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Un peu d'histoire.

Les débuts de la présence juive en Belgique

Situons tout d’abord la Belgique.

Monarchie constitutionnelle de l’Europe occidentale, sa frange du nord-ouest baignée par la mer du Nord, la Belgique est bordée au sud et au sud-ouest par la France, au nord-est par la Hollande, à l’est par le Grand-Duché de Luxembourg et l’Allemagne. D’une superficie de trente mille kilomètres carrés, elle est peuplée de dix millions d’habitants ce qui en fait un des pays à la population la plus dense au monde. La Belgique compte moins de quarante mille Juifs.

Etat fédéral, la Belgique compte trois régions : Région flamande, Région wallonne et Bruxelles-Capitale. Les deux premières étant divisées en dix provinces : Anvers, Brabant flamand, Brabant wallon, Flandre-Occidentale, Flandre-Orientale, Hainaut, Liège, Limbourg, Luxembourg et Namur. Un parlement fédéral, trois parlements régionaux et trois communautaires totalisant près de cinq mille élus se disputent le pouvoir. A l’ouest nous trouvons la Flandre et ses villes, Anvers, Gand, Bruges, au centre le Hainaut et le Brabant avec leurs chefs-lieux, Louvain, Malines, Liège, Namur, Mons, Charleroi, à l’est la haute Belgique et les Ardennes avec Bastogne et Arlon.

La confédération, celtique pour une moitié, germanique pour l’autre, est soumise à Rome en 51. " De tous les peuples de la Gaule ce sont les Belges les plus braves " affirmait Jules César. A l’époque de la féodalité quelques puissances émergent : comtés de Flandre et du Hainaut, duché du Brabant puis, vers le XIIe siècle, une force politique nouvelle se crée : les villes. A la fin du XIVe siècle, les Pays-Bas qui comprennent la Belgique et la Hollande échoient à la maison de Bourgogne. Marie de Bourgogne les apporte en dot à l’archiduc Maximilien d’Autriche. L’intolérance de Philippe II et les excès du duc d’Albe entraînent la révolte qui se solde par l’indépendance en 1579 des sept provinces du Nord. Elles prennent le nom de Provinces-Unies, l’actuelle Hollande. Les provinces du Sud, la Belgique sont rattachées à la couronne espagnole. De 1795 à 1815 la Belgique est sous domination française puis est réunie à la Hollande. L’insurrection de 1830 aboutit à l’indépendance de la Belgique qui se choisit un roi en la personne du prince Léopold de Saxe-Cobourg. Six souverains se sont succédés sur le trône, Albert II depuis 1993.

On peut supposer que, durant la période romaine, des Juifs de Palestine conquise par Rome, soient venus en Gaule, à la suite des légions, mais l’histoire n’en conserve pas de traces : aucun document, pas de pierre tombale ni de médaille ou de monnaie, absence de lampes à huile portant une menora ou un bouclier de David.

La présence juive (les Juifs viennent de l’Est, sans doute des communautés rhénanes) est attestée dans les provinces des Pays-Bas méridionaux, dès le XIIIe siècle. On parle de Juifs à Jodoigne vers 1200, à Louvain aux environs de 1220 et à Tirlemont en 1230. En 1878, dans les jardins de l’hôpital civil de cette ville, fut trouvée une pierre tombale. " Cette pierre gravée a été placée à la tête de dame Rivka, fille de Monsieur Moshé qui décéda, en bon renom, en 5016 (1255-1256). Puisse-t-elle reposer au Jardin d’Eden ". Cette pierre, la plus ancienne trace historique juive, est actuellement au Musée Royal d’Art et d’Histoire, au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles, ville où l’on cite la présence des Juifs dès 1260.

Le plus ancien document officiel mentionnant les Juifs est le testament du duc Henri III ordonnant, en 1261, l’expulsion de tous les Juifs du Brabant. " Que les Juifs et les Cahorsins soient chassés de la terre de Brabant et complètement anéantis de manière qu’il n’en demeure pas un seul, si ce ne sont ceux qui accepteraient de commercer comme les autres marchands, c’est-à-dire sans garantie et sans prise d’intérêt". (Les Cahorsins chrétiens, pratiquaient l’usure, le prêt d’argent à intérêt). La veuve de Henri III, Alix, interrogea saint Thomas d’Aquin sur la suite à y réserver. Celui-ci répondit qu’il ne fallait pas retirer aux Juifs tout moyen de subsistance. Suite à cet avis, la mesure ne fut pas exécutée et, sous le règne du fils d’Henri III, Jean 1er les protège.

