" L'ODEUR DE L'ARGENT "

Le texte qui va suivre est une version adaptée, modifiée et synthétique de la volumineuse postface que j’ai rédigée pour Thierry Feral lors de la publication de son livre "Suisse et nazisme" édité par l'Harmattan en 2006.
Ce travail m’est confié alors que disparaît Simon Wiesenthal, le redoutable chasseur de nazis …
La lecture du livre de Thierry Feral a provoqué en moi à la fois indignation, colère, mais aussi révolte, et tristesse, sans haine toutefois, sentiment toxique qui n’a rien à faire ici.
En premier lieu, se pose une question majeure : la neutralité existe-t-elle ? J'établis bien sûr un parallèle un avec le silence de Pie XII et je ne peux pas non plus ignorer la pseudo-neutralité dite bienveillante (malveillante ?) du psychanalyste devant la souffrance psychique. Dans les deux cas, il y a souffrance et dans les deux cas, il y a silence, alors qu’une parole peut sinon tout régler, du moins donner à l’autre le sentiment d’exister…
La neutralité, tant en politique que dans la vie courante, est selon moi le plus misérable, le plus funeste levain des conflits sans retirer quoi que ce soit de la responsabilité ou de la culpabilité, ni de la honte de ceux qui la pratiquent lors de situations dramatiques…
L’accueil des réfugiés en Suisse neutre fut "adapté" selon leur situation. Si les réfugiés étaient fortunés et jouissaient d’une certaine notoriété , ils étaient accueillis avec en prime, quelques bons sentiments…
La Suisse brille par sa propreté. La notion d’hygiène a largement dépassé son sens usuel et a été utilisée pour éviter toute « contamination » du territoire et des habitants de la confédération helvétique. Il est vrai que les thèses « raciales » en vigueur prônaient cette position.
La Suisse a, sans aucun doute possible,une part de responsabilité et de culpabilité dans l’Holocauste, mais « cela » s’est passé dans le silence et en gants blancs et manches de lustrine ! Là encore, se pose un problème crucial : doit-on condamner la Suisse et ses citoyens devant le tribunal de l’Histoire ou accepter et reconnaître qu’en tout lieu, en tout temps, ont existé dans l’anonymat des êtres humains qui ont aidé leur prochain? J'opte pour cette seconde attitude,
Le pouvoir helvétique fut un complice discret et efficace de Hitler avant même son arrivée au pouvoir.
La communauté de langue, pour une partie du territoire suisse, avec le grand frère germanique ne suffit pas à expliquer la complicité. Des individus décidés, hargneux, soucieux de « protéger » la nation et aux thèses identiques à celles de Hitler aboutirent à l’installation d’abord officieuse d’un nazisme suisse. Thierry Feral évoque un événement méconnu du public, la tenue d’un « congrès des nationalités » dès 1925 en Suisse, rassemblant des séparatistes bretons, alsaciens, corses, irlandais, flamands…, terreau bien arrosé par Hitler et ses sbires pour disposer de bases prêtes pour le moment où le dictateur nazi accèderait au pouvoir.
L’anschluss de la Suisse était prévu pour 1944 ! Mais dès que des militants pro-nazis voulurent aligner la politique économique helvétique sur celle du Reich pour la soumettre aux besoins de celui-ci, la ligue pour l’indépendance suisse de Max Leo Keller fut interdite en 1941. Preuve que le gouvernement helvétique, si prompt à se conformer aux exhortations de Hitler dans certains domaines, « osa » dire non dès que son économie fut menacée. La Suisse fit de très lucratives affaires avec le IIIe Reich, en accordant des prêts, en livrant du matériel (armes, aliments, vêtements…), en implantant sur le territoire du Reich des usines dont la main d’oeuvre était composée d’internés des camps de concentration, par la mise à disposition du réseau ferré suisse…
Parmi les principaux responsables helvétiques, citons Pilet-Golaz, le président fédéral, ou encore les conseillers fédéraux Motta, von Steiger…
Le pire fut atteint lorsque, en 1940, Berne et Berlin ratifièrent un traité économique fort rentable pour la Suisse. Le plus écoeurant dans la compromission helvétique avec les nazis aura été l’attitude hautaine, doucereuse, hypocrite, calculatrice, des gouvernants suisses face au monde. C’est en gants blancs qu’ils ont travaillé, sans se salir directement les mains.
Dès 1941, existaient sur le territoire helvétique, cent camps retenant 40 000 internés, Juifs en majorité, soumis aux brutalités des gardes suisses, fidèles « clones » de leurs homologues SS. Face à l’arrivée massive de réfugiés attirés par les promesses fallacieuses du « paradis helvétique », le chef de la police suisse Rothmund bloqua leur entrée dans le sanctuaire suisse, sachant fort bien le sort qui leur était réservé.
Je souhaite ici établir un triste parallèle avec les attitudes pour le moins déplorables d’autres gouvernants. Ainsi, les libérateurs « yankees » avaient instauré entre 1920 et 1945 des quotas d’immigration drastiques sur le sol américain.. Il me faut aussi évoquer un épisode ignoré du grand public, c’est-à-dire la déportation au Canada, ordonnée par Winston Churchill de milliers de réfugiés allemands – sur cent mille environ –, essentiellement juifs qui vivaient en Angleterre. Le site Internet1 des Archives de Radio Canada ne les oublie pas ; la méfiance des dirigeants britanniques, voyant en eux une menace de 5e colonne, les conduisit à les interner dans les camps de Trois-Rivières, Cove , Fredericton et dans l’Ile-aux-Noix. Plusieurs réfugiés se suicideront, pensant qu’ils seront internés en Allemagne…
« […]Le camp Newington à Sherbrooke garde 700 réfugiés juifs derrière ses grilles jusqu’en 1941. Dans un rapport envoyé à l’armée en octobre 1940, le major Donohue relate : « Les internés du camp sont tous juifs. Ils ont définitivement besoin d’une sévère discipline. Ils sont portés à être obstinés et non coopératifs en plus d’être malpropres. » Le major termine son rapport en mentionnant l’insuffisance des lits, qui force bon nombre des internés à dormir sur le plancher, et la saleté des baraques
Des organisations juives s’assurent du bien-être des internés détenus au Canada. Les United Jewish Refugee and War Relief Agencies envoient régulièrement des représentants pour visiter les établissements où des Juifs sont internés. Le 6 août 1940, cet organisme établit à 1746 le nombre d’internés juifs au Canada. »

