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Milantia Bourla Cortes

Edgar Morin -,Mes Berlin ; 1945-2013. Editions du Cherche Midi (11/02/2014)


par Milantia Bourla Cortès
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Mes Berlin ; 1945-2013
Edgar Morin – Editions du Cherche Midi
96 pages - 12 euros – ISBN 978-2749131719
 
Ce livre est un cri d’amour, une fascination que Morin a toujours eue pour Berlin (Ce n'est d'ailleurs pas le seul intellectuel juif français à avoir été fasciné par cette ville, Claude Lanzmann, l'auteur du documentaire Shoah, l'est aussi mais, né juif et se déclarant athée est selon ses propres termes « viscéralement attaché à Israël").
 
Par ce livre j’ai cherché à me réconcilier avec Morin , à tenter de mieux le cerner. 
Mon attachement avec Edgar Morin ne remonte qu’en 1989 avec la parution de son ouvrage : «  Vidal et les siens », où il relate de façon très touchante ses origines sépharades (de son vrai nom : Nahoum),   et rend un très bel hommage à sa famille établie à Salonique depuis des siècles.
Depuis ce livre, je l’évoque souvent et lorsque que l’on m’interroge sur mon judaïsme, je réponds : «  Je suis comme Edgar Morin : mon judaïsme, mon identité, cette appartenance   s’est transmise par les aubergines ».
 
Me sentant   en totale symbiose avec ce sociologue philosophe, j’ai commencé à explorer ses ouvrages en partant de la Méthode, son œuvre majeure sur la connaissance des connaissances.
Mais, depuis 2002, suite à son délire contre Israël, je ne l’ai plus lu . J’ai lâché cet «  athée néo marrane » , qui déclarait , qu’ Israël (cancer ) ghettoïsait les Palestiniens, faisant ainsi l’apologie du terrorisme. (Suite à cela, Morin eut un procès pour diffamation et haine raciale auquel il fut relaxé au nom de la liberté d’expression.)
 
Mon amour pour cet homme qui avait émis   des propos allant aux antipodes de mes convictions s’est éteint. Et voilà qu’à l’Institut Sépharade, je trouve sur mon bureau, le dernier livre de Morin : «  Mes Berlin  ».
 
 Surprise qu’un Juif puisse faire une ode à Berlin, symbole de la haine nazie, je décide d’en faire ma chronique, Morin en étant l’auteur, tout en notant qu’il se déclara ensuite : « … comme un juif non juif ayant eu une éducation sans aucune référence juive ».
 
Cet ouvrage est un petit récit où dès les premières lignes , il se justifie en évoquant : ses dix ans et sa précocité dans la vie avec la disparation de sa mère , sa passion pour des films allemands porteurs de message comme «  La tragédie de la mine «  de 1931 , ainsi que ceux   de Fritz Lang et la voix rauque de Marlene dans « l’ ange bleu». Tout cela l’incitait à la fraternisation franco-allemande.
 
Morin avait une telle vénération pour l’Allemagne qu’il écrit «  j’ai tellement aimé la pensée, la poésie, la musique allemandes que je n’ai jamais pu, aux pires moments de la domination hitlérienne, aux heures les plus sanglantes de la répression contre notre résistance, identifier Allemagne et nazisme ; Je n’ai jamais cessé d’aimer ce pays en le combattant et je n’ai jamais pu, comme tant de Français y compris communistes à haïr LE BOCHE. »
 
Jeune, sociologue, communiste, anti nazi, résistant durant la guerre, Morin insiste beaucoup pour récuser toute culpabilité collective du peuple allemand ; tout comme il insistera pour avoir comme titre à une exposition qu’il organisa à la libération : «  Crimes hitlériens et non pas Crimes allemands»
1945 Morin fait tout pour avoir une mission à Berlin car il était hanté par cette interrogation : « Comment l’Allemagne a-t-elle pu produire ce que j’aime le plus au monde et ça qui me fait le plus horreur ? »
 
Il est donc nommé responsable de la propagande comme commandant assimilé, à la direction de l’information dans la première Armée française en Allemagne en 1945 
 
Ce livre est le récit de ses souvenirs depuis le Berlin en ruine de 1945 à nos jours. il nous relate les changements qu’il découvre après 1946, 1950, 1990 et plus tard. Il nous donne ainsi son avis, d’un point de vue politique, historique, sociologique et architectural.
 
Il faut attendre les trois dernières pages pour retrouver le Nahoum avec une mini pointe d’émotion quand il nous parle du Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, cette étendue de 20 000 mètres carrés de tombes nues en béton de tailles inégales, en plein centre de Berlin et de l’ancien quartier juif où des plaques de cuivre au sol devant les habitations portent les noms de leurs occupants morts en déportation .
 
Une seule référence à Israël en fin d’ouvrage en dit long : « … La culpabilité, quasi inexistante au lendemain de la guerre, s’est développée comme un chancre cœur de l’identité de l’Allemagne démocratique, ce qui par ailleurs inhibe toute critique à l’égard d’Israël . »
 
Ce livre va émouvoir les fans, les nostalgiques de Berlin   car il les emmène déambuler durant huit décennies avec Morin à travers ses sentiments d’amour et de respect. Edgar Morin, le penseur, « l’humaniste planétaire » de 92 ans aujourd’hui, qui plaide par son association à promouvoir «  La nécessité d’une pensée complexe », me surprendra donc toujours.
 
 
Milantia Bourla Cortes
 

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