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 Grande synagogue de Tunis saccagée 

PREFACE.

Alexandre Del Valle.

A l’heure où le thème des « réfugiés palestiniens » est exploité par tous les supporters de la « cause arabe » désireux de pourfendre le « fascisme » israélien où le « racisme sioniste », le livre de Moïse Rahmani arrive à point nommé.

Il remet en quelques sortes les pendules à l’heure.

Il était temps.

Car à force de mentionner les seules souffrances des Palestiniens victimes des « colonisateurs » juifs, à force de parler de l’exil des centaines de milliers d’Arabes ayant trouvé refuge dans les pays voisins - ce qui conduit d’ailleurs tant de bonnes consciences à poser le « retour » des Palestiniens comme préalable à toute solution au problème israélo-palestinien -, l’on en est venu, ces dernières années, à occulter complètement l’exil de plusieurs millions de Juifs, chassés des pays arabes où ils étaient pourtant établis bien avant les « autochtones » arabo-musulmans.

Mieux, on en est arrivé à considérer ces mêmes Juifs, communément appelés « Sépharades », en référence à l’origine espagnole de ceux qui trouvèrent refuge dans le monde arabe et ottoman après avoir été chassés d’Espagne (sépharade signifie « espagnol » en hébreu), comme des étrangers dans les pays où ils avaient vu le jour et vécu des siècles durant.

C’est ainsi que les Juifs d’Algérie sont assimilés à des « Pieds-noirs » au même titre que les colons français et italo-espagnols établis en Afrique du Nord que les Juifs d’Egypte, de Tunisie ou de Libye sont considérés comme tout aussi « extérieurs » que les colons italiens, grecs, français, jadis établis entre Alexandrie, Tunis ou Tripoli.

Bref, à force de se lamenter sur le seul sort malheureux des « réfugiés » palestiniens et d’occulter corrélativement celui pourtant tout aussi douloureux des Juifs chassés des pays arabes, les fils de Moïse et de David ont fini par être privés de leur statut d’autochtones pour apparaître en fin de compte comme des étrangers sur les terres qui les ont vu naître, de sorte que leur exil, loin d’apparaître injuste comme celui des Palestiniens « vrais habitants d’Israël », est désormais perçu comme légitime et réparateur, dans la mesure où l’exil d’un « colon » n’est jamais aussi injuste et critique que celui d’un « vrai autochtone ». De là à justifier, par extension, les brimades, les humiliations, voire les persécutions des Juifs osant demeurer en terre arabo-islamique, le pas est vite franchi, puisqu’un « colon », un « pied-noir », un « envahisseur », agent de l’étranger judéo-chrétien et de « l’impérialisme occidental », ne peut en aucun cas être à plaindre et ne récolte que les châtiments qu’il mérite du seul fait de son caractère « extérieur » et « colonialiste-oppresseur ».

A cause de cette coupable occultation de la mémoire autochtone des Sépharades, les Juifs du Maghreb, comme ceux du Yémen, d’Irak, de Syrie ou même de Perse, bien qu’étant établis sur place avant même l’islamisation et les conquêtes arabes, sont désormais rangés malgré eux dans la catégorie forcément coupable de « l’extériorité » et de « l’allochtonéité », par opposition aux « vrais autochtones » arabo-musulmans.

Bref, les millions de Juifs des pays d’islam sont devenus totalement étrangers aux contrées où ils ont vu le jour et où leurs ancêtres se sont épanouis pendant des millénaires.

Sait-on seulement que les Juifs du Maghreb sont en partie les descendants des anciennes peuplades berbères converties, ou même qu’il exista jusqu’à l’époque de Mahomet des tribus entières de Juifs arabes dans l’actuelle péninsule arabique, les plus célèbres étant celles de Médine et de Yatrib ?

Ose-t-on seulement rappeler qu’il exista jadis (et même parfois encore) des Juifs pleinement perses, pleinement arabes, pleinement berbères, de même qu’il existe des Juifs italiens, français, allemands « de souche » ?

