LES COUPS DE COEUR DE MOÏSE

 

Catou Léon, Pour les yeux de Léonino *

 

J'ai « âmé ».

J'ai beaucoup « âmé » cette histoire d'amitié virile entre deux êtres aussi dissemblables mais si complémentaires.

 

En 200 pages d'une écriture fine et superbe, où chaque mot semble ciselé tel un bijou, Catou Léon nous plonge dans cette Tunisie où il faisait si bon vivre lorsque les communautés cohabitaient. C'était hier...

 

Hector et Olivier que tout sépare sont faits l'un pour l'autre. L'un et l'autre et l'un est l'autre. Olivier vole un jour au secours d'Hector. De cet instant naît un amour indéfectible entre les deux, une amitié qui défiera le temps et les épreuves. Castor et Pollux modernes.

Olivier est un être déchiré et Hector, sous sa carapace de plaisantin et, à la limite de la débauche, cache une sensibilité et une générosité sans pareilles. Sur cette amitié se greffent deux  merveilleuses histoires d'amour : celle qu'enfant Olivier porte à Olga qu'il finira par épouser mais qui, un jour, dans un moment d’égarement, le trahira. Il cessera de l'aimer comme épouse mais non comme amie, comme soeur.

 

Et puis Pat, rencontrée bien plus tard, dernier amour de sa vie, qui lui donnera et recevra tout.

Avec beaucoup de pudeur et de retenue, sans verser dans le roman à fleur d'oranger, pardon, à l'eau de rose, Catou, poétesse, nous raconte leurs amours, leurs étreintes.

 

Avec ses mots, truffés d’expression arabes savoureuses, Catou nous restitue cette Tunisie d'avant. Elle nous rend les goûts et les couleurs, nous enivre de ses odeurs. Le jasmin, le cumin, se dégagent de ces pages dont chacune à la succulence d’une bouchée de brick, d'une gorgée de boukha bien frappée...

 

De la Tunisie elle passe au Congo et nous décrit l'existence des expatriés et leurs conditions de vie, pas toujours très sereines. Olivier y fera sa carrière, gravissant tous les échelons du succès. Seul regret peut-être, (c'est l'ancien "Congolais" qui s'exprime) le manque de description de l’Afrique noire.

 

En un mot comme en cent, j'ai « âmé » ce livre que je vous conseille vivement.  Si le verbe inventé par Catou, « âmer », vous intrigue, plongez-vous dans « Pour les yeux de Leonino »,  mais pas seulement pour cela.

 

Une formidable amitié, un grand amour, un très beau livre


*« Pour les yeux de Léonino » est disponible chez: catouedition@aol.com

 

Web site : www.acatouleon.com

 

 

Menasseh ben Israël,

La Pierre glorieuse de Nabuchodonosor

ou la fin de l’histoire au XVIIe siècle

 

Rabbin le plus illustre de son temps, Menasseh ben Israël est surtout connu pour son oeuvre «Esperança de Israel», l’espérance d’Israël, parue en 1650.

Menasseh ben Israël est aussi célèbre pour avoir obtenu, en 1655, d’Oliver Cromwell, le puritain,  le retour des Juifs en Angleterre.

« La pierre glorieuse de Nabuchodonosor », composée en 1655, nous est livrée, pour la première fois, dans sa version française traduite de l’espagnol par Hélène Knafou et introduite et annotée par Mireille Hadas-Lebel et Henry            Méchoulan.

Cette « Pierre glorieuse » est un commentaire du livre apocalyptique de Daniel, un des livres des hagiographes. Replongeons-nous dans le contexte de l’époque. La lecture de la Bible est quotidienne, la référence à la Bible fait partie de la vie.

Menasseh ben Israël, dans cet ouvrage, préfigure les temps messianiques, l’arrivée du Messie pour les Juifs, la Parousie pour les Chrétiens. Les opposants à Cromwell entendent se servir du livre de Daniel pour abattre le Lord Protecteur.
Menasseh ben Israël se rend à Londres, présente son étude à Cromwell lui donnant la possibilité de faire taire ses opposants car il est convaincu que l’Angleterre est appelée à jouer un rôle messia-nique.

Mireille Hadas-Lebel nous décortique le livre de Daniel) tandis qu’Henry Méchoulan, spécialiste de Spinoza (qui fut l’élève de Menasseh ben Israël) et des Juifs d’Amsterdam, avec le talent qui lui est coutumier nous entretient des relations de Menasseh ben Israël, pour lequel il éprouve admiration et affection, avec Rembrandt, étudie la dédicace à l’humaniste Isaac Voissus (1618-1689) et analyse dans le détail les conséquences théologiques et politiques de l’espérance messia-nique des XVIe et XVIIe siècles.

Ce livre, illustré de quatre dessins de Rembrandt (le peintre, un des intimes de Menasseh, fait une exception pour son ami. En effet, il n’illustre un ouvrage que par un dessin. Dans cette « Pierre glorieuse », il lui en offre quatre.)

Cet ouvrage, de grande érudition, s’adresse à tous ceux, intellectuels ou non, que cette période        féconde de l’histoire, passionne.

Moïse Rahmani

 

(*) La Pierre glorieuse de Nabuchodonosor           

     Ou la fin de l’histoire au XVIIe siècle

Traduction : Hélène Knafou, Introduction et notes : Mireille Hadas-Lebel et Henry Méchoulan

Illustrations de Rembrandt, Editions Vrin, 192 pp – 30 euros, ISBN 978-2-7116-1920-7


 

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