Connaissez-vous ce Forum internet : LADINOKOMUNITA ?

 

 

Et bien, c’est grâce à Moise Rahmani, par le biais de notre ami commun Jean Carasso de la Lettre Sépharade, que je suis entrée dans ce Forum et depuis, j’ai l’impression que ma mère Bellina Hemmo de Hugnu de Rhodes est de nouveau parmi nous, discutant en lingua muestra, Judeo-Espagnol avec mes oncles et tantes, ceux du moins ayant fui à temps et celles qui sont revenues, grâce à leur « fortitude » de Aushwitz-Birkenau et de la marche de la mort.

Ce forum existe depuis 1999 et a  été créé et élaboré par Rachel Amado Bortnick, une Izmirli demeurant à Dallas. Elle en est la créatrice et depuis, la présidente et l’âme très active.

Nous comptons actuellement plus de 800 membres dans le monde entier. Nous avons des correcteurs érudits, à New York, en Floride et à Paris qui détaillent tous les courriers électroniques que nous nous échangeons, et qui nous permettent ainsi d’utiliser la graphie proposée par « Aki Yerushalayim ».

Après de multiples et richissimes échanges, sur la mémoire des communautés sépharades dispersées ou encore bien vivantes, en Turquie, en Israël, sur les fêtes, la guerre du Liban, les recettes de cuisines, les histoires et kantikas ke kontavan muestras vavas o muestras madres, mais tout cela restait virtuel. Et soudain, une idée a germé. Qui est intéressé a effectuer un voyage où nous ferions enfin connaissance les uns avec les autres. Plusieurs propositions ont  fusé : l’Argentine, la Turquie, Israël ? Nous sommes passés au vote et c’est ISRAEL qui l’a emporté. Il fallait choisir une date. C’est alors que nos membres en Israël nous ont proposé de nous « fondre » dans le festival annuel des « Ladino-avlantes » qui devait avoir lieu pendant trois jours au bord de la Mer Morte, sur le thème « de leche i de miel ».

Nous avons accepté avec joie, et notre voyage a été fixé du 15 au 22 Mars 2007.

Notre compagne, Betty Saul, de Paris, s’est alors proposé d’organiser le séjour et d’y inclure un programme propre aux LK. Elle s’est adonnée à la tâche de tout son cœur et de toute son expérience professionnelle.

Se sont inscrits à ce voyage 8 personnes des USA, 1 d’Espagne, 3 de France, 11 de Turquie (Istambul, Izmir, Bursa, dans ce dernier village il ne reste que 65 Juifs qui entretiennent 3 magnifiques synagogues). Et évidemment, le petit casse-tête du partage des chambres d’hôtel a été vite résolu.

L’agence coordinatrice du voyage de Jérusalem a été tout à fait à la hauteur, au moment de l’accueil par petits paquets à l’aéroport, du transfert, de la recherche de guides hispagnophones, du choix des bus touristiques et des hôtels tant à Tel-Aviv, la Mer Morte qu’à Jérusalem.

Avant de vous parler du programme de LK et de celui du Festival « de leche i de miel », permettez-moi ici d’insérer une partie d’histoire personnelle.

Sachant que ma belle-fille Limor Razafinjato devait accoucher autour de ces dates, j’ai décidé de me rendre en Israël un peu avant le groupe. Je pris l’avion à Nice, un stop à Zurich et c’est avant le décollage du vol Zurich Tel-Aviv que Daniel Razafinjato, mon fils, m’appelle en me disant que le bébé est en chemin. Je me trouvais donc dans les nuages lorsque ma petite-fille était en train d’arriver sur terre ! Ensuite, ce n’est que la semaine suivante, à mon retour de la Mer Morte, que son nom lui a été donné devant le Ehal de la synagogue du moshav de Kfar Saba : Son nom, tenu secret jusqu’alors : Carmelle-Hadas (Vigne du Sei-gneur-Myrte). Ce prénom n’aurait pas été désavoué par des parents japonais ! 

Le programme de notre groupe Ladino Komunita a été des plus enrichissants. En tout premier lieu, il nous a permis de nous connaître « en la Kara », de nous émer-veiller de parler tous, muestra lingua sauf à certaines occasions où le français, le turc ou l’anglais, et aussi l’hébreu fusaient… mais Rachel nous « punissait » en ouvrant la petite sacoche de « las  paras » où nous devions contribuer chaque fois qu’une langue autre était prononcée, notre projet étant de montrer au monde que le Judéo-Espagnol ne pouvait ni agoniser, ni mourir ; et aussi, parallè-lement, de planter une forêt d’arbres en Israël auprès du KKL.

