Un taxi pour Jérusalem

chronique de Pierre Benichou

Plutôt sympathique, le chauffeur arabe qui nous a pris en charge rue Sal Adin, au coeur de Jerusalem est. Il faut dire que nous sommes français, donc très populaires parmi la population palestinienne, et qu'il me croit plus ou moins musulman, tandis que mon amie, la journaliste Hélène Keller Lindt passe pour une chretienne bon teint, avec ses yeux bleux et ses cheveux blonds. Cette méprise nous donne droit à un traitement de faveur : Abdallah nous propose de nous faire visiter les territoires. Jericho ou Rammalah. A nous de décider... Malheureusement, je dois reprendre l'avion le jour même : Hélène, quant-à-elle, s'inquiète des conditions de sécurité d'un tel périple. " Rien à craindre ! " Retorque notre guide improvisé dans un anglais parfait. " J'ai la plaque presse. J'ai l'habitude. Tout le monde me connait. Journalistes français, on aime. "... " Oui, mais quand même, insiste Hélène. Il y a beaucoup de violence "... Abdallah sourit, malicieux : " Non, non. Pas de problème pour vous. Dans les terriroites ON NE TUE QUE LES JUIFS ! "... Cet épisode s'est déroulé il y a un mois à peine. Banalisation de la violence, acceptation de la haine. Ce chauffeur de taxi, à l'air plus qu'inoffensif semblait rééllement ravi de pouvoir nous rassurer de la sorte, et s'attendait même à un signe de complicité, une approbation plus que tacite.

Car c'est ainsi que sont perçus desormais les représentants des médias europééns, surtout français. Les Palestiniens ont su faire passer le message : tuer les Juifs n'a pas une grande importance. Par le mot Juif, traduisez : " occupant, tortionnaire, colonisateur, extrémiste, tueur d'enfants et, pourquoi pas " nazi " puisque le président syrien lui-même, n'a pas hésité à utiliser ce terme pour qualifier les ripostes israeliennes aux attentats terroristes. Comment en sont nous arrivés là ? La question mérite-t-elle vraiment d'être posée ? C'est, pour moi, d'une limpidité extrème. Tandis qu'Israël et le peuple Juif s'apprêtait à faire la paix, puisque c'est dans notre nature, Arafat et ses sbires, de leur coté, n'avaient de cesse de mettre en oeuvre la plus grande machine de guerre médiatique depuis l'époque de la guerre froide, utilisant toutes les ressources et formations acquises de leur contact avec le KGB. Dépassée la définition officielle de l'Intifada Al Aqsa, qui est évidemment tout sauf un soulèvement populaire spontané, restait la version d'un Arafat sans illusion, choisissant la violence pour obtenir d'avantage de concessions dans une fenêtre politique soudain plus favorable.

La réalité, hélas, est toute autre : Arafat n'a tout simplement JAMAIS été un partenaire pour la paix. Arafat a TOUJOURS eu un double langage, allant jusqu'à affirmer ( comble de l'hypocrisie ) qu'il avait " promis la paix à Israël en échange de terrritoires... la paix, oui, mais pas la sécurité ! " ( 1998 ). La réalité, sur le terrain, ce sont ces heures de propagande et d'appel au meurtre des Juifs qui n'ont jamais quitté les écrans de la télévision palestinienne financée par des capitaux occidentaux. Ce sont ces camps d'entraînement d'été pour adolescents et candidats au suicide, ces manuels scolaires où les Juifs sont décrits comme la lie de l'humanité. Ce sont, désormais, ces enfants tués volontairement, au fusil à lunette, à coups de bombe artisanale, sous le seul pretexte qu'ils sont Juifs. Face au faux symbole de ce faux soulèvement populaire, la haine arabe nous a, hélas, créé récemment notre propre symbole : celui de l'innocence absolue, volontairement détruite. Un bébé de dix mois, abattu par un snipper, dont le monde oublie de parler ou ne parle pas autant qu'il le devrait, puisque cette petite fille portait, tout de même, la culpabilité de sa judaïcité !

Mais comment ont ils REUSSI à faire passer le message ? Suffisait-il de surfer sur la vague d'un antisemitisme larvé, andémique, pour réveiller le vieux démon ? Arafat serait-il un génie du mal, et la formation de ses cadres suffisamment pointue pour parvenir à un parcours sans faute ? J'ai l'impression, pour ma part, qu'Arafat sait, davantage, jouer avec nos faiblesses qu'avec la force de nos adversaires. Pour un peuple désuni et oppressé, je trouve que le peuple arabe se comporte, globalement, avec une assez belle solidarité, tandis que notre communauté reste déchirée, tiraillée, indécise. Il suffit de passer une journée à l'American Colony de Jerusalem Est pour comprendre le mécanisme de séduction : sourires, thé à la menthe, jolies filles aides et assistances arabes de toutes natures. Les Palestiniens savent largement traiter nos amis journalistes.

D'ailleurs, est-ce par pur hasard que l'un des lyncheurs de Ramallah se trouvait justement travailler comme serveur dans ce même hotel ? La mise a scène a été organisée à l'échelle nationale, et les journalistes n'ont pas d'autre choix que d'y croire, car, hors la version officielle de l'Autorité Palestinienne, point de salut pour eux. Arafat sait très bien pratiquer la politique de la carotte et du baton. Ce qui conduit d'ailleurs, certains journalistes à REFUSER de croire ou de concevoir autre chose que la version officielle. Tel cet envoyé de LIbération, convaincu que les manuels palestiniens negationnistes et propagandistes n'existaient que dans notre imagination... car il avait eu la chance de visiter une école à Gaza et de fouiller les cartables scolaires sans y trouver les livres en question. Le plus étrange, c'est que tout ceci est écrit, répété dans les discoursd'Arafat, de ses représentants et de ses muftis, de même que la solution finale et l'hégémonie européenne du Reich étaient expliqués avec moult détails dans Mein Kampf, sans qu'aucun s'y réfère sérieusement avant qu'il ne soit trop tard. Pas plus que le plan d'Hitler, décrit page après page dans sa prophétie exterminatoire n'avait été tvraiment prise en considération. Pourtant, tout était écrit, tout était là, cela crevait les yeux. Et quand la page 25 était appliquée, on s'étonnait encore qu'il mette à éxecution le chapitre suivant. Disons, qu'on ne voulait pas y croire....

Comme aujourd'hui ! l y a peu encore, un ministre palestinien affirmait que son pays s'étendait du Jourdain à la Mediterrannée, et personne n'a révélé que cette version, finalement, est tout simplement inchangée depuis 1948. Il faut dire, que ces discours sont exprimés en arabe. Une langue que les journalistes du monde entier et nombre de représentants politiques ne veulent décidemment pas comprendre. Pourtant, il leur suffit de traduire Djihad dans la bouche d'Arafat : le terme est aussi célèbre que couscous ou bakchich ! Donc, Arafat progresse dans son programme, un programme établi depuis longtemps et qui s'exprime aujourd'hui à travers une obsession : le droit au retour. Un droit illégitime, une mauvaise interprétation des recommandations de l'ONU, une concession qui mettrait tout simplement fin à la spécificité juive d'Israël. Une monnaie d'échange qu'il n'obtiendra jamais, quelque soit le durcissement du conflit. Mais ce n'est pas grave : pour arriver à cette fin là, il ne faudra TUER QUE DES JUIFS...