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 Les quatre jeunes filles assassinées en Syrie en 1974


 

Introduction

Sait-on que les Arabes n’habitent dans ce que nous appelons, de nos jours, « les pays arabes » que depuis le septième siècle ? Sait-on que la présence juive y est antérieure de sept cents, peut-être même de mille ans ?

Beaucoup ignorent que, jusqu’au dixième siècle,  plus de quatre-vingt-dix pour cent de la population juive mondiale résidaient dans ces pays.

 

On s’imagine à tort, que la vie fut toujours idyllique en terre d’Islam. Durant les siècles qui précédèrent la période des protectorats français, anglais, italien pour la Libye, si celle-ci fut  moins pénible qu’en Europe, elle connut son lot d’exactions, de pogroms, de massacres. Albert Memmi affirme dans son Juifs et Arabes  déjà cité, qu’abstraction faite de la Shoah, « l’ensemble des victimes des pogroms  russes, polonais et allemands, n’excède probablement pas l’ensemble des petits pogroms successifs perpétrés dans les pays arabes ».

Les brimades étaient quotidiennes et l’existence ne tenait parfois qu’à l’humeur des dirigeants … ou des voisins. ! Je raconte plus loin, qu’un ancêtre d'un cousin, surpris par une pluie soudaine, fut brûlé vif en Iran pour avoir éclaboussé par inadvertance un mollah.

 

La vie changea avec l’arrivée des colonisateurs. L’émancipation dans leurs bagages, ils accordèrent aux Juifs des droits égaux. Ils instaurèrent des tribunaux dits "mixtes" qui seuls pouvaient juger les citoyens européens tandis que les indigènes étaient assujettis aux cours locales. Nombre d’Israélites, soucieux d'échapper au statut de dhimmitude, tenteront d'acquérir une nationalité étrangère afin de se dérober à ces juridictions où l’unique loi en vigueur était celle de la Charia, le code rigide qui régit les heures de chaque Musulman et qui défavorise le dhimmi. Rappelons, entre autres humiliations imposées, que le témoignage de celui-ci, Chrétien ou Juif, n'est pas opposable au Musulman.

 

Avec l’égalité,  la vie devint générablement agréable ! Le pays est beau, le climat tempéré, les jours coulaient tranquilles. Les relations entre communautés se vivaient plus harmonieuses. Les Arabes sont souvent des gens charmants, serviables, hospitaliers, généreux.

Les Juifs, afin de conquérir une égalité refusée naguère se découvrent nationalistes, parfois plus que les Arabes eux-mêmes… Ils se battront au vingtième siècle  pour le droit des habitants à se diriger. Parmi les pionniers des mouvements d’émancipation figurent  des gens tels l’Egyptien James Sanua (dit « Abou Nadara »), qui aurait fondé Al Ahram, et sera exilé par les Anglais (il est enterré au Père Lachaise), Henri Curiel, fils de banquier, un des initiateurs du mouvement communiste égyptien,  le médecin Léon Benzaquen, familier du roi Mohamed V, ministre des postes du premier gouvernement marocain entre 1956 et 1958, André  Bessis ou André Baruch en Tunisie. Pour les mêmes raisons, nous trouverons également des Chrétiens du cru et des Arméniens parmi les nationalistes dans les pays arabes, comme nous trouverons tant en Europe qu'en Orient maints Juifs dans les mouvements communistes dont le programme accorde à tous des droits identiques.

 

Dina de malkhuta dina. La loi du pays est la loi, affirment nos Sages depuis près de deux mille ans. Et ils ajoutent : « fais le bien de ta cité ».

 

J’aime les pays arabes et m’entends avec ses ressortissants… surtout lorsque ceux-ci habitent l'étranger ! Le mal du pays rapproche les déracinés. Je les apprécie pour autant qu’ils me respectent et me considèrent égal à eux-mêmes, jouissant des mêmes droits, rare privilège dans le passé, nous l’avons vu.

 

Pourquoi les arabo-musulmans n'arrivent-ils  pas à admettre que les Juifs et les Chrétiens partageant une terre commune, l'Egypte par exemple,  puissent être des citoyens à part entière ? Pourquoi n'arrivent-ils pas à concevoir qu'un état, Israël, soit régi par sa majorité juive avec des citoyens arabes israéliens ? Ceux-ci y vivent certes mieux que dans les pays voisins. Ils bénéficient des mêmes droits que les Juifs, sont représentés par des députés et des hommes politiques les défendent.

