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Les Juifs en Espagne ; des origines à l'Edit d'Expulsion : aperçu historique. 3ème partie
L'Expulsion et ses conséquences pour l'Espagne
Lorsque l'Edit est promulgué, un délai de quatre mois est laissé aux Juifs pour liquider leurs biens et affaires. Ferdinand d'Aragon prévoyait le désarroi dans lequel serait tombée l'économie espagnole.
En effet, les plus riches des Juifs, comme ils ne pouvaient sortir l'or et l'argent, avaient imaginé un autre moyen pour sauver leur fortune. C'était de l'échanger contre des letras de cambio, traites réalisables hors d'Espagne et qui allaient être dissimulées sous leurs vêtements. Malgré la difficulté de trouver à l'étranger des complices possédant des fonds suffisants, on évalue à 30 millions de ducats environ la contrevaleur de ce que les Juifs auraient sorti clandestinement d'Espagne. Les Juifs qui comptaient encore à la Cour des représentants puissants (Isaac Abravanel et Abraham Senior) tentèrent de faire abroger l'Edit ou d'obtenir une prorogation, mais seul, un baptême de dernière heure pouvait leur permettre de rester sur le sol de la mare patrie.
Au cours de semaines qui précédèrent l'exode, le clergé espagnol allait se livrer à une active propagande missionnaire souvent couronnée de succès.
D'après un témoin juif, Abraham Ben Salomon Ardutiel de nombreux Juifs, grands et petits et jusqu'aux rabbins restèrent dans la contrée préférant échanger leur loi contre celle du Dieu du pays... A leur tête se trouvait Abraham Senior, cité plus haut, rabbin de toutes les communautés espagnoles et trésorier des Rois Catholiques, et qui prendra le nom de Coronel
II ne faut pas exagérer ces concessions. D'après certaines sources, cinquante mille
personnes seulement préfèrent un conversion de dernière heure. Dix ans de terreur inquisitoriale avaient fait davantage pour raviver la foi juive que toutes les exhortations des rabbins des siècles passés; l'épreuve était comparée à la Sortie d'Égypte.
En ce qui concerne le nombre des Juifs exilés, les évaluations des historiens varient : il se situerait entre 170.000 et 400.000 (L'es-pagne de 1492 devait compter entre l et 2 millions de Juifs dont plus des deux tiers étaient marranes pour une population totale de 10 à 12 millions d'habitants ).
Quelle fut la réaction des Chrétiens à cet exode ?
Selon Bernaldez, chroniqueur à la Cour des Rois Catholiques et confesseur de Torque-mada, il n'y eut pas de chrétien qui ne les plaignit et tous les conviaient à se faire baptiser et quelques-uns le firent
Mais en fait, il semble bien que la grande majorité de la population chrétienne ne se soit pas beaucoup émue du départ des Juifs.
Les témoignages de l'époque sont rares. En effet, la terreur planait sur le pays et le sort des Juifs était un thème sur lequel il était préférable de ne pas s'appesantir. En 1496, Juan del Eneina, l'ancêtre du drame espagnol, écrivait dans un poème : On ne sait déjà plus dans ce royaume ce que c'est que les Juifs. Ceci semble exagéré surtout lorsque dans cette Espagne privée de ses Juifs, l'Inquisition redoutable d'activité et de sévérité envers les marranes qui prendront eux aussi les années suivantes, le chemin de l'exil.
Les conséquences de cet exil pour l'Espagne.
1. A peu près tous les historiens espagnols sont d'accord pour convenir que c'est
l'Inquisition qui a fait échec en Espagne à la révolution bourgeoise. Dans Historia social de Espana, on peut lire ceci :
Le manque de capitaux, surtout aggravé par l'expulsion des Juifs et par l'exode, empêcha l'industrialisation de progresser et d'autre part, le vide causé dans le domaine des grandes activités mercantiles par l'exode des capitaux, et l'expulsion des Juifs, se put être comblé par la population indigène.
Les Juifs partis, ils seront remplacés par des Génois, Vénitiens, Lombards, qui eux transféreront leurs bénéfices chez eux et appauvriront !'Espagne et les Espagnols (et cela malgré l'afflux des métaux précieux dû aux grandes découvertes).
2. L'expulsion des Juifs allait priver l'Espagne d'un véritable humanisme qui aurait pu enrichir la Renaissance européenne.
Comme le dit un historien •:
L'Espagne était le pays qui, avec les Arabes et les Juifs, ne connut point d'éclipse pendant le Moyen-âge et c'était elle, l'Espagne qui était préparée, mieux que l'Italie, infiniment mieux que la France, pour refaire de l'Europe un continent civilisé. Mais nous, notre propos sera de connaître ce que deviennent nos Juifs expulsés et dont l'histoire se poursuivra désormais hors d'Espagne.
. M. Renard, Université de Mons
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