N’oublions pas que les mêmes britanniques régulaient de façon particulièrement inhumaine l’arrivée de réfugiés (fuyant l’Allemagne et l’Europe de l’Est) en Palestine. Leur attitude ne fut pas moins cruelle après la guerre… Tout en affirmant bien haut la nécessité de créer un foyer juif en Palestine, les Britanniques ne voulaient surtout pas indisposer les Etats arabes voisins, et le Grand Mufti de Jérusalem pouvait lancer ses exhortations aux massacres des Juifs de Palestine organisés par la légion arabe de Glubb Pacha (ex- lieutenant général Sir John Bagot Glubb).
Thierry Feral nous relate l’affaire des Juifs hongrois soustraits à la chambre à gaz par le chef de la police suisse, non par humanitarisme mais par abject calcul.. L’idée était de convaincre ces possédants juifs hongrois d’investir dans le « sûr paradis suisse ». En octobre 1944, les Alliés obtinrent que les dirigeants helvétiques cessassent tout « commerce » avec les nazis. Ravis de l’aubaine, les gouvernants fédéraux de Berne, prudents devant l’effondrement du IIIe Reich préparèrent leur avenir.
Avenir radieux tant il est vrai que les coffres des banques helvétiques renfermaient le « trésor amassé et entreposé par des nazis prévoyants, ainsi qu’une quantité impressionnante d’avoirs et biens juifs dont une grande partie des propriétaires avait été exterminée durant le conflit.
Une commission suisse rendit ses conclusions en décembre 1999. Voici quelques extraits du rapport Bergier1.
« Au cours de l'été 1942, parviennent en Suisse des informations sur les déportations et l'extermination des Juifs. En août, le rédacteur de La Sentinelle, Paul Graber, décide de les publier, et de protester contre le refoulement des réfugiés à la frontière. Il justifiera son initiative devant les autorités du contrôle de presse :
"Les faits relatés sont de telle nature que tout journaliste tenant à se mettre au service de la défense des valeurs humaines se trouvait en face d'un devoir sacré en les dénonçant. Une telle dénonciation fait partie de la défense des plus hautes valeurs. [...] Nous avons à défendre au-dessus de toutes les considérations nationales de quelque pays que ce soit, le meilleur des valeurs humaines mises en péril par la guerre et les causes qui engendrent les guerres."
Les autorités disposent au même moment d'informations plus complètes et plus précises. Pourtant, elles décident de fermer la frontière, de n'accueillir qu'un nombre restreint de victimes et de refouler celles "qui n'ont pris la fuite qu'en raison de leur race, les Juifs par exemple". Le discours officiel légitime ces décisions par les charges qui pèsent sur la Suisse et le danger qu'elle court, la pénurie alimentaire, la menace militaire et la crainte de troubles sociaux et politiques, ainsi que par les difficultés d'approvisionnement à cause des militaires internés et des émigrants qui se trouvent déjà en Suisse. La barque trop lourdement chargée devient le symbole de cette politique.
Après la guerre, lorsque l’extermination des Juifs d'Europe sera devenue le repère d'une époque, d'autres arguments seront invoqués : on ne savait pas exactement ce qui se passait dans le Reich ; on avait fait tout ce qui était possible ; mais que pouvait la Suisse, petit Etat menacé par Hitler? Entre ces explications qui soulignent la complexité de la situation et les difficultés rencontrées par les responsables, et les propos de Graber qui mettent en avant la défense des valeurs humaines, il y a un fossé. Il met en évidence les enjeux et les perspectives qui sont au coeur du présent rapport.
Plus d'un demi-siècle s'est écoulé depuis lors. La Commission indépendante d'experts Suisse - Seconde Guerre mondiale se penche sur un moment de l'histoire qui pose des questions fondamentales pour l'humanité. Car la Seconde Guerre mondiale n'a pas été un conflit comme les autres. À l'affrontement militaire sans précédent s'est ajoutée l'extermination systématique de millions d'enfants, de femmes et d'hommes.
La Suisse s'est vue confrontée par moments à la menace directe de l'Allemagne national-socialiste. Elle n'en a pas moins entretenu avec celle-ci des relations de toutes sortes. Il convient dès lors d'analyser les réactions des autorités et celles de la population ; de nous demander pourquoi les autorités n'ont pas modifié leur politique malgré les informations qui leur parvenaient ; et pourquoi l'opinion publique a si peu réagi.
Notre étude retient ce qui était déjà connu et elle y ajoute les résultats de nos propres recherches. Mais elle ne saurait prétendre apporter une réponse définitive à toutes les questions que nous pouvons nous poser. À partir du contexte de l'époque, elle tente d'expliquer les événements à l'aide de données qui n'étaient pas accessibles il y a cinquante ans […]