 

Nous connaissons les problèmes qu'endurent les minorités chrétiennes en terre d'Islam : Coptes en Egypte, Maronites au Liban, Nestoriens en Syrie, Chrétiens au Soudan et sous l'autorité palestinienne. Et que dire des pays islamiques asiatiques : Indonésie,  Pakistan ?

 

Le délégué égyptien  auprès des Nations Unies, Heykal Pacha, déclara, durant la session de 1947, que la vie d’un million de Juifs habitant les pays arabes serait en danger si un état d’Israël était créé et que les Juifs d’Egypte seraient des otages. Le mufti de Jérusalem, le sinistre Hadj Amin el-Husseini, ami d'Hitler et fondateur des légions musulmanes de l’armée allemande, avertit que la situation des Juifs dans les pays arabes serait très précaire, que les gouvernements ne pourraient empêcher la violence de la populace.

 

Avons-nous oublié les trois non de Khartoum, après la guerre des Six Jours ?

Non à la reconnaissance d’Israël.

Non à la négociation avec Israël.

Non à la paix avec Israël.

 

L’article 15 de la Charte du Hamas stipule : « Le jour où les ennemis usurpent une terre d'Islam, le djihad devient le devoir individuel de chaque musulman ». Doit-on en déduire que l’Espagne, qui fut musulmane durant près de huit cents ans, doit redevenir terre d’Islam et que le djihad sera déclaré à son encontre ? Que la France, conquise jusqu’à Poitiers, l’est ? Que l’Europe, de la Turquie à Vienne, le sera ?

J’ai lu, encore récemment, dans Le Soir de Bruxelles du 27 août 2002, que près de cinquante mille Palestiniens avaient fui  la Cisjordanie et la bande de Gaza (sans doute les inclura-t-on dans le nombre des réfugiés !). Pourquoi se garder de préciser que la grande majorité sont des Palestiniens chrétiens qui fuient leurs concitoyens musulmans ?

 

Certains Arabes claironnent que leur civilisation - qui fut certes brillante et apporta beaucoup à l’humanité - est inégalée, sans pareille,  supérieure et doit se substituer aux autres. Ils en deviennent insupportables. Le lecteur lira avec profit les interviews de deux dirigeants musulmans : l’Egyptien Cheikh Abû Hamza  imam de la mosquée de Finsbury Park et directeur de l’Ansar Al-Shari'ah Organization, et le Cheikh Omar Bakri, d’origine syrienne, qui constitua et dirige la cour religieuse islamique à Londres, qui préside également l’Al-Muhajiroun Islamist Organization. Elles sont publiées dans le quotidien londonien de langue anglaise Al-Hayat et se trouvent dans le site internet de l’auteur (www.sefarad.org), sous les pages http://moise.sefarad.org/belsef.php/id/915/. : « Nous transformerons l'Ouest en un régime islamique par l'extérieur ou par une une invasion culturelle » (cf aussi le site http://www.memri.org de Middle East Media Reseach Institure, MEMRI).

 

Suivant Alexandre del Valle dans son magistral  Le totalitarisme islamique à l’assaut des démocraties , éd. des Syrtes,  Paris 2002, p. 308 : »  lors du prêche (khotba) du vendredi donné dans la mosquée du centre (à Bruxelles, ndla) et enregistré par un agent du renseignement belge en 1988, Abdullah al-Ahdal (son directeur ndla) avait publiquement présenté sa vision du régime islamique idéal, réalisable  un jour en Europe, dans lequel les «autochtones »seraient soumis à un impôt spécial et le problème du voile islamique dans les écoles peut-être résolu par son port obligatoire pour les « vraies croyantes ». Voilà la vision que l’on nous promet : citoyens minoritaires, des dhimmis.

 

Certes les Arabes peuvent être légitimement fiers de leur héritage mais encore doivent-ils accepter celui de leur prochain.

 

Penser ou affirmer qu’une religion, une civilisation, peu importe laquelle,  soit « supérieure » à une autre est une aberration et une hérésie. D’après la tradition juive, reprise tant par la chrétienté que par l’islam, un seul homme fut crée à l’origine afin que nul ne puisse affirmer : « mon père est supérieur au tien » et si la parole de Dieu fut donnée à Moïse dans le désert, qui n'appartient à personne, c’est parce qu’elle s’adresse à tous, sans exclusive.

