Le ladino (Judéo-espagnol Calque) ne se parle pas
Haïm Vidal SEPHIHA
Le Judéo-espagnol.
Permanence de la langue espagnole dans les communautés séfarades après l'exil.
Le Ladino (Judéo-Espagnol Calque) ne se parle pas.
J’y consacre deux articles : 1) Introduction
2) Origine et sens du mot ladino
Introduction
Sources – Hispanophonie des Juifs espagnols
Chacun sait qu'en 1492 les Juifs refusant de se convertir au catholicisme furent expulsés d'Espagne. Ils se répandirent dans le bassin méditerranéen et conservèrent leur langue dans les communautés d'accueil où ils furent majoritaires. Tel fut le cas des territoires de l'ex-Empire Ottoman alors en formation; ainsi que de ceux du Maroc septentrional et plus tard, d'Oranie, terre d'accueil vers 1850 des Judéo-Espagnols du Maroc.
La langue emportée par ces Juifs espagnols était - à très peu de termes près - commune aux tenants des trois religions: Musulmans, Chrétiens et Juifs. Y domina surtout le castillan, alors langue de cour qu'Isabelle de Castille, imposait à son aragonais de mari, Ferdinand 13b.
Cette langue, il va de soi, possédait tous les traits de l'époque, ce qui me permet de dire à mes étudiants de philologie espagnole que je suis un musée vivant de la langue espagnole du XVème siècle (argument pédagogique qu’il faut ensuite nuancer). D'où, l'absence de jota, ce son rude de l'espagnol moderne, ainsi que le maintien des sons J (de Jean) et Ch (de cheval) auxquels, en Espagne, il se substitua vers la fin du XVIIème siècle; maintien aussi du son Z dans meza,’table', kaza, 'maison', etc., à côté de mesa et casa avec S dur en espagnol aujourd'hui.
Il faut noter ici que la graphie française de Don Quichotte correspond précisément, à la prononciation de l'époque, car si on avait prononcé alors Don Quijote avec la jota, on entendrait aujourd'hui sur nos ondes, *Don Quirote,comme on entend Mireille Gorbatchev, au lieu de Mikhail G., ou Rosé pour José.
Nous l' avons vu, la jota s'est substituée aux sons J et CH. de l'espagnol ancien, vers la fin du XVIIème siècle, bien après l'expulsion des Juifs. Ainsi, ijo, 'fils' au lieu de ikho (hijo,aujourd'hui),kacha ,'boîte, caisse' au lieu dekakha (caja, aujourd'hui).
Vers 162O
Formation du judéo-espagnol vernaculaire ou Djudezmo
C'est cette langue que nos Juifs espagnols ont conservée de part et d'autre du bassin méditerranéen, langue qui après force emprunts au turc et aux langues du Moyen-Orient donnera naissance, vers 162O ,au judéo-espagnol vernaculaire oudjudezmo ( judyo, djidyo, espanyoliko ou el espanyol muestro ) , alors qu'au Maroc après force emprunts à l'arabe, elle engendrera un judéo-espagnol vernaculaire dénomméhaketiya 2, laquelle, vers 1850, lors des migrations des Juifs de Tétouan vers l'Oranie, prendra le nom de tetauni, du nom de ce qui leur semblait être une nouvelle Jérusalem perdue. Telles sont les variétés du judéo-espagnol vernaculaire parlé et écrit à la fois, enfant des parlers d'Espagne communs aux trois religions, parlers qui se différencieront aussi selon les régions de la judéo-hispania.et deviendront leur identificateur ethnique 13.b.