A force d’occulter l’exil des Juifs des pays musulmans et d’assimiler ces derniers au seul Etat hébreu dont ils sont certes en général solidaires et dans lequel ils ont souvent trouvé refuge, les Juifs sépharades ont perdu le droit le plus élémentaire pour tout être humain de vivre dans leurs pays d’origine et de voir reconnaître leur identité.

Moïse Rahmani montre d’ailleurs parfaitement bien comment le sort des Juifs dans les pays arabes ne cessa de se dégrader à partir de la fondation de l’Etat juif, puis au moment de la décolonisation, les fils d’Israël étant perçus comme « extérieur » au double titre du « sionisme » et de la complicité avec le « colonialisme » et « l’impérialisme ».

On sait à quel point pareil motif accusatoire demeure actuel et central dans les représentations antisionistes et judéophobes modernes également parfaitement désoccultées par Pierre André Taguieff, Jacques Tarnero et William Goldnadel depuis quelques années.

Je pense d’ailleurs que l’oeuvre de Rahmani s’inscrit dans la même logique de redécouverte de la Mémoire et d’auscultation du virus antijuif mutant suivie par ces différents auteurs, eux mêmes redevables envers les deux pionniers de ce champ d’investigation que furent Bernard Lewis et Bat Yé’Or, références incontournables que Moïse Rahmani cite souvent, à raison.

D’une manière générale, si l’on sort du seul champ de la judéité, ce sont les minorités religieuses en général, juives, chrétiennes, alaouïtes, druzes, ismaéliennes, bahaïs, zoroastriennes, etc, voire ethno-religieuses : (Maronites, Coptes, Kabyles, noirs-animistes) qui sont considérés comme les « ennemis » intrinsèques des Arabes musulmans, les « cinquièmes colonnes » du colonialisme croisé et occidental, les chevaux de Troie de l’impérialisme « américano-sioniste ».

Ces dernières années, la façon dont les Kabyles d’Algérie ont été systématiquement dénigrés comme « ennemis des Arabes », « crypto-Juifs » ou « crypto-chrétiens », ou la perception croissante des chrétiens d’Irak, pourtant traditionnellement proches du pouvoir, comme des « complices des Croisés » américains qui bombardent le pays de Saladin, sont particulièrement révélatrices de la progression fort inquiétante d’une mentalité néo-raciste et paranoïaque au sein des consciences arabo-musulmane qui n’est autre que l’ingrédient de base du virus totalitaire : l’Autre est diabolisé, rangé dans la catégorie infra-humaine sa Mémoire est niée il est étrange et étranger au « Nous », et il est surtout responsable de tous « nos maux ». Le Juif, le Croisé, l’Occidental, les minorités, les laïcs, les démocrates luttant pour les droits de l’homme et de la femme, bref, tous ceux qui ne donnent pas dans l’outrance identitaire arabo-islamique sont suspects, traîtres, apostats ou ennemis. Nous retrouvons là le même phénomène qui avait permis à Adolphe Hitler de lancer la Solution Finale au nom de l’éradication du bouc-émissaire juif et maçonnico-communiste.

Le lien entre la montée terrifiante du totalitarisme islamiste, visible partout en terre d’islam, et le dossier de l’exil des Juifs des pays arabes est plus fort que ne pourrait le croire. Car une solution finale, une mise en action de la haine, commencent toujours par un enseignement préalable de la haine, et l’enseignement de la haine de l’Autre commence par la négation de la mémoire, de l’identité de l’Autre. Plus précisément, la négation de l’identité de l’Autre commence par la fait de nier à ce dernier le droit d’être un « autochtone », un « vrai citoyen », un « vrai national ».

L’antisémitisme européen post-chrétien des XIX-XX èmes siècles qui conduisit à la Shoah, et qui est mieux que nulle part ailleurs exprimé dans les Protocoles des Sages de Sion, ouvrage si populaire en terre d’Islam, emprunte massivement à ce registre démonisant et disqualificateur. Or, ce processus de négation de l’identité autochtone des Juifs des pays arabes, cette propension à excuser a posteriori le sort si douloureux des millions de Sépharades chassés de leurs propres pays par le seul fait qu’ils sont plus ou moins consciemment considérés comme des colons et donc des envahisseurs, sont largement à l’oeuvre, hélas, non seulement au sein des représentations arabes, mais dans celles de la plupart des Européens et des Occidentaux non juifs, résignés à ne voir dans l’exil des Juifs sépharades que le résultat somme toute compréhensible et légitime du processus d’émancipation des peuples arabo-musulmans du joug colonial européen.