3. La Suisse et les réfugiés
[…] Depuis la Première Guerre mondiale, les autorités suisses s'étaient attachées à lutter contre la "surpopulation étrangère". L'Office central de police des étrangers, créé au sein du Département fédéral de justice et police pour centraliser et appliquer cette politique, a été renforcé au cours des années 20 par des mesures légales. C'est dans ce contexte que l'antisémitisme prend une signification particulière. Nourri par de vieilles formes d'antijudaïsme chrétien, l'antisémitisme a retardé au XIXe siècle l'émancipation des Juifs, en Suisse comme dans d'autres pays européens. Le plus souvent tacite, tabou ancré dans les structures mentales et sociales, il a entraîné une marginalisation de la petite minorité juive de Suisse sur les plans économique, politique et social. On ne trouve qu'une poignée de Juifs dans l'administration, dans les associations économiques et dans l'Armée ; ils étaient discriminés dans les procédures de naturalisation ; et enfin, les Juifs n'ont pas obtenu le statut de réfugiés malgré les preuves évidentes de leur persécution. Le chef de la Division de police, Heinrich Rothmund, responsable de la politique envers les étrangers et les fugitifs "en raison de leur race", affirmait lutter non seulement contre la "surpopulation étrangère", mais aussi et en particulier contre l'"enjuivement" ("Verjudung") du pays.
Les négociations entre la Suisse et l'Allemagne qui ont abouti en 1938, après l'"Anschluss" de l'Autriche, à marquer d'un "J" les passeports des Juifs allemands s'insèrent dans un développement qu'on ne peut réduire aux seules "années noires" du national-socialisme. Alors que Rothmund refuse l'introduction de cette mesure discriminatoire et qu'il envisage plutôt l'obligation du visa pour tous les ressortissants allemands, le Conseil fédéral, confronté à l'expulsion systématique des Juifs hors du Reich, est résolu à prendre différentes mesures pour les tenir éloignés de la Suisse, tout en évitant de compromettre ses relations avec le régime national-socialiste. C'est ainsi que les autorités introduisent pour l'octroi de visas les catégories d'"aryen" et de "non-aryen", qu'elles adoptent ensuite dans la pratique administrative habituelle. L'échec de la Conférence d'Evian en été 1938 et les restrictions appliquées par tous les autres États concernés renforcent encore la volonté de repousser les réfugiés jufs, ce qui mène à la conclusion d'un accord qui signifie une capitulation morale devant l'antisémitisme du régime national-socialiste.
[…] Les Allemands ont tenté de garder le secret sur l'extermination des Juifs, mais des informations crédibles sont parvenues à Zurich, Bâle, Berne ou Genève. […] L'écart qui sépare le fait de savoir et la volonté d'agir, ainsi que le contraste entre la passivité politique et l'afflux d'informations sont flagrants dans l'exemple suivant : Gerhart M. Riegner, Directeur du Bureau de Genève du Congrès juif mondial, peut alerter les Alliés depuis la Suisse sur la politique d'extermination ; mais à Berne comme au sein du CICR, les projets pour dénoncer publiquement l'extermination restent lettre morte.
Même lorsqu'elles prennent connaissance d'un processus d'une cruauté et d'une ampleur à peine croyables, les autorités fédérales, tout comme les gouvernements de la plupart des États alliés, ne modifient guère leur politique face aux réfugiés. Les attitudes les plus courantes adoptées par les pays neutres sont l'indifférence, la passivité, et leurs efforts pour s'accommoder avec le régime national-socialiste. En 1938 comme en 1942, la Suisse invoque le comportement d'autres États démocratiques pour justifier la fermeture des frontières. Pris dans l'engrenage des relations germano-suisses et confrontés aux conditions de la guerre mondiale, les dirigeants helvétiques cherchent avant tout à préserver l'indépendance et la stabilité de la Confédération, ce qui les amène à considérer le sort des réfugiés comme une question secondaire. Malgré les quelques atouts qu'ils avaient en main grâce au rôle international de la Suisse, ils n'ont pas voulu, ou n'ont pas su utiliser cette marge étroite pour défendre les valeur fondamentales de l'humanité.
4. L'accueil et le refoulement des réfugiés
En été 1942, des raisons à la fois militaires, politiques et économiques ont amené les autorités suisses à la décision de ne plus accueillir de nouveaux réfugiés, à l'exception de quelques rares cas. Les responsables de l'Armée préconisent le refoulement à titre de mesure préventive, afin de dissuader les autres fugitifs de venir en Suisse. Le nombre des refoulements augmente massivement à partir d'août 1942 et demeure très élevé jusqu'en automne 1943. On compte en effet 5000 refoulements pour cette seule période, alors que 24 000 cas ont été enregistrés pour l'ensemble de la période de guerre. Des expulsions et des refoulements ont aussi été pratiqués avant et après la guerre, qui n'ont pas été enregistrés ou dont on n'a pas gardé de traces. […] À partir de juillet 1944, enfin, la persécution des Juifs est reconnue comme une raison donnant droit à l'accueil en Suisse.[…]
5. Les aspects financiers
Les questions financières constituent l'essentiel du mandat confié à la Commission. […] Dès la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes, les réfugiés d'Allemagne, particulièrement les Juifs, ont été victimes de discriminations et d'exclusions économiques. À partir de 1937, s'est mise en place une politique systématique d'expropriation et de spoliation. Elle s'est progressivement étendue pendant la guerre à l'ensemble des territoires sous domination nazie, pour atteindre un paroxysme à peine imaginable avec le pillage de l'or arraché aux victimes des camps d'extermination.
Aux réfugiés arrivés en Suisse dans les années 30, les autorités cantonales pouvaient accorder des autorisations de séjour de durée limitée contre le versement d'une caution ou d'une promesse de paiement. Cette somme a pu représenter, dans un cas connu au moins, l'équivalent de plusieurs salaires annuels.

