Lettre ouverte à Yasser ARAFAT : Prononcez le sésame.
Il y a bientôt un an qu'à débuté la seconde intifada. Son bilan se résume en un cortège de souffrances, de blessés, de morts ainsi qu'en une situation économique de plus en plus précaire pour les parties en cause, palestinienne et israélienne.
Le bref recul du temps dont nous disposons et les documents portés entre-temps à notre connaissance démontrent que l'origine du drame actuel se situe dans l'échec des pourparlers de Camp David II, en juillet 2000 puis de Taba deux mois plus tard.
Pourtant à Camp David, Ehud Barak, alors Premier ministre d'Israël, a consenti des concessions qui constituaient une réelle ouverture. En effet, ces dernières rejoignaient vos revendications : création de l' Etat de Palestine sur 97 % des territoires épousant le tracé des limites territoriales de 1967. Un échange de terre portant sur les 3 % restant permettait d'atteindre les 100 %. Une souveraineté partagée sur la ville de Jérusalem. Un démantèlement d'un grand nombre de d'implantations, etc… etc…
Votre refus a provoqué un véritable séisme en Israël, notamment et surtout dans la gauche libérale dont l'orientation idéologique la rend ouverte, sinon sympathisante, de vos propres thèses.
Ce refus a eu également pour conséquence de ressouder l'ensemble de la communauté juive d'Israël, toutes tendances politiques confondues. Et de recréer la même union que celle qui prévalait en 1967, lors de la Guerre des Six Jours. Ainsi que celle résultant du choc causé par la déclaration finale qui clôturait la conférence des Etats arabes qui s'ensuivit peu de temps après, au mois d'août 1967, à Khartoum
Cette fameuse conférence qui déjà coupa l'herbe sous le pied de toute la gauche libérale israélienne prête à rétrocéder immédiatement l'ensemble des territoires conquis. Cette conférence est désormais connue sous l'appellation des " trois non " : - non à la reconnaissance - non à la négociation - non à la paix avec Israël.
Dès lors, il ne demeurait plus d'autre alternative à Israël qu'à prendre acte de cette décision unanime des pays arabes, qu'à conserver les territoires, à les fortifier et à y développer notamment des implantations.
La comparaison avec l'année 1967 n'est pas fortuite. A l'époque en effet, les déclarations du président égyptien Nasser et de l'ensemble des dirigeants des pays arabes environnants, tant avant le déclenchement des hostilités, que celles prononcées par la suite à Khartoum, prônaient ouvertement la destruction de l'Etat d'Israël.
Aujourd'hui Monsieur le Président, le non que vous avez opposé aux propositions israéliennes de créer votre Etat résultait notamment de votre volonté d'exercer un droit de retour de réfugiés arabes non pas sur le sol de votre Etat de Palestine nouvellement créé, mais bien sur le sol d'Israël.
Le plus obtus des Israéliens a immédiatement compris que ce faisant, vous désiriez en réalité deux Etats : d'abord la Palestine, puis, dans la décennie suivante, l'Etat d'Israël par une modification arithmétique de la population devenue entre-temps en majorité arabe.
En d'autres mots, à l'usage des armes qui s'est révélé inopérant, vous substituez une voie d'allure démocratique pour aboutir aux mêmes fins : la destruction de l'Etat d'Israël.
Pour contredire et réfuter ces propos, il vous appartient dès lors, Monsieur le Président, de prononcer le sésame miraculeux qui est le seul susceptible d'apporter la paix et la prospérité dans la région.
Vous le connaissez bien ce sésame.
C'est celui qu'a utilisé un illustre chef d'Etat égyptien, le Président Sadate, en 1977, lors de son discours historique devant la Knesset à Jérusalem.
Il a prononcé les mots magiques lorsque, s'adressant à la population israélienne, il leur a dit : " vous êtes ici chez vous …"
Et les Israéliens ont fondu de bonheur.
Et Sadate a obtenu tout ce que les armes, tout ce que la guerre qu'il avait déclenchée en 1973 lui avait refusé : la restitution du Sinaï et la paix.
Aujourd'hui, il dépend de vous, Monsieur le Président, que le même miracle se produise et que la paix, la paix des braves, puisse répandre tous ses bienfaits.
Cette paix pour laquelle vous avez d'ores et déjà été honoré d'un Prix Nobel.
Prononcez donc ce même sésame.
Vous avez d'ores et déjà objecté que ce genre d'ouverture dans le dialogue pourrait entraîner votre disparition, à l'instar de celle de Sadate.
Mais ne pensez-vous pas que le don d'une vie dédiée à la paix est bien autrement significative que ce même don consacré au djihad, c'est-à-dire, dans les circonstances présentes, à tenter d'assassiner le plus possible de civils israéliens ? Et que votre martyre, si un funeste sort en décidait ainsi, vous conduirait plus sûrement au paradis que par les voies abjectes suivies par vos kamikazes ?
Lazard PEREZ
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