En Espagne déjà, avant 1492, existait le Ladino
(judéo-espagnol calque), langue pédagogique et liturgique (non parlée)
A côté de ces derniers existait en Espagne déjà une langue non parlée qui résultait de la traduction mot à mot (faite par nos rabbins au Talmud Tora) à l'usage des enfants, qui apprenaient l'hébreu. Ce qui donnait une langue qui se voulait le miroir fidèle de l'hébreu à travers l'espagnol, en quelque sorte de l'hébreu habille d'espagnol et qu'on appela le plus souvent ladino ,dans ma terminologie, judéo-espagnol calque qu'il ne faut pas confondre avec le judéo-espagnol vernaculaire ou djudezmo , par antonomase ou convention.
Bien que trop souvent on appelle aussi, aujourd'hui ladino la langue parlée, c'est par convention et surtout par nécessité méthodologique, que j'ai adopté ce terme pour la modalité calque du judéo-espagnol, car, on le verra, il faut bien distinguer ces deux modalités quels que soient les noms qu'on leur donne, distinction dont on ne peut plus se passer comme en chimie on ne peut plus se passer du tableau périodique des éléments de Mendeleïev. Ne pas le faire aboutit au confusionnisme le plus total, celui des judéo-hispano logues amateurs.
Le Ladino langue liturgique de tous les Séfarades
Ce ladino 13d est commun aux Juifs du Maroc et du Moyen-Orient, mais aussi à ceux, hispanophones ou lusophones, de Hollande, à travers la fameuse bible de Ferrare de 1553 écrite en caractères latins (style gothique) destinée essentiellement aux marranes qui revenaient au judaïsme alors qu'ils ne parlaient pas judéo-espagnol, tous bien sûr étant séfardim, au sens étymologique du terme, car encore détenteurs d'une portion de la culture ibérique dont ils sont issus. En outre, à force d'être répété, ce ladino acquit, outre sa fonction pédagogique, une fonction liturgique. D'où, notre Haggadah de Pessah (récit de la sortie des Hébreux d'Égypte), qui commence ainsi :
Este pan de la afrisyon ke komyeron muestros padres en tyerra de Ayifto ... Este anyo aki, a el anyo el vinyén en tyerra de Israel, ijos forros ... etc. qui a bercé toute mon enfance.et que nous eussions traduit ainsi dans ma langue maternelle : Este es el pan de la afrisyon ke komyeron muestros padres en Ayifto... Este anyo estamos aki, al anyo ke vyene estaremos en tyerra de Israel, version bien plus proche, à quelques variantes près, du castillan moderne : Este es el pan de la aflicción que comieron nuestros padres en Egipto ... Este año estamos aquí, al año que viene estaremos en tierra de Israel.
Sans entrer dans trop de détails il faut dire ici que le judéo-espagnol ainsi abordé exige une étude de sa problématique 13c et e. On peut résumer celle-ci sous la forme d'un trinôme, qui engendre le tableau suivant :
Avant 1492 et 162O environ coexistent
L1-------------------------------------->LV/LT--------------------------------->L2
hébreu/araméen espagnols vernaculaires judéo-esp.calque (LADINO)
Après 1620 environ coexistent
L1------------------------------------>LV/LT------------------------------------>L2
hébreu/araméen judéo-es. Vernaculaire (djudezmo) judéo-esp.calque (ladino)
L'hébreu L1 est traduit mot à mot par LV/LT, langue vernaculaire ( LV, mère vers 1620, du djudezmo) et traduisante (LT) à la fois, pour donner L2, différente de LV/LT, le ladino ou de l'hébreu habille d'espagnol
Littératures judéo-espagnoles
a) écrites
C'est dire que la littérature judéo-espagnole peut également être divisée en vernaculaire et calque.
Bible , livres de prières et d'éthique connaîtront de multiples éditions en ladino tant en caractères hébreux qu'en caractères latins (notamment en Hollande et dans le Sud-Ouest de la France). Il faut citer ici le Pentateuque de Constantinople (1547) polyglotte13a et bien d'autres impressions qu'on trouvera dans le Catalogue d'Abraham Yaari12, mais surtout citer la fameuse biblia de ferrara, 1553, qui fut d'une importance considérable et a fait l'objet de multiples travaux dont on trouvera la liste dans mes thèses signalées dans la bibliographie 13, a et e .