Un exemple patent de cet oubli criminel fut donné lors de l’attentat islamiste qui frappa la synagogue de La Ghriba, dans le sud de la Tunisie, en mars 2002 : alors que les Juifs étaient installés en Tunisie plusieurs siècles avant la naissance même de Mahomet, et donc longtemps avant l’arabisation-islamisation de la Tunisie et de l’Ifrikiyya, les médias français et occidentaux parleront de la « colonie juive de Djerba », comme si les Juifs du Sud de la Tunisie, que les Arabes tunisiens reconnaissent pourtant eux-mêmes comme des autochtones, et que les Juifs du Nord du pays raillent souvent pour leur « arabité », pouvaient un seul instant être comparés à des « colons », notion encore plus péjorative que celle de «Pieds-Noirs ».

Rappelons également que le simple fait de qualifier les Juifs du Maghreb de « Pieds-Noirs » constitue en soi une aberration et participe de la même occultation de lIdentité et de la Mémoire des Juifs du Maghreb. Car en dehors des Juifs italiens de Tunisie ou des Espagnols directement descendants des Judios chassés d’Espagne en 1492, le fait de qualifier les Juifs d’Afrique du Nord de « Pieds-noirs » prive ces derniers du droit symbolique et historique à vivre sur les terres désormais exclusivement arabo-musulmanes du Maghreb.

Il n’est donc du tout étonnant que plus personne n’ose rappeler que ceux que l’on nomme les Sépharades ne sont pas tous des descendants d’Espagnols mais qu’en tant qu’autochtones, ils peuvent être tout aussi arabophones, tout aussi perses, tout autant pleinement « syriens », « égyptiens », « yéménites » que les syriens ou yéménites « de souche ».

Si l’on applique cette occultation au théâtre occidental, cela reviendrait à ne pas oser considérer un juif italien, un juif allemand ou un juif français comme un « vrai français », un « vrai allemand » ou un « vrai italien ». Retirer le statut d’autochtonéité française à la famille Debré, aux Chaban-Delmas, aux Fabius, aux Rotchild ou aux Dassaut sous prétexte que ces illustres familles auraient des ascendances juives serait immédiatement perçu comme une marque d’antisémitisme ou de judéophobie. A juste titre.

On peut donc valablement s’interroger sur les raisons qui poussent à tolérer cette forme d’antisémitisme lorsqu’elle frappe les Juifs des pays arabes, niés dans leur identité et leur histoire, alors que le même exercice est qualifié de raciste en terre non arabo-islamique. Y aurait-il donc « un droit à la judéophobie et à la xénophobie » lorsque l’on est Arabe, Palestinien, musulman et que l’on s’exprime au nom des « victimes de l’impérialisme et du sionisme » ?

La mutation « progressiste » du virus antisémite.

L’emploi du terme de « judéophobie » plutôt que celui « d’antisémitisme » n’est pas anodin, car là aussi, la bataille est gagnée d’abord sur le terrain de la guerre des mots, de la sémantique, de sorte que l’utilisation même du terme antisémitisme permet aux anti-juifs musulmans et à leurs complices objectifs pro-arabes et pro-palestiniens d’extrême-gauche de rétorquer : « Nous ne pouvons pas être antisémites, puisque les Arabes sont plus sémites encore que les Juifs, souvent d’origine européenne comme les Ashkénazes, nous ne sommes qu’antisionistes ». Parler de « nouvelle judéophobie » comme l’a proposé le politologue Pierre André Taguieff permet d’invalider cette argumentation sémantique de type subversive pour aller droit au but et désigner la nouvelle vague mondiale de haine anti-juive essentiellement portée par la vulgate pro-palestinienne et anti-sioniste pour ce qu’elle est : une version moderne, mutante pseudo-progressiste et exotique de judéophobie.

