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Milantia Bourla Cortes

Christine Angot : Un amour impossible


par Milantia Bourla Cortès
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Christine AngotUn amour impossible
 
Incontournable pour cette rentrée littéraire, d’autant plus qu’il est en lice pour le Goncourt 2015, le dernier livre de Christine Angot est vu comme un chef d’œuvre par toute une presse.
Cela se lit comme un suspense, même si la plupart de ses lecteurs en connaîtront déjà la fin, par la lecture en 1999 de L’inceste ou Une semaine de vacances.
 
Non, ici, ce n’est pas Christine Angot le centre du récit : c’est de sa mère qu’il s’agit, sa mère pour laquelle elle éprouve un amour dévorant et total durant toute son enfance.
Non, ici, le sujet n’est pas l’inceste et l’inexcusable : il est question du pourquoi et du comment de l’aveuglement de la mère.
 
Par des phrases courtes, télégraphiques, qu’il faut parfois relire, l’auteur nous relate l’amour impossible entre ses parents, entre une fille et son père, et entre une fille et sa mère.
 
La rencontre de ses parents, à la fin des années 1950 à Châteauroux - un environnement totalement dépourvu de charme –, voilà le cadre principal du récit.
 
La mère de l’auteur s’appelle Rachel Schwartz, 26 ans. Elle a été abandonnée par son père (juif) à l’âge de 4 ans. Depuis des années, elle est dactylo à la Sécurité sociale. Elle rencontre Pierre Angot, traducteur, fils d’un directeur de chez Michelin ; ils s’aiment, mais elle n’appartient pas au milieu cultivé et bourgeois antisémite dont il est issu. De ce fait, alliance impensable pour lui.
 
La mère, admirative et complexée sociale, accepte tout du bon vouloir de cet homme. Il a sur elle un pouvoir total.
 
« Je ne t’épouserai pas, tu le sais, on en a déjà parlé. » Malgré la mise en garde de Pierre, elle lui fera un enfant prénommée Christine, qu’il daigne accepter – mais hors de question de le reconnaître à sa naissance. « Dans leur monde, on n’a pas d’enfant avec une juive, surtout si elle n’a pas d’argent et qu’il n’y a rien à obtenir d’elle. à part son cul. »
 
La grand-mère de Christine est, au départ, une pauvre femme qui n’a jamais connu son père. Rachel est le fruit de sa liaison avec monsieur Schwarz, qui ne restera que peu de temps en France pour des raisons d’antisémitisme… « Il était revenu treize ans plus tard, après la guerre, qu’elle avait traversée en mourant de faim, de froid et de honte. »
 
Rachel est une femme aimante, faible, victime, et courageuse ; elle vient d’une famille bien française, très modeste, où l’histoire mère-fille se répète à travers les générations par le fait d’hommes de passage.
 
Le père de Christine est innommable. Au cours de ses rares venues et jusqu’à ce qu’elle ait l’âge de 16 ans, il sodomisera sa fille.
 
Christine ne parle pas, mais il y a rupture des liens d’amour qui l’unissaient tant à sa mère.
La mère, comme c’est hélas souvent le cas, se doutait d’un malaise, mais préférait occulter –jusqu’au jour où un tiers l’informera de ce que vit sa fille. 
 
Tombant très malade, elle est hospitalisée. Elle dira a sa fille : « j’avais été rejetée par mon père, j’avais été rejetée par le tien. Je trouvais normal que tu me rejettes… »
Christine Angot interprète aujourd’hui les actes de son père comme la vengeance d’un homme se sentant d’une classe supérieure, au-dessus des lois, auquel on ne doit rien imposer et surtout pas la revendication de porter son nom.
 
Non, Christine Angot ne veut pas se laisser crucifier, comme elle dit ; donc, c’est par ce travail d’écrivain qu’elle cherche en permanence des explications à des non-dits, ou à des attitudes si troubles qu’elles font de ce récit intime un livre poignant.
 
Certains ont dit que ce roman était pour l’auteur une base, ou un prétexte pour aborder une certaine judéité.
 
On ne sait pas grand-chose de ce grand-père maternel pas très avenant, si ce n’est qu’il est d’origine juive et qu’en 1935, il est parti en éclaireur pour l’Egypte.
 
J’espère qu’un jour prochain, nous aurons le plaisir de connaître le récit de ce grand-père juif au travers d’un nouvel ouvrage de Christine Angot.
 
Milantia Bourla Cortes
septembre 2015
 
 
Un amour impossible
Christine Angot
Editions Flammarion
216 pages - ISBN : 978-2- 081-28917-8 - 18 euros

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