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Sam Levy

 

Où se trouve donc ce Sepharad dont on parle tellement?

La péninsule ibérique n'a été appelée Sepharad, en hébreu, qu'à partir du huitième siècle de l'ère actuelle (Jewish Encyclopedy). Comment se peut-il que ce Sepharad dont parle le Prophète Ovadia puisse être l'­Espagne actuelle?

Ovadia nous a laissé à peine un texte - Hazon Ovadia — de 21 versets. Au vingtième verset, il dit, textuellement "Les exilés Sarepta et les déportés de Jérusalem qui habitent en Sepharad posséderont les villes du Negev".

 

De quels déportés, de quel exil s'agissait-il?

La date exacte à laquelle a vécu Ovadia n'est pas connue.

Par la lecture de son texte, nous pouvons toutefois admettre que ses paroles sont fondées sur des événements vécus par lui, ce qui nous donne une précieuse indication : il s'agissait certainement des déportés par Nabuchodonosor.

Était-il contemporain du prophète Jérémie? Dans ce cas, il faut croire à l'hypothèse, assez bien fondée comme on le verra ci-après, que le Sepharad d'Ovadia était la capitale de l'Empire lybien, Sardis, en Asie Mineure, capi­tale du fameux Crésus.

 

Il n'est pas à exclure que le prophète ait même assisté à la destruction du premier Temple et à la déportation des Juifs, non seulement dans l'­Empire de Babylone, mais aussi vers d'autres royaumes, vendus comme esclave, telle la Lybie.

 

Ce Sepharad a été en effet identifié comme étant la capitale de l'Empire lybien après la découverte, dans les excavations de Sardis effectuées par E. Littman en 1916 (H.E.), d'une in­scription bilingue (aramaico-grecque) dont le texte qui suit, en araméen, vient aussi d'être traduit :

"A cinq de Marheshvan, à la dixième année du règne d'Artaxerxes, dans la forteresse de Sepharad. Ceux-ci sont les lieux et la caverne funéraire, la muraille, le terrain et le vesdbule qui sont sur la chambre mortuaire. Celui-ci est son vestibule, de Mani. fils de Kumli; il appartient à cet endroit ou à la caverne mor­tuaire. Qui jamais les disperserait ou les fragmenterait, qu'Artemis de Koloe et celle d'Ephèse lui disperse et fragmente ses biens, terre et eau, et tout ce qui lui appartient".

 

Une autre inscription lybio-aramaïque, trouvée aussi à Sardis, confirme cette identification (Jew. Encycl.).

Le "Dictionnaire archéologique de la Bible" publié par la "Jérusalem Publishing House" dit textuellement : "Sepharad, ville vers laquelle furent déportés les habitants de Jérusalem, identifiée avec la ville de Sardis, capitale de la Lybie, en Asie Mineure. L'identification avec l'Espagne, préférée par les traducteurs araméens de la Bible, doit être rejetée".

Il est curieux de noter que la "Vulgate", en traduisant le texte d'­Ovadia, tombe en un étrange équivoque. Saint Jérôme, sans doute admirable, ne sachant pas où situer ce Sepharad et interprétant le mot hébreu "Bispharad" (Ve galut Yerushalayim asher Bispharad), et les déportés de Jérusalem se trouvant en Sepharad traduisant Bis­pharad par... Bosphorus.

Les traductions actuelles d'Ovadia, dans n'importe quelle langue, se limitent à répéter simplement ... Sepharad, sans prétendre la localiser géographiquement.

Nous sommes donc en présence de bons indices pour essayer de com­prendre la raison de l'existence d'une importante synagogue à Sardis.

Sardis se trouve à 85 kilomètres d'-Izmir (Smyrne) tout près de Salihli.

 

 

Une équipe d'archéologues de l'­Université de Harvard, qui y travaille encore, a découvert en 1962 une synagogue monumentale de style hellénistique, avec des dizaines de colonnes, gymnasium, piscine, etc. qui a été datée du deuxième siècle de l'ère actuelle.

Ovadia prédit deux événements importants qui se sont historiquement vérifiés : le châtiment des Edomites en 545 a. J.C. et le retour des déportés en Palestine avec ceux de Jérusalem qui habitent en Sepharad.

