Billet d'humeur du 17 décembre 2001 sur Radio Judaïque, Paris

André Nahum

Lundi 17 Décembre 2001

Bonjour,

Dans son discours d'hier à la radio-télévision palestinienne, Yasser Arafat n'a pas proclamé explicitement la fin à l'Intifada mais, il a demandé à son peuple de mettre un terme aux attentats-suicides et au tir de mortiers.

Faut-il croire qu'il va enfin agir ?

Dans un sondage express réalisé ce matin par le Jerusalem Post sur Internet, sur 8.212 personnes interrogées, 89 % répondent NON !

Je ne partagerai pas pleinement ce pessimisme total et je pense qu'il y a peut-être une petite chance que le président palestinien ait pris conscience de la réalité de la situation.

On sait que Shimon Pérès garde le contact avec les responsables palestiniens et notamment Ahmed Qurei, president de l'Assemblée nationale.

Et à en croire ce dignitaire, Arafat serait vraiment décidé à mettre au pas les mouvements islamistes, mais cela demanderait du temps et une plus grande liberté de manoeuvre. Ahmed Qurei aurait également affirmé que les derniers évenements augmentent la popularité de Arafat au sein des masses palestiniennes.

Ce qui n'est pas impossible et lui donnerait la possibllité de combattre enfin les islamistes. Alors, s'agit-il une fois de plus de paroles verbales sans suite, déstinées à endormir Israel et les Américains, ou le président palestinien aura-t-il l'intelligence de comprendre que l'ambiance internationale ne se prête plus à son petit jeu des volte-face ?

Les Américains qui ont opposé leur vêto à un projet de résolution du conseil de sécurité favorable aux Palestiniens, sont décidés à mener jusqu'à son terme la lutte antiterroriste et ils ne permettront pas à Yasser Arafat de se dérober. Leur victoire sur Al-Qaida est loin d'être complète. La majeure partie des talibans, surtout les étrangers, les plus coriaces, se sont évanouis dans la nature et rien n'indique que certains d'entre eux ne se pointeront pas un jour dans les territoires autonomes ou ailleurs.

Tout cela pour dire que dans le contexte actuel, si, comme le craignent les Israéliens, Yasser Arafat n'accepte pas les risques d'un conflit ouvert avec le Hamas, s'il n'embastille pas les responsables d'attentats et s'il ne désarme pas les milices, sa position deviendra vite intenable. En poursuivant son offensive avec le feu vert des USA et à un dégré moindre des Européens, Ariel Sharon l'accule dans les cordes . Colin Powel aurait même dit en privé il y a une quinzaine jours : "Si Arafat veut se suicider, nous ne l'en empecherons pas."7

S'il a compris le message trés fort que lui est envoyé, le présidenr palestinien pourrait redevenir, comme le souhaite Shimon Peres le partenaire dans de futures négociations. Dans le cas contraire, il se verra obligé de partir On dit qu'aprés lui, il y aurait le chaos. Joshka Fisher, ministre allemand des affaires étrangères, a dit au cours d'une réunion israélo- allemande à Berlin que si Arafat s'en allait, on risquait de voir s'installer à sa place un pouvoir beaucoup plus radical, autrement dit le Hamas. Et Fisher met en garde Israel : Arafat est connu, dit-il, ses successeurs ne le sont pas. Et cela me rappelle un vieux proverbe de chez nous : "Tiens ton mauvais, de crainte qu'il ne t'en vienne un plus mauvais encore".

La balle est donc dans le camp d'Arafat.

S'il s'avère incapable d'assumer pleinement son rôle de chef d'etat, alors , il n'est plus crédible et il est inutile de prendre davantage langue avec lui et de négocier des accords qui ne seraient jamais appliqués.

Il faudra attendre ses successeurs....quelqu'ils soient !

Un mot, avant de vous quitter, pour m'étonner de l'inquiétude immense que suscite dans certains milieux de notre pays, le sort de ce français d'origine marocaine incarcéré aux Etats- Unis pour ses liens supposés avec Al-Qaida.

Je crois qu'on peut rassurer les amis de ce "doux idéaliste," car jusqu'à preuve du contraire, l'Amérique est un pays démocratique et il n'y a aucune raison de suspecter son système judiciaire....