[…] En 1941, la 11e ordonnance d'exécution de la loi du Reich sur la citoyenneté prive aussi de leur nationalité les Juifs allemands établis en Suisse. L'intention des nazis est de les exclure, puisque devenus apatrides, de tout transfert d'argent.
Puisque les réfugiés sont soumis à l'interdiction d'exercer une activité lucrative et que les transferts financiers sont difficiles, voire impossibles, ils ne peuvent subvenir à leurs besoins que s'ils possèdent une fortune personnelle en Suisse. Ils sont alors, sous certaines conditions, bienvenus en tant que contribuables, partenaires commerciaux ou clients d'une hôtellerie très affectée par la crise. […]
6. Les aspects juridiques
[…] Le sort réservé aux réfugiés n'était guère réglé par le droit international public. La clause dite de Martens du Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre de 1907 exigeait que toute personne devrait être traitée selon les principes humanitaires en temps de guerre. C'était une norme minimale, qui obligeait la Suisse à offrir aux militaires et aux civils internés un logement, un ravitaillement et un encadrement qui leur permettent de mener une vie décente.
[…] C'est en vertu d'une décision politique que la notion de réfugié (politique) fut limitée de telle sorte que les Juifs n'eurent pas droit à l'asile, mais qu'ils dépendirent des dispositions de la police des étrangers en vertu de la loi fédérale sur le séjour et l'établissement des étrangers (LFSEE) et qu'ils furent traités comme des indésirables. Cette décision n'était ni prescrite par la loi, ni contraire aux normes du droit international ou national. L'internement des réfugiés entrés illégalement et non refoulables était conforme au droit. De nombreuses mesures du Conseil fédéral, prises en vertu de ses pleins pouvoirs, étaient justifiées par les conditions exceptionnelles de la guerre. La Suisse est donc restée dans la légalité. Mais elle a interprété les normes dans l'intérêt de l'État et non dans celui des réfugiés. Rien ne l'empêchait d'aller au-delà du minimum fixé par le droit international ou d'interpréter, voire de modifier le droit interne en faveur de ceux-ci […]
7. Deux questions
Que se serait-il passé si, en 1938, la Suisse n'avait pas insisté pour que les passeports des Juifs allemands soient marqués d'un "J" ? Comment les choses auraient-elles évolué si, en août 1942, la Suisse n'avait pas fermé ses frontières aux réfugiés poursuivis "en raison de leur race" ?
L'introduction du "J" en 1938 a entravé l'émigration des Juifs vivant dans le Reich. Sans l'insistance des autorités suisses, les passeports auraient été marqués plus tard ou peut-être jamais. Cela aurait facilité la recherche d'un pays d'accueil. La plupart des réfugiés n'avaient d'ailleurs pas l'intention de s'établir en Suisse. Sans le "J", il aurait été possible à un grand nombre de victimes du national-socialisme d'échapper à leur persécution en transitant par la Suisse, ou par d'autres pays.
En 1942, la situation est tout à fait différente. Il était interdit aux Juifs depuis l'année précédente de quitter les territoires soumis aux nazis. Chaque jour, des milliers de Juifs ont été systématiquement assassinés. Pour les persécutés, la fuite vers la frontière suisse était semée d'énormes dangers. La Suisse était leur dernier espoir. En créant des obstacles supplémentaires à la frontière, les autorités suisses ont contribué - intentionnellement ou non - à ce que le régime national-socialiste atteigne ses objectifs. L'ouverture de la frontière n'aurait pas entraîné une offensive des puissances de l'Axe, ni engendré d'insurmontables difficultés économiques. La Suisse a pourtant refusé d'aider des personnes en danger de mort. Une politique plus sensible aux exigences humanitaires aurait sauvé des milliers de gens du génocide perpétré par les nationaux-socialistes et leurs complices »