Si nous nous en tenons aux chiffres du Salonicien, Michael Molho, auteur du livre Literatura sefardita de Oriente 1, entre 5OOO et 6OOO ouvrages furent écrits en judéo-espagnol (ladino et djudezmo confondus), mais à ce bilan doivent s'ajouter aujourd'hui près de 1000 titres découverts depuis lors. Tous ces textes doivent encore faire l'objet d'analyses consciencieuses pour les classer dans telle ou telle modalité, ladina, djudezma, voire ladinoïde (l'une et l'autre à la fois). La littérature en djudezmo(judéo-espagnol vernaculaire) sera également abondamment éditée, très souvent sous l'appellation ladino , mais avec le sens particulier de " langage clair ou profane ". Tel est le cas du meam loez, chef-d' œuvre de la littérature judéo-espagnole où le ladino est également présent.
Mecam locez
Etalée sur plusieurs siècles, toujours réimprimée, toujours lue et relue, cette œuvre immense enchanta et édifia les Séfarades d'Orient et d'Occident du XVIIIème siècle à nos jours. Conçue par Jacob Hulli vers 1730, elle se proposait de sortir les masses juives de l'ignorance dans laquelle les avaient plongées les crises du XVIIème siècle dues aux troubles provoqués par Sabbetay Tsvi, le faux prophète.
Il s'agissait pour Hulli d'utiliser un langage simple et clair et de recourir à des contes et des anecdotes, bien sûr aussi aux commentaires classiques pour atteindre le public moyen et l'inciter à se remettre à l'étude de la Bible selon une méthode qui descend tout droit de l'Espagne,enseñar deleitando, ‘enseigner par la joie' en quelque sorte.
Le premier volume, consacré au livre de la Genèse, parut à Istanbul en 1730 et eut un succès considérable qui encouragea l'auteur à se mettre au livre de l'Exode mais épuisé par l'entreprise, il mourut en 1732 au milieu de son travail.
Toutefois la voie fut montrée à ses successeurs qui, en une chaîne continue d'abord, puis discontinue, poursuivront son travail jusqu'en 1899 avec cependant, en 1908, à Jérusalem, la dernière édition du Cantique des Cantiques de Chaqui.
En fin de compte, nous nous trouvons en présence, comme le dit M.Molho, d'une " véritable encyclopédie populaire" , qui fera la joie des longues soirées d'hiver réunissant toute la famille autour du foyer, mais aussi celle des chercheurs qui complèteront ainsi leurs connaissances sur la vie, les us et les coutumes de nos Djudyos (Judéo-Espagnols).
Nous ne pouvons nous étendre ici sur ce sujet et l'ensemble des littératures écrites qui couvrent tous les genres, poésie, théâtre, presse, etc.13c.
Hispanophonie des Séfarades non-Judéo-espagnols
En Hollande et dans le Sud-ouest de la France, outre les textes en ladino, sont édités de nombreux textes en espagnol péninsulaire dont le catalogue reste encore à faire6 et 7. A Amsterdam parut même, en 1675 , le premier journal juif, La Gazeta de Amsterdam, écrit en un bel espagnol cervantin et non en ladino comme le prétend l'auteur de l'Encyclopaedia Judaicade 1971, t.13,pp.1023-1024) qui se paie de mots .
Dans ce groupe il faudrait également classer les œuvres en espagnol des Marranes11 ainsi que les textes recueillis de leur bouche aux procès inquisitoriaux3.
Il faudrait également parler de la presse judéo-espagnole qui fut illustrée dans toute la judéo-hispania et dans les points de chutes de ses émigrés, par près de 3OO titres dont il ne reste plus queLa Luz de Israel en Israel, Salom, à Istanbul, Aki Yerushalayimà Jérusalem et Vidas Largas à Paris, mais je ne puis m'étendre plus ici4 et 12b.
