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Milantia Bourla Cortes

Janine Gerson - Bella - Itinéraire mémoriel par (30/01/2013)


par Milantia Bourla Cortès
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Janine Gerson , BELLA - Itinéraire mémoriel.
 
 
Dans cet ouvrage, il y a deux femmes, la mère et la fille, donc deux récits. Aucune des deux n’a jamais parlé de son passé pendant les années de guerre, ni des traumatismes qui s'en suivirent.
 
Nous découvrons le parcours de la maman, Bella, venant de Salonique, auquel s’ajoute parallèlement   un autre thème, rarement aussi bien décrit, celui de sa fille Marianne qui  volontairement préfère occulter totalement le passé et mener sa vie depuis cinquante ans, basée sur les silences et les non-dits .
Un beau jour, à force d’accumuler les tensions et de vouloir fermer les portes, Marianne à le fameux déclic. Elle explose : elle doit tout savoir.
Investie de cette mission et obsédée par son devoir de mémoire, c’est avec frayeur et enthousiasme que Marianne, à qui on n’a jamais rien transmis, va tenter de découvrir et recueillir avec beaucoup de tact, des pans de vie de sa mère, alors en maison de retraite.
 
Si Bella n’a jamais parlé de sa vie, c’est purement pour des raisons d’intégration. Cela consistait
comme elle disait, à devenir transparent, à s’assimiler sans faire de vagues.
La seule chose qu’elle répétait et demandait sans cesse à ses enfants, (comme la majorité des juifs l’on fait) était d’être performant dans leurs études et si possible meilleurs que les autres.
 
Enfance heureuse à Salonique. Nous sommes directement transportés en Grèce, ou comme le dit si joliment  Edgar Morin : l’appartenance d’un individu passe par les traditions culinaires, ici c’est l’aubergine sous toutes ses formes, des recettes ensoleillées.
 
Dans les années vingt, en réaction aux premières mesures antisémites et pour échapper au service militaire, un oncle quitte la Grèce pour la France.
le «Café Bosphore», rue Sedaine à Paris était  le rendez-vous des Saloniciens ayant appris le français à l’Alliance Israélite. A dix huit ans Bella est envoyée seule à Paris ou elle sera bientôt rejointe par sa famille.
Dix ans auparavant la sœur ainée de Bella s'est  mariée au Brésil.
En 1938, dans une lettre à sa famille elle les implore de venir la rejoindre au Brésil, car par les juifs allemands nouvellement arrivés à Rio , elle avait eu vent, de ce qui se passait en Europe. Elle leur relate «la nuit de Cristal» et les informe sur la fureur nazie qui frappe et accable la communauté juive.
Bella est horrifiée mais l’oncle Jo rassure immédiatement toute la famille, invoquant que la France est le pays de Léon Blum et qu’il n’y a rien à craindre pour les juifs, qui y sont considérées depuis longtemps comme des citoyens ordinaires.
 
Nous partageons le destin de Bella, son mariage, les horreurs de l’occupation, la traque et  la déportation.
De là découle pour sa fille, comme une évidence, la volonté de ne plus « se mettre un bandeau devant les yeux, » et d’affronter son passé d’enfant caché qu'elle avait totalement rejeté de sa mémoire depuis cinquante ans. 
Marianne se doit de transmettreà son fils ses origines celui-ci à son étonnement ne demande qu’à savoir. Elle applique donc ce que prône le Talmud : « On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes.»
 
Une très belle anecdote nous est contée, l'histoire d'Isaac Molho le grand amour d’enfance de Bella.
Petit juif sépharade de Salonique, épris de littérature, il émigre pour New York en 1935 ou il ouvre sur Rockefeller Center, la célèbre "Librairie de France" celle-ci fermera hélas ses portes en 2009, conséquence des loyers excessifs.
 
D'autres récits, plus honteux, comme apprendre qu’à Paris en 1942, au cinéma Berlitz, avenue de l’Opéra, des portraits de juifs étaient accrochés aux murs pour une exposition à succès nommée « Afin que les français puissent les reconnaitre.» 
Ou encore le fait qu'en 1956, le festival de Cannes déprogramme en dernière minute, le film «Nuits et brouillard » d’Alain Resnais pour de ne pas froisser l’ambassadeur d’Allemagne.
 
Une belle écriture que celle de Janine Gerson, dont le récit termine généreusement par les discours du Roi Juan Carlos à la synagogue de Madrid, le 31 mars 1992 et celui de Jacques Chirac le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv.
 
Milantia Bourla Cortes
 
Janine Gerson , BELLA - Itinéraire mémoriel.
Edition : Edilivre classique collection 2012
230 pages – 21,50 euros - ISBN.978-2-332-51440-0
 
 
 

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