 

Cyrus, en guerre contre Babylone et la Lybie, bat Nabuchodonosor et Crésus, et par son édit de 536 A. J.C., autorise les Juifs à retourner en Terre Sainte et à reconstruire le deuxième Temple, de même que tous les Juifs de Perse qui ne retournèrent pas en Judée (Ezra lui-même, après avoir mis de l'ordre dans l'ensemble de la Thora, retourna en Perse où il mourut).

C'est un fait historique que Sardis et toute sa région furent totalement détruits par un grand tremblement de terre en l'an 17 de l'ère actuelle. C'était une ville riche en industries, privilégiée comme terminal de la fameuse "Voie Royale" qui liait l'­Extrême Orient aux côtes méditerranéennes d'Asie et d'Europe. Elle avait aussi sa fameuse rivière, le Pactole, où abondait l'or qui donna à Crésus ses richesses légendaires. Il est certain que la population de la région profitait aussi de ces avantages. La communauté juive y avait eu certainement sa ou ses synagogues depuis son arrivée à Sar­dis après la déportation de 587 A.J.C., jusqu'à la destruction de 17 Ap.J.C.

 

Il convient de rappeler que la population juive de Sardis augmenta vers la fin du ler siècle Av.J.C., quand Antiochos III, en guerre contre l'Egypte des Ptoléméens après avoir occupé une partie de la Terre Sainte (au temps de Juda Maccabée), se lança à la conquête de l'Asie Mineure. Antiochos jouissait alors de la confiance des Juifs qui lui avaient facilité l'entrée à Jérusalem contre Ptolémée.

Avant d'entreprendre sa campagne contre l'Asie Mineure et pour s'assurer la fidélité des populations, Antiochos installa 2.000 familles juives à Ephèse, à Pergamme et à Sardis.

Après la destruction de cette ville par le tremblement de terre de l'an 17, la population juive, riche et active et sous l'influence hellénistique, se fit construire ou adapter une splendide synagogue digne des plus beaux temples grecs. Les pièces transportables découvertes par les archéologues américains se trouvent au Musée de Magnésie (Manissa), capitale actuelle de la province, à petite distance de Salihli.

 

L'histoire de Sardis se perd dans le temps. Homère la cite dans l'Iliade. Elle passe par diverses phases jusqu'au 11e siècle, quand Tamerlan la détruisit totalement.

Fixer l'époque à laquelle la communauté juive disparut serait un sérieux motif d'investigation. De Tamerlan (11e siècle) à l'arrivée des Sephardis de la péninsule ibérique, en fin de 15e siècle, il y eut peut-être des Juifs originaires de Jérusalem vivant à Sardis.

En 1920 vivaient encore à Salihli et à Manissa quelques familles sephardites, celles-ci d'origine ibériques.

Malheureusement, il n'existe plus dans les archives de la communauté d'Izmir, que je consulte de temps à autre, aucun document qui nous proportionne un peu de lumière sur cette phase de la vie de notre peuple. Ce travail ne prétend pas, en aucune manière, enlever à la péninsule ibérique - à l'Espagne et au Portugal — le côté positif de l'histoire des Juifs installés dans la Sepharad contemporaine, d'autant plus qu'à la veille du cinquième centenaire, elle s'efforce d'évoquer objectivement la grande erreur de l'injustice commise en 1492. Il s'agit simplement d'essayer de donner aux jeunes étudiants et aux lecteurs en général d'aujourd'hui qui, dans leurs lectures, peuvent tomber sur Ovadia et qui n'entendent parler que du Sepharad espagnol, un éclaircissement possible sur ce point obscur de notre marche millénaire jusqu'au miraculeux retour en Israël de ce Sepahrad mentionné une seule et unique fois dans nos Saintes Écritures.

 

Sam Levy est le Vice-Président de la Com­munauté Juive de Lisbonne et membre du Comité Sefarad 92.

Né à Smyrne, Sam Levy descend d'une famille de Juifs portugais qui, depuis 16è siècle, a conservé sa nationalité lusitanienne. Durant la guerre civile d'Espagne. Sam Levy sauva la vie de 98 religieuses catholiques, un  épisode que Los Muestros se propose de raconter bientôt.

 

 

 

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