no fueron muestros avot de la Eskola de Trezladadores de Toledo akel atadero entre las sivilizasiones latina i araba , trayendo a kada una o una el konosimiento i la saviduriya ?
Ser sefaradi oy, es akodrarse, sin gaava, ke muestros grandes poetas, muestros grandes pensadores, nasidos en akeya tierra de la ke kantaron la dulsor, kontribuyeron a su grandor. Es provar de seguir, kon muestros modos i maneras, sus kaminos.
Ser sefaradi oy, es saver abokarse para mijor sintir al otro. Es atorgarle un oyido piyadozo i sinsero , es provar, siempre, de no responder por el mal a el mal sin tolerar indjustisia i maldad .Es defender el desfuersado i el oprimido i mamparar a la bivda o al guerfano.
Ser sefaradi oy, es vibrar para su estoria, es transmeter su kultura , es afirmarse universal.
Ser sefaradi oy, es tener el senso de la fiesta i saver azerla, mizmo kon una nada. Es aferrar kada akontesimiento i provokar toda okazion de festejar lo ke keramos, kuando keramos i ande keramos. Solo por plazer , para si mizmo o para el otro.
Ser sefaradi oy, es tener la alegriya enklavada en el puerpo i alavar al Dio akompanyando kada fraza de un be ezrat H'ashem, grâce à Dieu, si kiere el Dio, Mash Alla'h en ebreo, en franses, en arabo o en djudeo-espanyol. Mizmo para el agnostiko o el ateisto.
Ser sefaradi oy, es tener el senso del espartimiento i del kavod. Es aver bevido en dos, tres kulturas i averlas sintetizado en una partikolar, la muestra.
Ser sefaradi oy, es ser la sal ke da su savor al pan. Los Kristianos son la arina, los Muzulmanos el lievdo. O, puede ser, lo kontrario. De esta union nasio el pan.. Los Sefaradim, los Djudios son la sal i el pan se izo mijor.
Ser sefaradi oy, es semplemente ser Djudio .
Traduction Judéo-espagnole :
Haïm-Vidal Sephiha
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