La croisade de 1309 marque la fin de la tranquillité pour les Juifs : ceux qui refusent le baptême sont massacrés à Louvain. Le duc Jean le Second les prend sous sa protection, les convertis de force retournent à leur foi. En 1311, la communauté a même son Rabbin.

L’expulsion des Juifs de France, en 1306, conduit un certain nombre d'entre eux dans les provinces du Hainaut ; la ville de Mons compte le plus de Juifs. Le comte de Hainaut renouvelle, dès 1337, sa protection aux Juifs de ses états, dix-huit familles, dont trente-cinq adultes. A la suite de la peste noire de 1348, la communauté est décimée. Accusés d’avoir empoisonné les puits, ses membres sont massacrés par la populace ou mis à mort par les autorités. Les tueries touchent même Anvers ; Bruxelles perd tous ses Juifs.

Si les Juifs disparaissent du Hainaut, certains apparaissent à nouveau dans le Brabant. On dénombre à Bruxelles, en 1368, sept familles, à Louvain deux. Deux ans plus tard, les Juifs de ces villes sont accusés d’avoir profané une hostie et, après une confession extorquée sous la torture, le 20 mai 1370, tous les Juifs de Bruxelles, suivis par ceux de Louvain sont brûlés vifs. Un culte et une procession consacrés à l’événement s’établirent à la cathédrale des saints Michel et Gudule. Des tapisseries, des tableaux du XVIIIe siècle, aujourd'hui enlevés, et des vitraux rappellent ce faux miracle. Une plaque informant les visiteurs du caractère légendaire de cette accusation n’est apposée que depuis 1980.

Les Juifs apparaissent à nouveau, en Belgique au début du XVIe siècle. Des commerçants portugais, attirés par la prospérité des Pays-Bas méridionaux, accourent. Il est vraisemblable que la majorité se compose de marranes. En effet, un sauf-conduit est donné en 1516 aux nouveaux chrétiens. Les nouveaux venus consolident leur présence à Anvers. Parmi eux se détachent trois figures : Dona Gracia Mendez, la Señora, son neveu Joseph Nasi, le futur duc de Naxos, sioniste avant la lettre (il a fondé la ville de Tibériade) et le médecin Amatus Lusitanus. Pour eux, Anvers ne représentait qu’une ville de transit en route vers l’Empire Ottoman, nettement plus hospitalier.

Les persécutions dont souffrent les marranes au Portugal augmentent la présence juive à Anvers, mais l’établissement d’une communauté israélite officielle à Amsterdam tarit quelque peu le flot. Certains rejoignent leurs frères en Hollande (qui reconnut la liberté de culte dès 1579) et retournent ouvertement au judaïsme.

Les Juifs d’Amsterdam rendent de fréquentes visites commerciales tant à Bruxelles qu’à Anvers. Nous connaissons l’exemple de Daniel Levy, (1635-1701) dont la famille quitte l’Espagne après l’exécution en 1655 d’un proche, Marco Isaac de Almeyda Bernal. Daniel Levy, revenu au judaïsme à Livourne, s’installe à Amsterdam où il épouse, en, 1662, Abigail de Pina (sa première femme Déborah Váez étant décédée au cours d’un séjour à Tobago, aux Petites Antilles).

Etabli à Bruxelles sous le nom de Miguel de Barrios, il y passe douze ans de sa vie comme officier espagnol. Il vit extérieurement comme chrétien mais maintient des liens étroits avec la communauté d’Amsterdam. En 1674, il quitte Bruxelles et la carrière militaire, et retourne ouvertement comme Juif à Amsterdam. Poète prolixe, Barrios glorifie la culture sépharade. Il semble certain que le tableau " La mariée juive " de Rembrandt peinte en 1655, représente Miguel de Barrios et Abigail de Pina.

La communauté sépharade de Belgique, telle que nous la connaissons de nos jours, se constitue vers la fin du XIXe siècle avec l’arrivée de quelques Juifs d’Afrique du Nord en butte à l’antisémitisme qui suit l’Affaire Dreyfus. Pourquoi avoir choisi la Belgique ? Sans nul doute à cause de la langue, influence de l’Alliance Israélite Universelle. Les dames, me signale Rivka Cohen, travaillent alors dans les fabriques de cigarettes d’Etterbeek.

Nous avons choisi d’interroger, principalement, les émigrés venus des pays du soleil et c’est leur histoire que nous racontons. Nous avons, volontairement, omis, sauf quelques rares exceptions, les enfants issus de cette immigration, ceci devant faire l‘objet d’un prochain travail.