Le judéo-fragnol
C'est ici qu'apparaîtra - sous l'influence des écoles de l'Alliance Israélite Universelle (A.I.U.), née à Paris en 1860 - un nouvel état de langue le judéo-fragnol , produit d'une gallicisation galopante13c.
Recastillanisation
Au Maroc deux courants marqueront la haketiya :2 d'une part celui de l'Espagne toute proche (recastillanisation lente avec apparition de la jota dès la fin du XVIIIème) - d'autre part celui des école de l'A I.U (gallicisation), ce qui donne un judéo-fragnol recastillanisé.
b) Littératures orales
Outre ces littératures écrites , existe toute une littérature orale : refranes ,'proverbes'10 La mortaja no tyene aldikera,'le linceul n'a pas de poche', dit l'un d'eux- konsejas ,'contes'13d et romances ou romansas 9 , littérature orale , qui plonge ses racines dans le terroir espagnol et fait l'objet de passionnantes recherches13,d et f Du point de vue de l'histoire de la langue espagnole ( le ladino est plus archaïque que le djudezmo, qui l'est plus que le castillan moderne) , le judéo-espagnol présente un intérêt considérable . En outre, l’étude comparée des bibles espagnoles juives et chrétiennes est des plus enrichissantes.
On le voit l'étude de l'hispanophonie des Séfarades après l'expulsion et de leurs migrations doit nécessairement être pluridisciplinaire.
Que de veines encore à prospecter!
Mais, En 1945, après la saignée de la Choa ( 160.000 sur 360.OOO), les Judéo-espagnols traumatisés, paralysés, se comptèrent et essayèrent de se retrouver.
Tout semblait perdu.
C’était le désert ! Salonique, Mère en Israël, capitale de notre judéo-hispanité, ne répondait plus !
Un deuil immense s’installa dans les familles.
Cœurs, esprits et regards se tournaient vers l’immense cimetière sans sépultures de la Haute Silésie, qu’Henriette Asseo évoque si douloureusement :
Mon peuple
Mon peuple, vous ne le connaissez pas
Jadis l’exode du luxe
L’a décimé en mille nations
Mon peuple ne vous ressemble pas
Servitude de l’Alliance
En Dieu identifié
Mon peuple n’existe pas
Exil de la mémoire
Aux portes des camps.
Oui, exil de la mémoire aux portes des camps !
Et pourtant, les Judéo-espagnols se sont ressaisis.
La langue s’enseigne dans les Universités du monde entier.
La premier cours de judéo-espagnol est crée en 1967 à l’Inalco et transformé en Chaire en 1984. Colloques et rencontres se multiplient. Les judéo-espagnols à la recherche de leurs racines sont encore près de 300.000 dans le monde qui réapprennent leur langue et leur culture. Des associations se créent14.
En 1981 commencèrent mes émissions « Muestra Lingua» sur les ondes libres.
Alors aussi, les progrès s’accélérèrent. Les Chants judéo-espagnols mobilisaient toutes les nostalgies de notre identité en perdition. Disques et livres de plus en plus nombreux voyaient le jour.
Aujourd’hui ils réclament une dalle en judéo-espagnol auprès des 19 autres du Mémorial d’Auschwitz-Birkenau.
Le 1er juillet 1998, à Bruxelles, au Parlement Européen Nathan Weinstock et moi-même, présentions notre brochure Yiddish et Judéo-espagnol : Un héritage européen,éditée en français et en anglais par le Bureau Européen des Langues Moins Répandues15.
Ce fut une consécration, un nouveau départ et un atout pour notre renaissance.
Mais qu’en était-il de notre survie ?
Et Oh miracle ! La technologie moderne en devenait l’instrument.
Dans le déchaînement à la fois positif et négatif de l’Internet, apparaissaient de nombreuses langues minoritaires et plusieurs sites judéo-espagnols !
Ce sont là échanges et interrogations multiples et combien enrichissants !