 

Parlons de l’Arabie Saoudite qui chassa tous les « infidèles », leur prohibant, sous peine de mort, l’entrée du Hedjaz durant des siècles. Elle n’accepta de recevoir des Occidentaux – chrétiens uniquement – que depuis la découverte du pétrole, sa seule richesse dont les revenus sont si mal employés.

Nous ne parlerons pas d’Henry Kissinger, Juif américain, qui foula ce sol comme représentant du gouvernement des Etats-Unis, ni des soldats juifs américains, venus défendre, avec leurs concitoyens, ce pays contre la menace irakienne et qui y sont stationnés mais aucun Juif n’est toléré sur cette terre arabe. Est-ce là une preuve de  tolérance ?

 

Signalons qu’une femme seule ne peut entrer dans le pays.

 

Jusqu’en 1948, cinquante-quatre mille Juifs vivaient dans la péninsule arabique, principalement au Yémen. Quelques dizaines habitaient le Koweït, Bahreïn, les Emirats. Ils furent expulsés en 1948 et un Juif aujourd’hui y est pratiquement interdit de séjour.

 

En 1985 je m’étais lié d’amitié avec un client potentiel koweïtien qui, bien que connaissant mes origines, m’invita à lui rendre visite. La firme qui m’employait avait des clients locaux et le marché était important. Mon ami réussit à m’obtenir le visa et je fis le déplacement. Mes  contacts n’ignoraient pas ma religion mais m’incitèrent à garder le silence car, si je venais à être découvert je risquais, dans le meilleur des cas, la prison avant l’expulsion, dans le pire, le poteau sous le fallacieux prétexte d'espionnage. Je ne fus pas  inquiété mais, je l'avoue, je n'étais guère tranquille.

 

Le Koweït est un pays bâti sur une seule richesse : le pétrole. Des fortunes colossales sont aux mains de quelques magnats. L’arrogance est de règle, les serviteurs traités fort mal, moins bien que les bêtes. Comme dans les Emirats arabes réunis (et à ce propos, rappellons-nous le drame de Sarah Balabagan, cette petite bonne Philippine de seize ans, condamnée à mort en octobre 1995 par un tribunal émirati,  pour avoir  tué son maître-bourreau qui entendait la violer).

Le travailleur étranger a besoin d’un garant qui en est théoriquement responsable. Souvent mal payé, il ne jouit d’aucun droit. Son employeur détient son passeport. Citoyen d’un pays européen, il est mieux protégé, mieux loti que le malheureux originaire d’un pays pauvre : Philippines, Indes, Sri Lanka. Taillable et corvéable à merci, celui-ci est l’esclave moderne.

Et en Europe ? Que de drames dans les salons cossus de certains diplomates ou hommes d’affaires arabes en France ! Drames aussitôt étouffés.

Ces asservis existent dans toute la péninsule arabique. Se rappelle-t-on que l'esclavage était encore courant en Arabie Saoudite voici quarante ans à peine ! et, dans certains pays africains, la traite continue. Des êtres humains s’achètent, se vendent comme du bétail.  L’ONU, le monde le savent mais rares sont ceux qui l’évoquent. 

 

Les dirigeants occidentaux ont aussi la mémoire courte et sélective. Ils ont oublié ces centaines de milliers de Palestiniens expulsés du Koweït, en 1990, après la libération du pays des forces irakiennes, Arafat s’étant rallié du côté de Saddam Hussein. Qui s’intéresse à eux ? Sans doute feront-ils partie du nombre de réfugiés palestiniens que les pays arabes imputent à Israël !

 

Cette remarque sort du cadre de cette étude mais prouve seulement que lorsqu’un régime se base sur la croyance en la supériorité de la race ou de la religion, les droits de l’homme sont très vite bafoués. Et si le dhimmi est un Juif, un citoyen de seconde classe, il ne bénéficie d’aucun égard.

 

Je l’ai constaté lors de mon unique séjour au Yémen  fin 1991, en compagnie de Roger Pinto et de Sabine Roitman du Crif, le Conseil représentatif des instititutions juives de France. Nous devions plaider la cause des quelques centaines de Juifs de ce pays auprès du ministre des Affaires étrangères Al Aryani. Nous souhaitions une déclaration officielle autorisant les citoyens yéménites désireux de quitter le pays.

