Lu pour vous par Micheline Weinstock.

Cynthia Ozick, Les papiers de Puttermesser,

Editions  de l’Olivier

 

.   Un véritable petit bijou qui explore le personnage de Ruth Puttermesser : sa vie, ses phantasmes et sa survie après sa mort. Des préoccupations très actuelles, typiquement juives mais aussi universelles.

   Le récit nous transporte sans cesse dans une sorte de balancement entre la fantaisie, le réalisme, la vie, la mort, la tradition sans exclure une touche iconoclaste. Le langage est toujours imagé, teinté d’une ironie tendre. Tantôt le lecteur est pris de fou rire, tantôt il se laisse gagner par la douceur.

    Au départ l’histoire est très simple ; Ruth est une jeune avocate juive qui vit et travaille à New York  Ses parents sont retraités et vivent à Miami. Sa mère n’a qu’un souhait :!a voir mariée. Ruth vit seule dans le Bronx. Elle a trente-quatre ans. Dotée d’un physique,- nous précise Cynthia Ozick – qu’on ne retrouve sur aucune page de magazine. « Un visage juif, teinté d’extrême orientalisme avec des paupières un peu mongoles… ».

    Le soir, au lit, Ruth étudie la grammaire hébraïque. Elle écrit aussi à sa mère. Pour lui rappeler  que sa préoccupation première n’est pas de se marier mais plutôt de militer pour la liberté des Juifs en Union Soviétique.

     Elle travaille dans un grand cabinet d’avocats dans lequel, de génération en génération, il se trouve toujours trois Juifs. Ceux-ci font comme tout le monde : ils travaillent, jouent au squash... Mais ils ont le a un peut trop nasal et l’i un peu traînant. Voilà ce qui les distingue de tous les autres et les maintient à l’écart de toute promotion.

     Un jour Ruth en a assez et donne sa démission. La description du repas d’adieu est particulièrement drôle. Passons sur toutes les élucubrations que suscite son nom (« couteau à beurre »). Au cours de cette soirée tous se montrent désolés de la perdre et puis, un petit verre aidant, on se laisse aller à un ton plus personnel : on a entendu dire que des gens « comme vous » (sous-entendu : vous les Juifs) cassaient la vaisselle le jour de leur mariage… Elle termine ainsi trois années de recherches et de migraines.

      Ruth accepte un nouvel emploi comme assistante avocate au Conseil de la municipalité de New York. Et elle rêve, d’un riche commissaire qui tomberait amoureux d’elle et, surtout, qui l’aiderait à sauver les Juifs d’Union Soviétique. Elle rêve aussi d’un Gan Eyden, aussi de son grand-oncle Zindel qui lui donnerait ces cours d’hébreu. Mais là nous sommes plongés dans l’univers onirique. L’oncle Zindel était en son temps bedeau de synagogue et est décédé quatre ans avant la naissance de l’héroïne.

      Puttermesser a un ami. Il s’appelle Rappaport et il est marié. Un soir, il arrive chez elle.Elle n’est pas du tout disponible. Elle souhaite poursuivre son étude de Socrate tandis que lui ne veut parler que de ses jardinières de noyaux d’avocats qui poussent chez elle. Belle scène de non communication. Il part, vexé, et ne reviendra plus. Mais le lendemain matin de cette rupture, Ruth déverse la terre des jardinières, souffle dessus et crée ainsi le premier Golem féminin qui s’appelle Xantippe, du nom de la femme de Socrate réputée être une mégère.

      Elle prononce un «Hachem » et la créature de terre bondit sur ses jambes. Ici le récit devient de plus en plus drôle et fantasque. Xantippe, ce Golem femme sait écrire, mais non parler. Elle accompagne Ruth au bureau, travaille pour elle et passe son temps à rédiger un plan pour mettre fin à la corruption qui règne à la  mairie de New York.  

       Je passe sur les innombrables rebondissements, cocasses et imprévus, transpositions transparentes de la réalité, pour déboucher sur l’aboutissement : Ruth Puttermesser devient maire de New York. Son Golem parcourt la ville, traquant l’injustice partout où elle se trouve, fait rapport à Madame le Maire qui trouve toujours le moyen d’y mettre un terme. Le Golem se dispute sans cesse avec les cuisiniers de la mairie parce que la cacherouth n’y est pas suffisamment rigoureuse.

       Mais le Golem ne cesse de grandir. Et un jour Rappaport rapplique. Xantippe, débordée par ses pulsions, le séduit et finira par dévorer tous les hommes haut placés de New York. Ce qui signera la fin pour Ruth Puttermesser qui sera chassée de la mairie.

       Surgit alors la question : comment détruire ce Golem qu’elle a créé ? Profitant du sommeil du Golem pour arracher des mottes de terre, Ruth appelle en urgence au beau milieu de la nuit le commissaire aux espaces verts auquel incombe la tâche de débarrasser le lit de toute la terre répandue et la déverser sous les parterres de géraniums.

       Après un mariage manqué, les années passent. Les Juifs soviétiques peuvent  enfin quitter l’Union Soviétique. Ruth renoue avec sa lointaine famille russe, accueille une cousine et projette tous ses phantasmes sur les Juifs d‘URSS, elle voudrait pouvoir dorloter et surprotéger ces Juifs pauvres et persécutés. Mais sa jeune cuisine, elle, n’a qu’un désir : rejoindre au plus vite la société de consommation et retourner en URSS pour se lancer dans les affaires.

       Ruth va décéder, ira au Gan-Eyden où elle commencera en fait sa vraie vie. Elle retrouve son premier amoureux - un amour de jeunesse – l’épousera, ils auront un fils et une nouvelle vie commence.

 

       Un roman drôle donc, mais aussi grave. Plein de rebondissements et parcouru de dérision. Servi   surtout par la superbe traduction d’Agnès Desarthe (auteur notamment de « Mangez-moi »,   également paru aux Editions de l’Olivier), qui réussit à rendre avec un rare bonheur le judéo-newyorkais.

 

                                                           Micheline Weinstock.       


 


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