Il va sans dire que le traditionnel antisémitisme (entendu ici comme haine anti-juive) d’essence racialiste (Edouard Drumont, conceptions nazies, etc.) ou catholique (maurrassisme, doctrine des Juifs « déicides », etc.) tel qu’il a pu se manifester et surtout s’exprimer jusqu'à la seconde guerre mondiale, n’est plus vraiment à la mode en France et en Europe, les chrétiens ayant globalement abandonné les théories relatives aux « Juifs déicides » tandis que l’antijudaïsme racialiste à la Rosenberg n’est plus le fait que de groupuscules extrémistes aussi ridicules que marginaux, incapables de nuire physiquement aux Juifs et souvent même discrédités au sein même de leurs familles politiques. C’est en effet essentiellement au nom de l’Islamisme ou du palestinisme (versions arabes ou d’extrême-gauche) qu’a coulé le sang juif ces cinquante dernières années, et non au nom de l’antisémitisme occidental chrétien ou nazi, heureusement discrédité et banni depuis la Shoah.

Comme l’a montré en effet l’islamologue américain Bernard Lewis, que Moïse Rahmani cite dans son texte, la récente vague mondiale de haine anti-juive, sous couvert de progressisme anti-sioniste, s’inscrit dans le cadre d’une inversion des courbes traditionnelles de l’antisémitisme comparé arabe et européen, la judéophobie européenne ayant toujours surpassé en intensité et en violence celle du monde arabo-musulman, ceci jusqu’à la période de mutation du virus antisémite que furent les années cinquante et soixante, qui virent la création de l’Etat d’Israël victorieux des Arabes et l’indépendance des pays arabo-musulmans décidés à en découdre avec le colonisateur européen et ses complices sionisto-impérialistes juifs. L’idée centrale de Bernard Lewis selon laquelle l’antisémitisme arabo-musulman a pris récemment le relais du traditionnel antisémitisme des Européens mérite d’être développée, car l’on n’a jusqu'à maintenant jamais parlé que des formes extrême-droitières de la judéophobie, les très nombreux actes de haine anti-juive constatés depuis le déclenchement de l’Intifada Al Aqsa tant dans le monde arabo-musulman qu’en France et en Europe n’ayant point suscité d’indignation publique de la part de nos intellectuels, hommes politiques ou médias comme cela fut au contraire le cas lors de « l’affaire Carpentras ».

Comment expliquer une telle dissymétrie, un tel deux poids deux mesures ? Pourquoi un Juif tué ou agressé par l’extrême-gauche ou des « jeunes » arabo-musulmans serait-il moins victime et moins à défendre qu’un Juif agressé et tué par l’extrême droite ? La raison est en fait assez évidente. Dans les représentations d’une certaine gauche sartrienne, trotskyste, mondialiste et tiers-mondiste à la Foucault, les Juifs ont toujours été choyés démagogiquement et instrumentalisés parce qu’ils étaient perçus exclusivement comme des victimes apatrides persécutées par le nationalisme et par l’Etat-nation en général, Foucault ayant affirmé qu’il n’existe qu’une différence de degré, non de nature, entre la nation et le nazisme. Si bien que s’est développée une équivalence infernale assimilant la Nation, l’Etat et l’ordre au fascisme et même au nazisme, donc au Mal absolu, à abattre au moyen du radicalisme révolutionnaire mondialiste. Toute cette idée est exprimée à travers l’expression terriblement dévastatrice « CRS SS ». Mais dès lors que les Juifs, voulant par là résoudre définitivement la question antisémite avec le sionisme puis menant à bien cette aventure avec la création de l’Etat juif en 1948, accèdent à nouveau à une dimension stato-nationale, bref, dès lors qu’ils s’identifient à un Etat, qui défend jalousement ses frontières (notamment depuis la date charnière de 1967) et fait régner un Ordre, jusqu'à être fier de son armée - et quelle armée - (ce qui bat en brèche le mythe du Juif pleutre et réfractaire à la chose militaire) et de son uniforme (horreur absolue puisque les Nazis portaient l’uniforme !), la figure du Juif intrinsèquement apatride, dont la douleur est instrumentalisée sans vergogne pour justifier les thèses marxistes anti-nationales et révolutionnaires, disparaît, au profit d’une nouvelle victime apatride, d’une nouvelle figure victimaire essentialisée sans Etat: le Palestinien, l’Arabe, le musulman. Or si l’Arabe est la nouvelle victime absolue sans Etat et le Juif israélien le/son nouveau bourreau-nationaliste par excellence, et si l’incarnation la plus « arrogante » de la réalité nationaliste « blanche » apparaît être Israël, on assiste à un véritable renversement des rôles selon lequel l’Arabo-musulman est le « nouveau juif » exotique victime du racisme blanc et le Juif sioniste « le nouveau nazi-raciste ». Ce nouveau mythe répulsif s’exprime à travers ce syllogisme accablant : « Israël est un Etat fasciste et raciste les Arabes sont ses victimes innocentes or les Juifs sont massivement solidaires de cet Etat soumis à la reductio ad Hitlerum donc les Juifs sont des racistes et des Nazis »...