 

Le voyage avait mal débuté. Il devait être entrepris dans le plus grand secret, mais les journaux yéménites avaient eu vent de l’affaire. La veille de notre arrivée, une bombe était déposée au ministère des Affaires étrangères et des articles au vitriol accusaient le gouvernement de « vendre » les Juifs. Les commentateurs évoquaient même un pont aérien par des avions d’El Al et de l’armée israélienne supposés venir les chercher. La veille de mon départ de Bruxelles, un colis suspect était découvert devant mon domicile !

 

J’ai vu, de mes yeux vu, le mépris avec lequel les Yéménites traitaient leurs Juifs. J’ai vu, de mes yeux vu, la crainte et la méfiance dans le regard de mes coreligionnaires contraints au silence. Il a fallu que nous leur récitions intégralement le Chema Israël pour qu’ils nous acceptent enfin comme des leurs et acceptent de parler à l’un d’entre nous pendant que l’autre occupait le « guide ». J’ai vu cet ardent désir de fuir enfin ce pays grandiose mais si inhospitalier envers ses Juifs.

Le Juif se distingue au premier coup d’œil car il ne peut arborer une arme, la djambiya, ce redoutable couteau recourbé qui orne le vêtement de chaque Yéménite musulman adulte.

 

Cette crainte je l’ai lue aussi dans les yeux des quelques vétérans de la communauté juive du Caire.

Je me souviens d’avoir organisé un voyage pour fêter le dixième anniversaire du traité de paix entre l‘Egypte et Israël. Je voulais interviewer un des rares Juifs, délicieux octogénaire,  décédé aujourd’hui. Monsieur Japhé répondait de bonne grâce à toutes mes questions mais lorsque je l'interrogeais sur les rapports entre les Juifs et le gouvernement, il avait blêmi, suppliant : « ne parlons pas de politique s’il vous plaît ».

 

Une éducation de plusieurs siècles ne se refait pas. Le Juif ne devait pas attirer l’attention,  ni se mettre en vue. Il devait arborer ce qu’il est convenu d’appeler un profit bas.

Nos aînés avaient une peur panique de celui qui « faisait de la politique » car il risquait de mettre en danger la communauté par ses agissements. Ils avaient hérité cette angoisse de l’Empire ottoman qui accordait à ses minorités tous les droits culturels et cultuels mais leur interdisait celui de s’engager en politique : le risque de contester l’autorité du Sultan était grand.

Les quelques Juifs qui, durant l’histoire, conseillèrent princes ou ministres, finirent mal et firent courir de grands risques à leurs coreligionnaires.

 

Pour cette raison, nous ne voyons pas souvent, aujourd'hui non plus, beaucoup de Sépharades en affaires publiques.

 

Parfois ma passion m’entraînera. Si je ne me considère pas en exil, j’ai été par contre exilé. Je n’en veux pas (je n’en veux plus ?) aux Egyptiens d’avoir rendu la vie de mes parents difficile, les obligeant à un départ qui les coupait de leurs racines, de leurs familles, de leurs amis, de leur travail, les forçant à abandonner leurs morts. Un vers de Baudelaire me vient aux lèvres : « les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs » ( La servante au grand coeur).

 

Avant de clore ce chapitre, livrons quelques chiffres. Ils sont éloquents.

 

Population juive                        1948                        2002

 

Algérie                                     150.000      pas de chiffres mais estimation de moins de 50

Bahreïn                                           400                         20

Egypte                                       90.000                         50    

Irak                                         140.000        moins de  100

Liban                                           5.000                         70

Libye                                         40.000                           0

Maroc                                    300 .000                    2.500

Soudan                                           400                           0

Syrie                                          35.000                       120

Tunisie                                     120.000                    1.500

Yémen (Aden compris)              60.000                       200

 

Total                                        940.800                    4.260

 

Les chiffres de 1948 sont tirés du « Million oublié, Réfugiés juifs des pays arabes » publié par l’Organisation mondiale des Juifs originaires des pays arabes (WOJAC) le 4 mars 1988 à Genève. Ceux de 2002 sont basés sur des estimations du Congrès Juif Mondial.

 

Près de sept cent cinquante mille Juifs trouvèrent  refuge en Israël.

 

Les pays arabes, un paradis, avez-vous dit ?