Le rapport Bergier fit l’objet de réactions mitigées, dont certaines insupportables. Comme on le voit, les vieux démons ne sont pas morts et l’antisémitisme, le racisme couvent quand ils n’explosent pas de façon sporadique ici ou là….

Pour conclure, je dirai que le travail remarquable auquel s’est livré Thierry Feral avec son courage habituel mérite nos remerciements. La vigilance est plus que jamais de mise, non seulement pour conserver la mémoire, mais aussi parce que l’Homme est toujours capable du meilleur comme du pire, sous toutes les latitudes et à tout moment… …
Il reste à espérer que, d’autres fassent un travail analogue pour les horreurs qui ensanglantent notre période actuelle. Les survivants de la Deuxième Guerre mondiale disparaissent, n’attendons pas qu’ils ne soient plus là, n’attendons pas encore aussi longtemps pour que les actuels ou récents criminels auteurs d’exterminations soient jugés…

Hanania A. AMAR
AIHP Psychiatre,
Expert-Rapporteur de la Commission de
transparence à la Haute Autorité de santé


1- http://archives.radio-canada.ca/IDC-0-9-1553-10488/guerres_conflits/guerre_prisonniers_canada/clip4

2- Site Internet http://www.aidh.org/Racisme/2e_guerre/06conclusions.htm

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