J’y retrouve le principe même de nos ateliers mais à l’échelle planétaire.
De tous les coins du monde fusent des messages. Notre puzzle se reconstitue.
Tel est le bel avenir international que nous promet cette nouvelle technique !
Haïm Vidal SEPHIHA
(Chaire de judéo-espagnol Sorbonne Nouvelle – Inalco – Institut martin Buber)
Notes
1) Michael MOLHO, Literatura sefardita de Oriente, Madrid, CSIC, 1960.
2) José Benoliel , Dialecto judeo-hispano marroquí o Hakitía , ensemble d'articles difficilement accessibles et recueillis en un seul volume par R.Benazéraf, Madrid, 1977.
3) Michèle Escamilla-Colin, Crimes et châtiments dans l'Espagne inquisitoriale , Essai de typologie délictive et punitive sous le dernier Habsbourg et le premier Bourbon, Thèse d'Etat, Paris 1991, 4 vols. dactylographiés.
4) M.D.Gaon, A Bibliography of the Judeo-Spanish Press, Jérusalem, Institut Ben-Tsvi, 1965.
5) Sara Leibovici, Chroniques des Juifs de Tétouan (186O-1896) , Maisonneuve et Larose, Paris, 1984.
6) Henry Méchoulan , Amsterdam au temps de Spinoza - Argent et Liberté , Paris, PUF, 1990.
7) Gérard Nahon, Les "Nations" juives portugaises du Sud-Ouest de la France (1684-1791) - Documents, Fondation Calouste Gulbenkian, Paris 1981.
8) Joseph Néhama, Dictionnaire du judéo-espagnol, C.S.I.C. , Madrid, 1977.
9) Romancero judeoespañol , voir la série dirigée par Armistead et J.H Silverman , Fuentes para el estudio del romancero, serie sefardí (F.E.R.S.),Gredos, Madrid, 1977 et au-delà .
10) Enrique Saporta y Beja, Refranes de los Judíos Sefardíes, Ameller ed., Barcelona, 1978
11) Timothy Oelman, Marrano Poets of the Seventeenth Century, An Anthology of the Poetry of Joan Pinto Delgado, Antonio Enríquez Gómez, and Miguel de Barrios , Littman Library, Londres, 1982.
12) Abr.Yaari , Catalogue of Judaeo-Spanih Books in the Jewish National Library, University Press, Jerusalem, 1934.
13) Haïm Vidal Séphiha
a) Le ladino (judéo-espagnol calque) : "Deutéronome", versions de Constantinople (1547) et de Ferrare (1553).Edition, étude linguistique et lexique, Éditions Hispaniques (Sorbonne),1973.
b) L'agonie des Judéo-espagnols, éditions Entente, Collection "Minorités", Paris 1977, 1979 et 1991.
c) Le Judéo-espagnol, éditons Entente, Collection "langues en péril", Paris, 1986
d) Contes judéo-espagnols, Du miel au fiel, éditons Bibliophane, Paris 1991.
e) Le ladino (judéo-espagnol calque): Structure et évolution d'une langue liturgique, 2 vols de ma Thèse d'Etat soutenue en 1979, Editions Vidas Largas, Paris 1982.
f) "Portrait de la société judéo-espagnole à travers ses proverbes ou "Dis-moi tes proverbes, je te dirai qui tu es", in Richesse du Proverbe, vol.2, Typologie et fonction, Lille,1984, pp. 199 à 209.
14) Notamment l'Association Vidas Largas, pour la défense et la promotion de la langue et de la culture judéo-espagnoles, présidée par H.V.Séphiha : 37, rue Esquirol, 75013 Paris.
15) Nathan Weinstock et H.V. Sephiha, Yiddish et judéo-espagnol – Un héritage européen, Bureau Européen des Langues Moins Répandues, Bruxelles, 1997 dont il existe une version anglaise, Yiddish and Judeo-Spanish- A European Heritage , 41 pp.
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