Comment exprimer la richesse de nos rencontres ?

Imaginez une réception d’accueil – tout en JUDEO-ESPAGNOL (en LADINO comme la langue est appelée un peu à tort, en Israël – voir les ouvrages de H.V. Sephiha)  au Centre Culturel de Turquie à Tel-Aviv en présence du Président Itzhak Navon, avec présentation du Centre de Ladino de l’Université Bar-Ilan de Tel Aviv où les études conduisent à un doctorat !

Le 18 Mars, en route vers la Mer Morte, notre groupe visite la Knesset à Jérusalem, où une jeune guide nous fait découvrir les merveilles d’une authentique démocratie, ainsi que 3 tapisseries réalisées par les Gobelins, d’après les cartons de Marc Chagal.

Arrivés à l’hôtel sur la Mer Morte, nous constatons que celui-ci accueille exclusivement les participants au Festival de Ladino. Imaginez  700 convives qui pendant 3 jours et 3 nuits vont être submergés de bonheur.

Kobi Zarko est le maître de cérémonies. Son djudismo nous fait rire et pleurer. Les conteurs de grand renom sont présents  Mathilda Coen-Serano fait l’éloge du vin : « El vino en el kuento, el kante el refran Djudeo-Espanyoles ».

Moshe Bachar nous fait voyager dans « la vida de los Djudios en el Emperio Otoman

Et d’autres encore, Moshe Shaul, créateur de l’émission « Aki Yerushalaim ».

Après un buffet avec bamia, koftes, guevos haminados, karne asada, aroz kon safran, tout à fait superbe, la soirée se poursuit dans la salle de bal immense et chaleureuse avec « Buketos de Flores » de Gila Bashari et son orchestre ; un besoin de danser irrésistible nous entraîne tous sur la piste, d’où que nous venions du monde entier, nous étions de retour « chez nous » avec, dans nos bagages, intacts, la langue péninsulaire, las Kantikas, las Romances, los Dichos, les danses du folklore…et la soirée se poursuit, comme toutes les autres soirées, autour de Kobi Zarko, « para Kantar las romansas olvidadas ».

Le 19 et le 20 Mars, un programme LK, entremêlé à celui du festival, nous fait découvrir les sites archéologiques et de mémoire de notre très ancien peuple, bordant la Mer Morte : Massada, Qumran, Ein Guedi, et l’autre mémoire, celles de nos Djudios, recueillie par nos conteurs d’exceptions, nos réalisateurs de films, entre autres, de Dr. Gila Hadar : « Mazal tov - boda Djudio-Sefaradi en Thessaloniki i Tanjir » et de Yoram Gaon « De Istanbul a Yerushalaim ». « El Kanto del Ruisenyor » et avec Eliezer Papo : « El Ultimo Sefardi Espanyol ».

Les soirées nous émeuvent par les programmes d’orchestres et de chanteurs : musique turque, grecque, israélo-yéménite (oui !)…

Je ne cite pas tous les programmes qui furent riches, fleuris, comme l’essence même de notre Espanyol conservé comme un trésor depuis 1496.

Le retour de notre groupe se poursuivit  à Jérusalem, avec visite émouvante de YAD VASHEM, avec la présence de Moshé     HAELION, survivant de la Shoa de Salonique. Puis, visite du      Kotel.

La soirée est offerte en notre honneur par Moshe Shaul, vice-président de la Otoridad de Ladino.

Pour que vive notre longue, en mémoire de LOS MUESTROS KERIDOS ke se fueron sin ver alegria, sin mazal i ventura.

Rosy Hemmo

ija de Bellina Hugnu

 

 

 

Biographie

 

Rosy Hemmo est née en Egypte d’un père natif d’Alexandrie et d’une mère de l’Ile de Rhodes. En 1947, la famille s’installe à Bordeaux où Salomon Hemmo était shamash de la Synagogue, puis en Israël. Rosy a vécu à Madagascar où elle a épousé Michel Razafinjato. Ils ont eu Daniel et Vania. Dès lors, Rosy est devenue une grand-mère volante entre la Virginie, USA et Kfar-Saba, Israël. Elle est active au sein de l’association France-Israël de Grasse et œuvre pour le maintien hors de l’oubli de la langue de sa mère : le Judéo-Espagnol.


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- Copyright © 2007: Moïse Rahmani -