Les nouveaux visages de l’antisémitisme « relooké » ne sont donc plus seulement bruns, mais de plus en plus verts. Les Juifs incarnent aujourd’hui, à travers Israël, le camp de « l’oppression colonialiste » et nationaliste, les Palestiniens étant quant à eux les « rebelles-opprimés » par excellence, les nouveaux David arabes luttant le Goliath Tsahal, les nouvelles victimes musulmanes a priori, essentielles, donc jamais réellement coupables, même lorsqu’elles optent pour la barbarie terroriste, puisque certains trouvent des excuses et des circonstances atténuantes à Ben Laden, au Hezbollah ou au Hamas. Ces nouvelles victimes essentielles vertes, « humiliées » par l’impérialisme « américano-sioniste » ne font en effet que « résister » contre un Etat hébreu « fasciste », incarnant le nouveau Mal fascistoïde absolu.

Telle qu’elle s’exprime en France et en Europe, cette nouvelle judéophobie est sans conteste bien plus sournoise que l’antisémitisme de l’entre-deux guerres, dans la mesure où elle se cache derrière de nouveaux habits légitimateurs « progressistes » (tiers-mondisme, anti-racisme, anti-impérialiste, islamophilie, xénophilie sélective, gauchisme révolutionnaire, etc), et tend à se présenter comme une réaction face au « racisme sioniste », que d’aucuns voulaient condamner unilatéralement à Durban. Là, se déroula cet été une incroyable conférence mondiale initialement prévue pour condamner toutes formes de racisme et d’esclavagisme et qui tourna, sous la pression des nations musulmanes du tiers-monde, au tribunal anti-occidental et antisioniste, seuls les racismes européen et israélien puis l’esclavage occidental ayant été identifiés et condamnés. On réhabilitera alors la résolution de l’ONU assimilant le sionisme au racisme, comme si les Etats islamistes et esclavagistes du Golfe, sans parler du Soudan génocidaire ou du Nigéria, n’étaient pas encore plus racistes que le seul Israël, qu’on le veuille ou non, démocratique.

Qu’on le veuille ou non, les nations musulmanes du monde entier sont de plus en plus gagnées par l’idéologie revancharde et haineuse de l’islamisme, pour lequel la totalité des maux dont souffrent les ploutocraties du Dar al Islam est due à égalité aux «croisés-colonisateurs » européens et aux « américano-sionistes », d’où l’expression chère à Ben Laden : « les Juifs et les Croisés ». Dans le monde islamique comme en Occident, qui abrite désormais des millions de Fidèles d’Allah, lorsque les jeunes musulmans fanatisés par les propagateurs du nouveau « totalitarisme vert » ne passent pas à l’acte, on les entend se réjouir du terrible sort des victimes, en grande partie juives, de l’attentat du World Trade Center et du Pentagone, tandis que d’autres, apparemment moins violents, rebaptisés « jeunes », peuvent crier sans vergogne « Mort aux Juifs » place de la République, lors de manifestations « antisionistes » et « antiracistes » (octobre 2001), sous les habits légitimateurs et déculpabilisants du MRAP (partie prenante à la fameuse manifestation pro-palestinienne où l’on entendit des appels à la haine antijuive) et de l’extrême-gauche « antisioniste ». Cette dérive récente, fruit de la renonciation de la République à combattre l’intolérance islamiste et à promouvoir une réelle politique d’intégration, à laquelle on a dangereusement préféré une logique communautariste faisant le lit des islamistes, risque de réserver, d’ici les prochaines années, de funestes surprises. Comme on le constate chaque jour, l’antisémitisme ne sévit plus uniquement dans les couloirs explicitement haineux de l’antisémitisme racialiste, puisque c’est désormais l’extrême-gauche et toute une partie de la gauche qui renoue, sous prétexte de dénoncer les outrances passées et présentes de Sharon, mélange de « Lepen juif » et de « Milosevic israélien », avec un « antisionisme radical » que l’on croyait dépassé depuis la fin des « années de plomb » (âge d’or du terrorisme antisioniste d’extrême-gauche) et qui légitime de facto l’antisémitisme et le totalitarisme arabo-islamistes. On se souvient également de Lionel Jospin, caillassé, rappelé à l’ordre par le Quai d’Orsay et ses camarades du PS, après avoir osé dénoncé la nature terroriste du Hezbollah, officiellement consacré « force de résistance » contre Israël. Ou encore d’un rapport interne du PS rédigé par le « monsieur géopolitique » du Parti socialiste, Pascal Boniface, exortant la Gauche d’abandonner progressivement l’électorat juif (sept cent mille personnes à tout casser) au profit de l’électorat arabo-islamique, potentiellement équivalent à cinq millions d’âmes... D’autres, comme Noël Mamère, Alain Gresh du Monde Diplomatique, et tout un pan de la Gauche verte et radicale, expliquent en grande partie la barbarie du Hamas et de Ben Laden par le soutien occidental à Israël et l’alignement européen sur les Etats-Unis. En vertu de cette grille de lecture, la solution au « problème sioniste », nouvelle transposition du « problème juif » de Marx, n’est autre qu’une disparition de l’entité qui pose problème, l’Etat hébreu, bref, sa disparition, car pour les antisionistes radicaux d’extrême-gauche et arabo-islamiques, c’est bien l’idée même de l’Etat juif-occidental en plein cœur du tiers-monde arabe qui est rejetée. En termes clairs, c’est une « nouvelle solution finale » qui est implicitement proposée par les « nouveaux judéophobes », Ben Laden et les islamistes radicaux étant quant à eux carrément explicites puisqu’ils appellent à « tuer les Juifs et les Croisés américains (al Yahoud wal Salibiyoun) partout où ils se trouvent ». Comme on le voit, entre Rouge et Vert, la convergence idéologique antisioniste et anti-américaine constitue plus qu’un simple terrain d’entente. Incontestablement, Roger Cukierman, lorsqu’il fustigea la convergence des totalitarismes judéophobes rouge-brun et vert, a vu juste, même si pareille accusation en a choqué plus d’un.

Quant à Moïse Rahmani, grâce à son ouvrage sur la mémoire bafouée des Juifs des pays arabes, il vient d’accomplir une véritable action de salut public dans la lutte contre les nouvelles formes de judéophobie, dans la mesure où nous avons vu que le virus antisémite mutant puise une partie de sa « légitimité » et de son exonération dans la négation du caractère « autochtone » des Juifs des pays arabo-musulmans puis dans la mise en avant corrélative du seul triste sort des « réfugiés » arabes « chassés » d’Israël. Face à ceux qui continueront à brandir la mémoire instrumentalisée des « réfugiés palestiniens » pour disqualifier l’Etat hébreu, en Israël, le livre de Rahmani permettra de brandir celle, oubliée, des « réfugiés » juifs des pays arabes, enfin réhabilitée après cinquante années d’oubli coupable.

Alexandre Del Valle.